Par peur de conflits avec les nouveaux riverains, « les agriculteurs invisibilisent leurs traitements »

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« Je pensais trouver un grand nombre de conflits de voisinage. En fait, il y en a très peu. Sur les 15 dernières années, il y a eu au maximum 10 conflits un peu fort », constate Mathilde Hermelin-Burnol, géographe, lors des 23e journées du droit rural à Paris. Crédits : © Agr'Idées

Mathilde Hermelin-Burnol, géographe, a expliqué aux 23e journées du droit rural à Paris, les conclusions de sa thèse sur le thème « les relations de voisinage et les produits phytos » menée sur l’aire urbaine de Poitiers et la zone Haute-Gironde/Blayais.

« Les agriculteurs ont peur des nouveaux riverains, « les Parisiens », « les Bordelais », qu’ils associent de manière stéréotypée à la haine des pesticides, à l’anxiété et du coup ils mettent en place des ajustements dans leurs pratiques ». Ainsi Mathilde Hermelin-Burnol, Maître de conférences en géographie, université Paris-Nanterre résume sa thèse sur les relations de voisinage et les produits phytos, le 8 avril lors de la 23e journée du droit rural à Paris. 

La géographe s’est intéressée à deux terrains pour ses recherches : l’aire urbaine de Poitiers (zone céréalière et de polyculture élevage) et la zone Haute Gironde/Blayais (zone viticole). A travers des entretiens semis-directifs, elle a interrogé une quarantaine d’agriculteurs, une soixantaine de riverains mais aussi des techniciens agricoles et des élus.

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Peu de conflits de voisinage mais « des tensions à bas bruits » ressenties par les agriculteurs

Première constatation de Mathilde Hermelin-Burnol : « Je pensais trouver un grand nombre de conflits de voisinage. En fait, il y en a très peu. Sur les 15 dernières années, il y a eu au maximum 10 conflits un peu fort ». En revanche, « les agriculteurs ressentent des tensions à bas bruits lors de leurs traitements avec par exemple un riverain qui se cache avec son foulard, un autre qui apostrophe l’agriculteur voire des échanges verbaux qui peuvent être vécus comme houleux », poursuit-elle.

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La peur du nouveau voisin avec qui l’agriculteur a peu de contacts

« Je suis un peu hanté par ça : qu’un voisin me dise « je suis passé dans vos vignes et j’ai tourné de l’œil » », lui confie un viticulteur lors de ses entretiens. La géographe met en avant la vision stéréotypée qu’ont certains agriculteurs de leurs voisins avec qui « ils ont en réalité très peu de contacts ».

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De ses entretiens avec les riverains, Mathilde Hermelin-Burnol constate qu’ils ont en réalité « de très faibles connaissances sur les pratiques agricoles et phytosanitaires ». « Ils sous-estiment drastiquement le nombre de passages pour les traitements dans les vignes », explique-t-elle par exemple. Et « beaucoup, notamment parmi les nouveaux habitants, disent préférer être près des vignes que d’avoir une autre maison à côté d’eux ». Seuls les profils de riverains natifs s’inquiètent des conséquences des produits phytosanitaires sur la santé des agriculteurs, souligne la géographe.

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Une mise à distance des riverains et une invisibilisation des traitements

Autre constatation forte de la chercheuse : le changement de pratiques des agriculteurs face à la crainte des conflits avec « une mise à distance des riverains et une invisibilisation des traitements ».

« Les agriculteurs et viticulteurs disent qu’ils pratiquent leurs traitements la nuit, très tôt le matin, ou en plein milieu de la journée quand il y a moins de monde » explique-t-elle. « Les agriculteurs mettent aussi une distance spatiale avec parfois des zonages sans traitement mis en place avant les ZNT ou le mise en place de haies » poursuit-elle.

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