En sept mois, les cours ont décroché de 27 %, soit une perte moyenne de 500 € par animal. Pour la FDSEA du Cantal, rien dans les fondamentaux du marché ne justifie une telle dégringolade. 

C’est une anomalie sur laquelle la recherche ne s’est pas encore penchée : le marché des bovins est en effet l’un des seuls qui échappe à la loi de l’offre et de la demande. Cette dernière veut que quand un produit - en l’occurrence le broutard - devient plus rare, son prix augmente. Si la logique a été respectée, portée par la décapitalisation du cheptel allaitant, en 2025, au printemps dernier, elle s’est subitement enrayée, sans qu’aucun des fondamentaux ne l’explique, quoi qu’en disent les opérateurs de l’aval. 

30 000 € de pertes qui s’ajoutent à la sécheresse

En moins de sept mois, le prix du broutard a ainsi dégringolé de 27 % et les cotations accusaient encore de 5 à 25 centimes de baisse ce lundi 19 octobre au cadran de Mauriac. Au plus haut, les salers (R, 300-350 kg) ont atteint fin mars 4,97 €/kg contre 3,60 € aujourd’hui, les croisés ont eux grimpé jusqu’à 6,36 €, pour chuter à 
4,57 € cette mi-octobre. Entre 1,30 et 1,80 € de perdus au kilo, soit une moyenne de 500 € par veau et une perte sèche de 33 000 € pour une exploitation de 60 mères.
“Au vu de la situation, les prix pratiqués sont indécents !”, fustige Jérôme Pitot, président de la section bovine de la FDSEA du Cantal, réunie ce même-jour. Ses responsables ont une énième fois détricoté un à un les arguments répétés à l’envi dans les cours de ferme et sur les marchés par les acheteurs et négociants pour justifier cette spirale baissière. 

Marché : des intox détricotées

La consommation tout d’abord, censée plombée par un pouvoir d’achat en berne et un été caniculaire : au premier semestre, elle n’a reculé que de 1,8 % en France, de l’ordre de 2 % en Europe. Et l’été a vu une belle reprise, notamment sur les ventes de steaks hachés. Oui mais avec des viandes étrangères, entend-on : nouvelle intox. Les importations européennes de viandes sud-américaines ont progressé de seulement 30 000 tonnes équivalents carcasse cette année sur un total de 8 millions de teqc consommées, epsilonèsque ! Et en parallèle, ce sont 130 000 teqc qui n’ont pas été produites dans l’UE.

A lire ausi : https://www.reussir.fr/articles/marche-du-broutard-le-prix-de-la-casse

Les exportations patineraient, les engraisseurs italiens restreignant les mises en place faute de maïs : faux, archi faux, assène Patrick Bénézit, président de la FNB (Fédération nationale bovine). Depuis le 1er septembre et jusqu’à mi-octobre, les exports de bovins vifs sont supérieurs de 10 % à ceux de la même période de 2025 vers l’Italie et l’Espagne. Ce sont ainsi plus de 33 000 têtes supplémentaires qui ont été expédiées pour un total à date de 545 000 bovins (sources DGAL). 

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exportation de bovins vifs
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“Le niveau d’exportation est très dynamique ; à fin août, on était déjà au-delà de ce qu’on avait exporté en 2025 et depuis, ça s’est accéléré”, Patrick Bénézit (FNB).

Et à ceux qui prétendent que l’Espagne aurait fermé le goulot des importations, le syndicat brandit les chiffres : les effectifs exportés de l’autre côté des Pyrénées sont en hausse de 22 % en moyenne chaque semaine depuis septembre (+ 33 % la semaine dernière). 
Quant à l’offre, dernier paramètre de l’équation, les disponibilités en broutards sont nettement plus faibles : il manque entre 70 000 et 100 000 têtes depuis janvier 2026. Certains éleveurs ont certes anticipé les sorties faute de 
fourrages, mais le marché a absorbé ces veaux plus légers au vu des chiffres des exportations. 

Des "attaques" en série sur les prix

Conclusion dressée par Jérôme Pitot, président de la section bovine : “La consommation est tout sauf catastrophique, on n’a pas importé des masses de viande et on a produit moins...” De quoi, en théorie, assurer des cours solides. L’espoir d’un sursaut est apparu la semaine dernière avec un léger frémissement des cotations sur lequel les marchés du début de semaine n’ont pas rebondi. Conséquence, les animaux sont payés tout juste à leurs coûts de production établis avant l’impact de la sécheresse (4,32 €/kg pour le broutard, 6,32 €/kg pour le JB, 
6,53 €/kg pour les vaches). Des coûts qui devraient franchement s’alourdir.
“La filière a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire !”, pointe Patrick Bénézit. À savoir une première “attaque” des abatteurs sur le prix du baby (JB) en avril, qui s’est de fait traduite par une pression à la baisse sur le broutard. Un broutard visé à deux nouvelles reprises : en juillet puis courant septembre. 

Engraissement : qui parle encore de souveraineté ?

Si les naisseurs en sont les victimes, c’est la filière française d’engraissement qui est aussi sévèrement mise à mal. “Un veau sur deux reste en France pour se faire engraisser”, rappelle le président de la FNB, prédisant que le groupe Bigard - dont les sites ont été bloqués en juillet - en paiera à court terme la note. “À la fin de la fin, il manquera de broutards. Encore une fois, la filière se comporte de manière court-termiste.” Alors même qu’en février dernier, tous les maillons signaient au Salon de l’agriculture un plan de souveraineté, un engagement, main sur le cœur, qu’on “ne perdrait plus aucune vache, qu’on engraisserait en France”. Et le syndicaliste d’appuyer : “On a déjà perdu 1,3 million de vaches en dix ans, le signal qui est aujourd’hui donné par les opérateurs, c’est qu’on pourrait très bien en reperdre autant !”

 

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