Irrigation : les besoins en eau pourraient augmenter de plus de 50% d’ici à 2050 dans le bassin Seine-Normandie

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Trois scénarios d’évolution des pratiques agricoles ont été explorés, avec leur impact sur la ressource en eau. Crédits : © J.-C. Gutner

Une étude prospective publiée le 8 octobre et commandée par la Driaaf d’Île-de-France analyse l’impact du changement climatique sur l’irrigation dans le bassin Seine-Normandie. D’ici à 2050, les besoins en eau pour l’agriculture devraient augmenter, quel que soit le scénario d’évolution des pratiques. 

Quels besoins en eau pour l’irrigation agricole d’ici à 2050 dans le bassin Seine-Normandie ? Une analyse prospective, publiée le 8 octobre et commandée par la Driaaf (Direction régionale et interdépartementale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) d’Île-de-France, a étudié l’impact du changement climatique sur la ressource en eau. Les auteurs soulignent que ce bassin hydrographique s’inscrit dans un « contexte de dérèglement climatique marqué », avec des « précipitations plus irrégulières », une « augmentation de l’évapotranspiration » et un « risque accru de sécheresses agricoles ».  

Trois scénarios d’évolution des pratiques agricoles ont été explorés, avec leur impact sur la ressource en eau : situation de mal-adaptation face au stress hydrique, transformation du système agricole et alimentaire, et adaptation par l’intensification et l’optimisation. L’étude montre que les besoins en eau augmentent quel que soit le scénario étudié, de +13 % à +67 % entre 2020 et 2050, mais avec des impacts socio-économiques variables pour les agriculteurs.  

Des scénarios aux impacts variables pour les agriculteurs 

Scénario 1 : des besoins en eau en hausse de plus de 50%  

Pour le premier scénario, intitulé « l’écart vert », l’étude imagine qu’un décalage persiste entre la prise de conscience des enjeux climatiques et le passage à l’action. Les transformations engagées ne seraient ici pas suffisantes pour faire face au stress hydrique. Pour l’illustrer, les auteurs font l’hypothèse que les surfaces de pommes de terre, de betteraves sucrières et de légumes progresseraient, tandis que l’élevage reculerait. En conséquence, la surface irriguée du bassin Seine-Normandie augmenterait de 56 %, et les besoins en eau de 51 % d’ici à 2050. Les rendements chuteraient, les tensions seraient plus accrues entre les usagers de la ressource en eau, et les agriculteurs feraient face à un appauvrissement, soutiennent les auteurs. Ce scénario est jugé comme « peu probable » par les acteurs des territoires interrogés par l’étude, en raison des coûts de cette « inaction prolongée ».  

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Scénario 2 : des besoins en eau en hausse de 13% 

Le deuxième scénario, intitulé « Transition », implique une transformation du système agricole et alimentaire, avec une diversification des pratiques agroécologiques, une augmentation des surfaces en herbes et fourragères, et une transition alimentaire vers davantage de durabilité. Ce qui impliquerait d’instaurer une politique alimentaire nationale et d’avoir « une forte coordination politique », indique l’étude prospective. Les besoins en eau n’augmenteraient que de 13 % sur le bassin d’ici à 2050, l’agriculture serait plus résiliente et les tensions  apaisées entre usagers. Ce scénario est jugé comme le « plus souhaitable », mais le « moins probable », compte-tenu de sa complexité et de l’important coût de sa mise en œuvre.  

Scénario 3 : des besoins en eau en augmentation de 67% 

Le troisième scénario imagine l’adaptation de l’agriculture au changement climatique via l’« agriculture productiviste ». Cela se traduit par l’intensification des pratiques et leur optimisation via l’utilisation de technologies « avancées », selon l’étude. Les auteurs font l’hypothèse que la surface irriguée augmenterait de 91 %. Ainsi, les besoins en eau augmenteraient de 67 % sur le bassin, avec des tensions accrues entre usagers et une pression sur la ressource en eau ainsi que sur les écosystèmes. Ce scénario est vu comme le « moins désirable » mais le « plus probable » par les acteurs locaux interrogés, car privilégiant « une vision technophile et productiviste de l’agriculture ». 

Que recommande l’étude pour la gestion de la ressource en eau dan le bassin Seine-Normandie ?  

 Si aucun scénario n’est considéré comme « souhaitable » de façon unanime par les acteurs interrogés, l’étude liste un ensemble de recommandations pour la gestion de la ressource en eau dans le bassin Seine-Normandie. D’abord, il s’agit de « déployer et généraliser » les pratiques agroécologiques qui permettent de réduire la consommation en eau : agroforesterie, pratiques de conservation des sols, et limitation de l’usage d’intrants chimiques. « Ces modes de production doivent être soutenus par des stratégies d'aménagement du territoire visant à restaurer les fonctions naturelles du cycle naturel de l'eau », soutient l’étude. Concernant l’irrigation, il est recommandé de mobiliser des technologies avancées et d’encadrer son utilisation pour préserver les systèmes aquatiques. « Le stockage de l'eau en période de hautes eaux est une autre solution envisagée, conditionnée à une utilisation multifonctionnelle, et encadrée par une gouvernance partagée », est-il précisé. L’étude appelle aussi à renforcer la gouvernance locale de l’eau, « en particulier à l’échelle des sous-bassins, où se jouent les conflits et les arbitrages opérationnels ». En parallèle, un « accompagnement technique et financier » des agriculteurs est jugé « indispensable ». Et une structuration de débouchés pour les produits agroécologiques est « cruciale » pour « assurer la viabilité économique des exploitations ».  

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