Sur l’essai Syppre Lauragais, les résultats ne se limitent pas aux seuls progrès sur les sols : ils se traduisent également dans les performances agronomiques. La productivité globale du système est maintenue, grâce à une combinaison stratégique de leviers agronomiques et à un pilotage précis des itinéraires techniques. Mieux encore, sur certaines cultures clés du territoire, les résultats dépassent les attentes.
Les performances obtenues sur le blé dur constituent l’un des enseignements majeurs de l’expérimentation. Au sein de cette rotation longue intégrant des couverts végétaux, l’itinéraire innovant maintient un niveau de rendement non différent au témoin en moyenne sur toute la durée de l’essai, malgré une forte réduction des apports azotés.
De plus, sur les cinq dernières campagnes, les rendements des blés durs innovants présentent un avantage moyen d’environ deux quintaux par hectare par rapport au témoin. Concernant la variabilité, on constate que sur l’ensemble de l’essai, les rendements des blés durs innovants ont été moins souvent insatisfaisants que ceux du témoin. Cela suggère une amélioration de la robustesse des rendements du blé dur dans le système innovant et plus particulièrement dans la deuxième moitié de l’essai, à partir de 2021.
Derrière cette moyenne, se cachent des écarts en tendance intéressants en fonction de la profondeur du sol. Sur la plateforme, le rendement est mesuré à plusieurs endroits ; le haut du coteau où l’épaisseur de sol est la plus fine, et le bas du coteau où le sol est plus profond.
Les gains sont particulièrement marqués sur le haut du coteau, c’est-à-dire sur les sols superficiels, avec des écarts pouvant dépasser quatre quintaux par hectare depuis cinq ans. À l’inverse, ils restent plus limités sur les sols plus profonds. Ces résultats sont particulièrement encourageants pour les agriculteurs cultivant ces zones de coteaux à faible potentiel, où toute amélioration de productivité constitue un levier économique fondamental.
Au-delà des performances de rendement, la qualité technologique est préservée. Malgré une teneur en protéines significativement plus faible de 0,5 point en moyenne sur le blé dur innovant (0,3 point au cours des cinq dernières années), les niveaux demeurent élevés et stables, toujours supérieurs au seuil de qualité de 13,5 %. Cela confirme la capacité du système innovant à concilier rendement et qualité.
Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ces performances
Les évolutions favorables observées sur le statut organique du sol, plus marquées sur les sols initialement les plus pauvres, constituent l’une des hypothèses pouvant expliquer une partie des performances observées, notamment par une meilleure fourniture d’azote en cours de culture et une légère augmentation de la réserve utile du sol.
Les reliquats azotés en sortie d’hiver sont également plus élevés, contribuant à sécuriser la nutrition azotée sur les premiers stades.
À cela s’ajoute un pilotage fin de la fertilisation via l’outil d’aide à la décision Ferti-adapt CHN développé par Arvalis, visant à adapter les apports au plus près des besoins, qui permet de sécuriser à la fois le rendement et la protéine.
Le choix variétal, en privilégiant des profils à bonne vigueur et résistants aux maladies, ainsi qu’un suivi attentif des bioagresseurs permettent d’optimiser encore plus les performances. Cette stratégie a même permis de réduire le recours aux fongicides sur le système innovant, avec un seul traitement (T3) au lieu de deux (T2 et T3) pour le blé dur du système témoin.
Enfin, la rotation du système innovant permet de réduire la fréquence de retour du blé dur dans la rotation (entre une année sur trois et une année sur cinq contre une année sur deux sur le témoin).
Ces choix stratégiques ont conduit à une augmentation de marge nette du blé dur de l’ordre de 134 €/ha.
Les meilleures performances du blé dur dans le système innovant sont observées les années caractérisées par des reliquats azotés importants en sortie d’hiver, ou lorsque l’azote minéral est moins bien valorisé au printemps. À l’inverse, dans ce coteau nord avec présence de mouillères, les automnes humides peuvent compliquer les conditions d’installation des céréales à pailles. Sur le système innovant, le décalage de la date de semis pour lutter contre le ray-grass a été limité à dix jours maximum, pour éviter des semis trop tardifs pénalisants le potentiel. Ces automnes humides sont également moins favorables au précédent colza de par la présence de résidus importants. Par ailleurs, les années à forte pression de fusarioses sur épis atténuent les écarts de rendement avec le témoin, le blé dur restant une culture globalement sensible à ces maladies.
Des résultats contrastés mais globalement solides sur la rotation
Sur les autres cultures de la rotation, les performances apparaissent globalement satisfaisantes. Le tournesol, second pilier des systèmes du Sud-Ouest, conserve un niveau de rendement équivalent dans le système innovant, malgré la présence de couverts et un travail du sol simplifié. Les écarts économiques s’expliquent davantage par le coût de mise en place des couverts que par une perte de production.
Le blé tendre dépasse, quant à lui, les objectifs de rendement initialement fixés, confirmant la solidité du système.
