Les rencontres annuelles de l’Adem avaient pour thème la lutte contre les incendies. Une occasion de rapprocher les éleveurs de cet enjeu sécuritaire et environnemental, particulièrement prégnant cette année en Drôme et ailleurs.
Une centaine de personnes ont répondu présentes le 25 septembre aux rencontres annuelles de l’Adem, le service pastoral de la Drôme. Différents acteurs de la lutte contre les incendies ont été appelés à s’exprimer toute la journée, à Solaure-en-Diois, au pied du massif de Justin, particulièrement ravagé par les flammes. Cet été, plus de 5 000 hectares de massif forestier ont été ravagés dans la Drôme, quand le bilan des années précédentes ne s’élevait « qu’à » quelques centaines d’hectares.
Or, le pâturage de certains espaces forestiers contribuerait à limiter ces risques incendies. « Nous avons reçu des demandes de communes pour remettre en place du pastoralisme, particulièrement cet été », témoigne Philippe Cahn, président de l’Adem. Le service pastoral agit déjà dans le cadre de plans pastoraux territoriaux mis en place dans la région, en soutenant des dossiers de réouverture de milieux embroussaillés depuis moins de trente ans. Insuffler une nouvelle dynamique dans la lutte contre les incendies tombait sous le sens après l’éprouvant été 2026. La journée a permis de mettre en lumière à quels niveaux les éleveurs pouvaient agir pour limiter ces risques incendies.
Entretenir les infrastructures d’intervention des pompiers
Pour intervenir rapidement en cas d’incendie, de larges pistes sont spécialement aménagées dans les massifs forestiers, permettant aux engins des sapeurs-pompiers de se croiser. Les abords de ces pistes doivent impérativement être débroussaillés et peuvent par exemple être pâturés par des troupeaux dans cet objectif. « Il ne doit pas rester de végétation au début de l’été. Nous faisons donc pâturer des troupeaux de ruminants, surtout des ovins, dès la deuxième moitié du printemps », témoigne Olivier Bonnet, ingénieur pastoraliste au Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (Cerpam), prenant en exemple la région Paca. « En plus de diminuer les risques de départ de feu, ce débroussaillement sécurise l’accès aux pompiers en cas d’intervention. » Sans compter que selon lui, le pâturage diviserait par cinq le coût d’entretien de ces infrastructures.
Si le plan de massif le prévoit, une mesure agro-environnementale et climatique (Maec) dédiée à la défense de la forêt contre les incendies (DFCI) peut être contractée par l’éleveur. Elle permet de financer l’entretien des équipements de défense contre les incendies par le pâturage. Une Maec qui reste exigeante, car la végétation doit être raclée au maximum, comme le souligne Olivier Bonnet.
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« Les pins avec moins de 50% d'épines vertes sont condamnés », d'après un agent de l'ONF intervenu lors de la journée. Crédit : D. Séailles
Débroussailler pour prévenir le risque incendie
Afin de prévenir le risque incendie, les propriétaires ont l’obligation de débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour de leur habitation. « C’est une obligation qui ne s’applique qu’autour des habitations, car on considère que les départs de feu se font aux interfaces entre forêt et habitat», explique Frédéric Sarret, responsable du pôle forêt à la DDT de la Drôme. Alors, le pastoralisme pourrait-il aider à faire respecter ces obligations légales de débroussaillement ? C’est peu réaliste, selon Olivier Bonnet, du Cerpam. « Pourquoi pas autour d’un hameau, mais en général, c’est difficile à mettre en œuvre. » Les surfaces à pâturer sont trop restreintes et morcelées, peu adaptées à de grands troupeaux.
En revanche, les éleveurs et pompiers drômois pourraient travailler de concert à ouvrir des zones coupe-feu, c’est-à-dire des bandes dépourvues de végétation combustible. Ces coupures peuvent faire plusieurs centaines de mètres de large, et sont situées dans des endroits peu accessibles, là où il n’est pas possible de mettre des pistes. C’est déjà ce qui se fait en région Paca, où les grandes coupures sont entretenues par des troupeaux. « L’accès à l’abreuvement est porté par le gestionnaire de la défense contre les incendies. Par exemple, une collectivité. Le reste à charge pour l’éleveur est de 20 % », précise Olivier Bonnet.
Remettre au goût du jour le brûlage ?
Une manière complémentaire de rouvrir les milieux est de recourir au brûlage. « Le but est de favoriser des milieux ouverts en mosaïque», explique Sébastien Lahaye, officier pompier et fondateur d’une entreprise de conseil sur l’aléa incendie. Dans les départements très sujets aux incendies estivaux, une cellule départementale est chargée de coordonner ce type de brûlages.
« Cette cellule, appelée cellule de brûlage dirigé, a les compétences pour réaliser des brûlages dirigés, en associant pompiers et ONF, ou encore pour informer les éleveurs souhaitant faire du brûlage pastoral », explique Sébastien Lahaye. En effet, les éleveurs comme les propriétaires peuvent aussi pratiquer le brûlage pastoral, sur autorisation. La Drôme se dotera peut-être d’une telle cellule à l’avenir, ces incendies d’une extrême intensité étant appelés à se reproduire.