Concentré, compétitif et tourné vers l´export. Voici résumé en quelques mots le secteur laitier des Pays-Bas. Comment vit-il la perspective d´une fin des quotas ? Plutôt bien, cela n´étonnera personne. Les Pays-Bas font partie du cartel des quatre pays libéraux qui prônent depuis longtemps la fin des quotas. Lors d´une consultation en 2006, 75 % des éleveurs laitiers adhérant au LTO (le principal syndicat néerlandais) ont voté en faveur d´une suppression progressive des quotas. Aujourd´hui, toute la filière réclame une augmentation de 2 à 3 % des quotas par an, « calquée sur celle du marché mondial, pour les rendre superflus en 2015. Nous voulons de la visibilité pour les producteurs et les transformateurs », argumente Sim Jan Schenk, président de la section laitière du LTO.
Les excédents de lisier coûtent cher
Tout le monde aux Pays-Bas se prépare donc à la fin des quotas : les producteurs qui investissent et s´agrandissent, et les deux grandes coopératives du pays qui ont annoncé un projet de fusion pour la fin de l´année. Le rouleau compresseur est en marche. Le secteur table sur une augmentation de la production nationale de 20 %. Et le LEI (Institut d´économie agricole) annonce sans état d´âme une diminution des élevages de 38 % entre 2004 et 2015. Mais le problème numéro un de la filière laitière, dans ce petit pays à très forte densité de population, ce n´est pas la libéralisation mais l´environnement : les excédents de lisier et les émissions d´ammoniac. C´est l´environnement qui va limiter la croissance de la production, affirme de façon unanime. Aujourd´hui déjà, beaucoup d´éleveurs, le plus souvent installés sur de petites surfaces avec des systèmes très intensifs, paient entre 10 et 15 euros la tonne pour épandre très loin leurs excédents de lisier, directive nitrates oblige. Tout le monde croise d´ailleurs les doigts pour qu´en 2009 la Commission européenne renouvelle la dérogation décrochée par les Pays-Bas en 2005. « A cette condition, la production des Pays-Bas peut encore progresser de 20 % si toute la capacité disponible est utilisée à plein », affirme Sim Jan Schenk. Mais à plus long terme, pour accroître la production, « il sera nécessaire de développer le traitement des déjections animales pour les transformer en produits de substitution des engrais ».
La société veut du pâturage
Autre obstacle auquel se heurtent les éleveurs : les exigences de plus en plus grandes de la société vis-à-vis du bien-être et de la santé des animaux et du paysage. Les consommateurs ont par exemple clairement exprimé leur souhait de voir les vaches pâturer, ce qui a conduit les entreprises laitières du pays à mettre en place une prime au pâturage, il est vrai pour le moment symbolique. Or, avec des troupeaux plus grands, le pâturage devient plus difficile et l´élevage laitier risque d´avoir une moins bonne image. Actuellement, il y a aussi tout un débat autour des « mégatroupeaux » (plus de 500 vaches), rarissimes. La société n´en veut pas. Le prix prohibitif du foncier est aussi un frein à l´agrandissement des exploitations. Il continue à augmenter : un hectare coûte aujourd´hui en moyenne 36 000 euros ! Mais, malgré le poids du foncier, les producteurs néerlandais ne doutent pas de leur compétitivité après la fin des quotas, même si l´étude du LEI annonce une baisse de revenu de 8 %. « Jusqu´à présent on était compétitifs avec des quotas à deux euros du kilo alors., souligne Sim Jan Schenk. Ce qui est très important pour la compétitivité, c´est de miser sur l´innovation. » En ce moment, beaucoup de producteurs n´hésitent pas à investir et à s´agrandir en achetant des quotas à un euro le kilo. sans attendre qu´ils aient atteint la valeur zéro.
Répartition de la production aux Pays-Bas. La production diminue dans les provinces du Sud et augmente dans celles du Nord.
Chiffres clés 2006
. 22 000 producteurs . 64 vaches par exploitation . 7800 kilos par vache . 500 000 kilos par exploitation . 12 500 kilos de lait par hectare . 36 000 euros par ha (en hausse) . Quota : un euro le kilo . 11 milliards de litres de production nationale . 60 % des produits laitiers exportés