Le pois chiche conduit en système biné et le colza associé (sous réserve de réussir son implantation) affichent des rendements stables. D’autres cultures présentent une variabilité plus marquée. C’est le cas du pois d’hiver, plus sensible aux conditions climatiques, dont la variabilité interannuelle des rendements est plus forte.
Le sorgho présente des résultats plus contrastés. Avec un rendement moyen de 4,6 t/ha sur dix ans, il reste en dessous de l’objectif initial fixé à 6 t/ha. Cette moyenne masque toutefois une forte variabilité interannuelle : l’objectif de rendement a été atteint ou dépassé trois années sur dix, tandis que les rendements sont restés inférieurs à 5 t/ha dans plus de la moitié des situations.
Cette variabilité s’explique en partie par les précédents culturaux. Entre 2016 et 2020, le sorgho était précédé d’une culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive) d’hiver, qui mobilisait davantage la réserve en eau du sol et pouvait accentuer les phénomènes de faim d’azote. L’évolution du système vers une double couverture végétale a permis d’améliorer sa situation : le rendement moyen est ainsi passé d’environ 4,0 t/ha entre 2016 et 2020 à 5,3 t/ha entre 2021 et 2025. Malgré cette progression, les conditions climatiques récentes n’ont pas toujours permis à la culture d’exprimer pleinement son potentiel.
Sur l’ensemble des dix années d’expérimentation, les cultures de diversification apportent de la souplesse au système, sans toutefois suffire à en assurer seules la rentabilité économique. Celle-ci repose en réalité sur quelques cultures majeures de la rotation. L’analyse économique doit donc s’envisager à l’échelle globale du système de culture, en tenant compte des spécificités propres à chaque exploitation.
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Un système qui demande technicité et observation
Ces performances reposent sur une condition essentielle : un niveau élevé de technicité. Le système innovant exige une observation régulière des parcelles et une capacité d’adaptation constante.
Le suivi de terrain devient central : suivi des différentes cultures de la rotation, observation des sols, évaluation de la structure, suivi des adventices, pilotage des apports… Autant d’éléments qui nécessitent du temps et de l’expertise. Les outils d’aide à la décision peuvent accompagner cette démarche, notamment pour ajuster la fertilisation.
Parmi les défis rencontrés, la maîtrise du ray-grass constitue un point-clé. Cette adventice, particulièrement problématique dans les systèmes céréaliers, peut rapidement compromettre les rendements si elle n’est pas maîtrisée.
Cette expérimentation longue durée a montré à quel point la situation pouvait évoluer rapidement : un seul pied de ray-grass une année peut être multiplié par quinze voire cent les années suivantes si aucune action efficace n’est engagée !
Les débuts de la mise en place du système innovant ont d’ailleurs été marqués par des difficultés sur ce point. Des ajustements ont été nécessaires, tant dans le choix des cultures que dans les pratiques culturales, pour retrouver une situation maîtrisée.
Aujourd’hui, cette stratégie multileviers a fait ses preuves dans un contexte de résistance du ray-grass à certains herbicides (inhibiteurs d’ALS et de l’Accase). Elle repose sur une combinaison de leviers depuis la rotation jusqu’à l’itinéraire technique. La rotation joue un rôle central, en alternant les cultures et les périodes de semis, la diversité des espèces cultivées offre une plus grande souplesse quant au choix des matières actives efficaces sur le ray-grass et permet d’alterner plus facilement les familles de matières actives. Des espèces comme le pois chiche, le pois protéagineux d’hiver, le colza offrent ainsi des possibilités intéressantes.
Le désherbage mécanique est un levier complémentaire qui permet de renforcer l’efficacité globale sur l’ensemble de la flore adventice, notamment grâce au binage sur tournesol, sorgho et pois chiche.
Enfin, un principe fondamental a été respecté : implanter les cultures sur un sol exempt d’adventices. Dans les sols argileux du Sud-Ouest, il n’est pas rare de voir un pied de ray-grass repartir à partir d’une radicelle accrochée à une motte de sol non pulvérisée, ou survivre en profondeur après une destruction incomplète. D’où l’importance de soigner chaque étape, depuis la destruction des couverts ou des intercultures jusqu’à l’implantation de la culture suivante.
Malgré des premières années délicates, l’essai a montré qu’il est possible, sans s’interdire le labour, de gérer le ray-grass avec un travail simplifié du sol, au travers de la rotation et de règles clefs indispensables. L’essai souligne également l’importance de bien connaitre la situation de résistance des adventices pour utiliser les leviers chimiques adaptés.
Éléments clefs du système Syppre Lauragais
Coteau argilo-calcaire moyen en sec en pente
Exposition nord
Sud-Ouest de la France
Rotation diversifiée
Double couverture
Travail du sol simplifié
Réduction des intrants
Arrêt du glyphosate (2018-2023)
Dix années de recherche