Quelle mouche a piqué la France au point de vouloir renier à ce point sa tradition viti-vinicole ? Il y a 150 ans, Alexandre Dumas écrivait dans son « Grand dictionnaire de cuisine » que le vin était « la partie intellectuelle du repas » qu’on nous enviait d’ailleurs dans le monde entier, partie intégrante et fer de lance de « l’art de vivre à la française ». Mais ces dernières années, les politiques se sont faits honteux et même virulents depuis que le plus haut personnage de l’État fait campagne pour l’abstinence. La consommation de vin n’a pourtant cessé de baisser dans l’Hexagone depuis une trentaine d’années et les opérateurs prônent de plus en plus, et pas seulement par obligation législative, la consommation avec modération.

Les auteurs, journalistes spécialisés, Denis Saverot et Benoist Simmat, reviennent sur cette dérive politicienne qui menace purement et simplement notre héritage culturel. Ils parlent de ces députés et sénateurs plus épicuriens, résistant au lobbying anti-vin, bien plus puissant, contrairement aux a priori, que la filière viticole et qui tend à avancer désormais sous couvert d’économie des deniers publics. Ils parlent aussi de ces hommes d’affaires, moins hypocrites et sans états d’âme au regard des marges espérées surtout dans les grands crus, qui investissent de plus en plus dans le secteur.

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Les auteurs décortiquent les statistiques faussées de la consommation (sans doute une dizaine de litres en moins que le chiffre annoncé de 54 l/an/personne en déduisant les ventes frontalières et la consommation des touristes), dissèquent le système de cooptation des hautes autorités sanitaires et des associations « anti-vin » mais également les divers classements des vignobles qui ont aussi contribué à discréditer la filière. Ils réhabilitent nos grands « flying winemakers », les Rolland, Dubourdieu, Derenoncourt… que l’on vient chercher pour produire de bons vins ailleurs que chez nous et qu’il est parfois de bon ton de décrier sous prétexte de fustiger la mondialisation. Ils travaillent davantage à faire des bons vins sur un modèle français et surtout bordelais qui contribue à renforcer l’image de notre propre production… et à la vendre. Car le vin est toujours, faut-il le rappeler, le deuxième contributeur de l’excédent commercial de la France.

In Vino Satanas De Denis Saverot et Benoist Simmat chez Albin Michel 241 pp., 16 euros
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