Sécheresse 2026 et travail du sol : comment préparer les sols non déchaumés avant les semis d’automne ?

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La sécheresse a empêché tout déchaumage mais aussi toute levée de repousses et d'adventices depuis la récolte. Crédits : © MC. Bidault

Quelle attitude adopter pour son travail du sol face à des sols très secs et non déchaumés ? À l’approche des semis d’automne, chaque intervention doit répondre à un objectif précis, le plus souvent la gestion des adventices, et être réalisée après une réhumectation suffisante du sol.

Les parcelles non déchaumées sont légion dans beaucoup de régions. En cause, la sécheresse qui a rendu le travail du sol impraticable durant l’été. « De façon générale, il y a eu très peu de travail de déchaumage réalisé. Dans beaucoup de parcelles, les chaumes sont intacts, sans aucune repousse de céréales ni aucune levée d’adventices depuis la moisson », observe Damien Brun, ingénieur agroéquipements chez Arvalis.

Cette absence d’intervention ne constitue pas nécessairement un retard à rattraper au plus vite. Dans un sol très sec, un passage d’outil peut se révéler inefficace, accélérer la perte d’humidité et provoquer la formation de blocs difficiles à reprendre, indique Vincent Tomis, chef de projet chez Agro-Transfert Ressources et Territoires. « Dans des conditions sèches, on attend un minimum d’humidité pour intervenir », conseille-t-il.

Observer avant de décider d’intervenir sur ses sols

L’humidité apportée par les pluies de la fin août est très variable selon les secteurs et peut rester limitée aux premiers centimètres. « Il faut aller se rendre compte de l’état de son sol pour évaluer le niveau de réhumectation, conseille Damien Brun. Prendre sa bêche pour faire un simple trou est suffisant pour mesurer l’impact des dernières pluies. »

Cette observation doit permettre de savoir si le sol est assez humide pour que le passage d’un outil ait un effet positif. Mais Vincent Tomis insiste sur l’importance de ne pas multiplier les passages. « Dans la situation actuelle, le moindre millimètre de pluie doit être valorisé. Plus on travaille le sol, plus on l'assèche. Il faut donc réduire le travail du sol au minimum pour préserver l’humidité du sol. »

Faire lever les repousses et les adventices

À l’approche des semis d’automne, Damien Brun prévient que la gestion des repousses et des adventices constituera l’enjeu majeur des semaines à venir. Sans intervention préalable, le risque est de voir les repousses et les adventices lever en même temps que la céréale. « Le désherbage est déjà un problème délicat en temps normal. Mais c’est encore plus vrai cette année, car il n’y a pas eu de levée en interculture. » Certaines successions seront particulièrement délicates, notamment entre deux céréales à paille. « Les repousses d’orge sont plus difficiles à gérer dans un blé que des repousses de colza », rappelle l’ingénieur Arvalis.

Après une pluie suffisante, un travail du sol superficiel peut favoriser la germination des graines présentes en surface. Il faudra ensuite ménager un délai suffisant pour obtenir des levées avant de les détruire mécaniquement ou chimiquement. Le choix de l’intervention dépendra du système, labour, travail superficiel ou semis direct, et du matériel disponible. Cette situation pourrait conduire à des semis de céréales d’hiver plus tardifs, afin de conserver suffisamment de temps pour gérer les adventices, souligne Damien Brun.

Un travail dans un sol encore sec peut se justifier en présence d’adventices vivaces. « Avec le chiendent, le chardon ou le laiteron, qui résistent à la sécheresse, il sera pertinent d’effectuer un travail du sol même en conditions sèches pour les gérer mécaniquement, indique Vincent Tomis. On usera davantage les outils, mais le travail sera bénéfique. »

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Un travail du sol profond rarement nécessaire cette année

Le deuxième point à vérifier concerne la structure du sol, même si avec des moissons en conditions sèches, le risque de tassement est faible. De plus, dans des sols totalement secs, il y a une forte activité structurale, une fissuration naturelle, « une décompaction gratuite », explique Damien Brun. Cette activité est d’autant plus importante que la teneur en argile est élevée. « Au-delà de 20 % d’argile, la fissuration naturelle sera suffisante. En dessous, elle sera insuffisante, mais, de façon générale, un travail profond se justifiera rarement cette année, d’autant qu’il va assécher le sol. »

Ensuite, il faut se poser la question de la sensibilité au tassement des cultures que l’on va implanter. « Les céréales à paille s’établiront sans trop de difficultés même si le sol est légèrement tassé », rappelle Damien Brun. Si un tassement ancien est suspecté, il convient de vérifier qu’il est toujours présent malgré la sécheresse. Vincent Tomis recommande de réaliser un miniprofil 3D pour observer la zone concernée. En cas de tassement, il faut corriger (après le retour des pluies) avec un outil à dents et refermer rapidement pour ne pas assécher le sol.

Vérifier que les résidus ne gêneront pas le semis

Une fois les questions d’adventices et de structure examinées, reste à s’assurer que les résidus de récolte ne gêneront pas le futur semis. « En l’absence de problématique particulière, le minimum à faire sera de gérer les résidus de récolte, c’est-à-dire les broyer afin de créer un mulch et d’obtenir un mélange terre-résidus végétaux », indique Damien Brun. Cette opération sera d’autant plus efficace si le sol est suffisamment réhumecté et que l’activité biologique a repris. En attendant, les résidus présents en surface sont utiles. Selon Vincent Tomis, leur maintien en surface favorise l’infiltration des pluies, amortit l’impact des orages et limite l’évaporation.

Les parcelles très argileuses peuvent nécessiter un traitement particulier. « Si les pluies reviennent en force, le risque est de ne plus arriver à rentrer dans des parcelles pour préparer les semis, avertit Vincent Tomis. Il peut être intéressant de travailler superficiellement même par temps sec pour éviter de remonter de gros blocs difficiles à affiner. » Dans ces types de sol un semis en direct peut s'avérer également pertinent, la culture lèvera ensuite avec les pluies.

 

Pour les derniers colzas à semer, attendre une pluie suffisante

L’essentiel des colzas est désormais implanté, mais si des semis sont encore prévus, Vincent Tomis les déconseille si la pluie a été insuffisante (5 à 10 mm) et qu’il n’y en a pas de prévue d’ici le 15 septembre. Il faudra alors envisager de changer de culture. Une petite pluie peut permettre au colza de germer, mais pas de poursuivre son développement. « S’il ne repleut pas derrière, la plante va végéter et ne sera pas en mesure de faire face aux attaques des altises qui débuteront fin septembre », prévient-il.

Pour sécuriser l’implantation, il conseille « d’attendre une vraie pluie de 30 mm qui va au moins réhumidifier les quinze premiers centimètres de sol ». Si le semis est maintenu et que la structure est satisfaisante, le travail du sol doit rester limité pour ne pas l’assécher. Il doit répondre à un objectif bien précis : tassement avéré, gestion des adventices ou des ravageurs (campagnol, mulot), gestion des résidus.

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