Les crédits annoncés par le gouvernement français ne permettront pas de reconduire la PHAE (Prime herbagère agro-environnementale) à son niveau actuel à partir de 2008. Victime de son succès, le plan bâtiment ne dispose quant à lui plus des crédits nécessaires pour accompagner les agriculteurs qui construisent ou modernisent leurs installations. Ce sont les deux sujets que la FDSEA et les Jeunes agriculteurs ont choisi de mettre en avant lors de leur conférence de presse de rentrée. Sans oublier les autres motifs de préoccupation des agriculteurs que sont les conséquences de la sécheresse, la baisse du prix du lait ou la hausse des coûts de l’énergie. Occasion aussi pour les deux syndicats de confirmer leur opposition au système des “Acal professionnelles” (Aide à la cessation d’activité laitière) que la CDOA (Commission départementale d’orientation agricole) avait elle-même décidé de rejeter quelques heures plus tôt au terme d’un vote à bulletins secrets. “Le trou de l’herbe existe toujours”
Le ministre de l’Agriculture a annoncé que la PHAE serait dotée à
partir de 2008 d’une enveloppe de 260 millions d’euros par an. “Ce qui,
à raison de 75 euros d’aide à l’hectare, ne permettrait de financer que
3,46 millions d’hectares contre 4,68 actuellement éligibles. Il manque
donc 70 millions d’euros”, calcule Patrick Escure, président de la
FDSEA. Comme le ministre a par ailleurs assuré que le montant de la
PHAE par hectare resterait identique, les syndicalistes imaginent donc
que le gouvernement veut imposer une réduction des surfaces éligibles,
même s’il a aussi promis que le cahier des charges de la mesure ne
serait pas plus restrictif qu’actuellement. Sur ce point, Patrick
Bénezit, secrétaire général de la FDSEA, fait remarquer que c’est en
grande partie à cause de cahiers des charges de plus en plus
pointilleux que les surfaces éligibles ont été réduites de 13 000
hectares dans le Cantal entre 2001 et 2003 pour tomber à 237 000
hectares. “On a des promesses, des engagements, sauf que lorsqu’on fait
les calculs, ça colle pas”, tempête-t-il. “Le trou de l’herbe existe
toujours”, reprend le président Escure, en rappelant l’histoire de la
prime à l’herbe, obtenue de haute lutte en 1993 après une réforme de la
Pac qui avait institué une prime aux céréales nettement plus élevée.
Pas assez de crédits pour les bâtiments
Le problème se pose déjà pour les agriculteurs dont le CTE herbe arrive
à terme : ils seraient 140 environ dans ce cas cette année, plus de 1
000 en 2007. En s’engageant dans ce contrat, ils ont abandonné la prime
à l’herbe pour les aides agro-environnementales équivalentes inclues
dans le CTE. Mais, malgré les promesses du ministre, aucun financement
ne serait prévu pour éviter qu’ils n’en perdent le bénéfice d’ici la
mise en place de la nouvelle PHAE en 2008. Autre sujet de préoccupation
: le plan de modernisation des bâtiments d’élevage qui, lancé début
2005, rencontre un énorme succès. “Rien qu’en 2005, on a consommé
l’enveloppe allouée au département pour 2005 et 2006. A l’heure qu’il
est, il n’y a pas de budget pour tous les projets de bâtiments déposés
en 2006”, relève Patrick Escure en précisant que les porteurs de
projets reçoivent une autorisation de travaux et peuvent donc lancer le
chantier lorsque leur dossier est complet, avant un accord de
subvention qui n’interviendra que plus tard. Or, aujourd’hui, sur 429
agriculteurs qui auraient déposé un projet en DDAF, seulement 200
auraient reçu un accord de subvention, 113 perçu un acompte, et aucun
la totalité de la subvention promise. “Conséquence : les agriculteurs
renouvellent les prêts à court terme qu’ils ont souvent dû contracter
pour payer les artisans en attendant que l’Etat veuille bien verser les
subventions”, s’insurge Patrick Escure.
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