Les éleveurs limousins réclament une aide d’urgence à la Nouvelle-Aquitaine
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À l’occasion des dix ans de la Région Nouvelle-Aquitaine, le président de Région était en Haute-Vienne le mardi 20 octobre. Une délégation de la FDSEA de la Creuse, aux côtés de la FDSEA 87, a saisi l’occasion pour lui faire entendre la détresse des éleveurs, confrontés à une sécheresse qui fragilise leurs stocks fourragers et menace la survie de nombreuses exploitations. Au cœur des revendications : une aide exceptionnelle de 100 euros par unité de gros bétail (UGB).
Dix ans après la création de la Nouvelle-Aquitaine, la célébration avait un goût amer pour les éleveurs limousins. Alors qu’Alain Rousset était attendu en Haute-Vienne pour marquer cet anniversaire, les représentants agricoles ont choisi de faire entendre une autre réalité que celle d’une grande région agricole : celle de fermes à bout de souffle, confrontées à une sécheresse sévère et à une pénurie de fourrage qui s’annonce critique à l’approche de l’hiver.
Une délégation creusoise a répondu à l’appel de la FDSEA 87 afin d’interpeller le président de Région et d’obtenir un entretien. Christian Arvis, président de la FDSEA 23, Séverine Bry, secrétaire générale et Thierry Jamot, vice-président ont été reçus et ont ainsi pu porter les revendications du département et demander un soutien financier de la Nouvelle-Aquitaine.
Dans les exploitations, l’inquiétude est immense. Les prairies ont grillé sous l’effet du manque de pluie, les stocks de fourrage sont déjà largement entamés et les éleveurs doivent acheter de quoi nourrir leurs animaux, à des tarifs qui pèsent lourdement sur des trésoreries déjà fragilisées.
« Au mois de janvier, il n’y aura plus rien pour nourrir nos bêtes », alertent les représentants agricoles. Le constat, déjà préoccupant durant l’été, s’est aggravé au fil des semaines. Les espoirs de voir la pluie revenir ont laissé place à une situation jugée dramatique.
Selon les estimations avancées par les représentants agricoles lors de la rencontre, il manquerait jusqu’à 100 jours de stocks fourragers à certaines exploitations. « On a besoin de trois mois de stock », ont-ils insisté auprès du président de Région.
Pour les éleveurs, il ne s’agit plus seulement de traverser une mauvaise passe climatique. C’est la capacité même à maintenir les troupeaux et à poursuivre l’activité qui est en jeu. « On ne va pas passer l’hiver », ont-ils martelé, appelant à une réponse rapide. Sans soutien, trois scénarios se dessinent : les exploitants qui ont la trésorerie et qui vont trouver suffisamment de fourrage pour tenir jusqu’au printemps, ceux qui vont vendre une partie du cheptel pour réduire les besoins alimentaires, et ceux qui vont cesser l’activité.
Réduire les troupeaux, c’est aussi compromettre les investissements futurs, affaiblir les exploitations et fragiliser toute une filière. Certains agriculteurs pourraient tout simplement jeter l’éponge, tandis que des jeunes renonceraient à poursuivre leur installation.
Face à cette urgence, la demande portée par les délégations est claire : la mise en place d’une aide exceptionnelle de 100 euros par UGB, afin de soutenir directement les éleveurs en fonction de leurs besoins.
Pour les représentants agricoles, cette aide constituerait un investissement pour préserver les cheptels, maintenir la production et permettre aux exploitations de passer l’hiver sans sacrifier leur outil de travail.
« Sauver les exploitations, c’est sauver notre pays », ont-ils défendu, rappelant que la souveraineté alimentaire ne peut pas se résumer à un discours si les moyens de production disparaissent sur le terrain.
Les besoins dépassent d’ailleurs la seule question du fourrage. Les éleveurs doivent également faire face aux dépenses liées aux semences, à l’alimentation animale, au carburant et aux investissements nécessaires pour adapter leurs exploitations aux épisodes climatiques extrêmes. Les représentants agricoles demandent donc un signal fort de la Région, sous la forme d’un budget d’urgence permettant de soutenir concrètement les fermes les plus fragilisées.
Face à l’alerte lancée par les représentants de la FDSEA 23 et de la FDSEA 87, Alain Rousset a reconnu la gravité de la situation des éleveurs, tout en rappelant les contraintes budgétaires de la Région. Il a souligné que le budget agricole régional était le seul à ne pas avoir été touché. Il a également rappelé les dispositifs déjà engagés, notamment le plan d’aide à l’abreuvement, qui compte plus de 400 dossiers, ainsi que la réorientation de crédits européens du Feader.
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Concernant la demande d’une aide exceptionnelle de 100 euros par UGB, le président de Région a toutefois indiqué que les marges de manœuvre étaient très limitées. « Je n’ai plus d’enveloppe », a-t-il expliqué, estimant que la Région ne pouvait pas, à elle seule, compenser les manquements de l’État, ni transformer des crédits d’investissement en aides de trésorerie. Pour autant, la demande des éleveurs va être étudiée afin d’examiner les possibilités d’intervention de la Région.
Si Alain Rousset a insisté sur la nécessité d’une réponse de l’État, les représentants syndicaux ont rappelé que l’urgence était immédiate : les stocks fourragers s’épuisent, les charges s’accumulent et de nombreuses exploitations risquent de ne pas pouvoir passer l’hiver. Ils attendent désormais que cette étude débouche sur des réponses concrètes, à la hauteur de la crise traversée par l’élevage limousin.
Les échanges ont également mis en évidence les conséquences économiques et territoriales d’une crise qui dépasse largement les seules exploitations touchées par la sécheresse.
La production fourragère fait vivre toute une filière, de la production végétale aux fournisseurs, en passant par les éleveurs et les entreprises de transformation. La disparition d’exploitations aurait donc des répercussions sur l’emploi, l’activité économique et le maintien des services dans les territoires ruraux.
Les représentants agricoles ont rappelé qu’un agriculteur faisait vivre, directement ou indirectement, plusieurs emplois. La disparition de fermes fragiliserait ainsi l’ensemble du tissu économique local. Ils ont notamment évoqué le risque de voir disparaître jusqu’à 30 % des exploitations, une estimation avancée au cours de la rencontre.
Le maintien des cheptels constitue aussi un enjeu sanitaire et structurel. Les éleveurs ont besoin de conserver leurs animaux pour continuer à produire, mais également de disposer des moyens financiers nécessaires pour investir dans des bâtiments adaptés, améliorer l’autonomie fourragère et faire face aux prochains aléas climatiques.
« Notre capital doit continuer à vivre. Pour nous, ce sont nos animaux », ont-ils rappelé.
Leur demande doit désormais être portée auprès des services de l’État, de la préfète de région et du Premier ministre. Pour les organisations agricoles, la responsabilité de préserver l’élevage limousin doit être collective.
Dix ans après la naissance de la Nouvelle-Aquitaine, le débat dépasse donc la seule question des enveloppes budgétaires. Il interroge sur la place accordée à l’élevage dans les politiques régionales et la capacité des pouvoirs publics à soutenir les territoires qui font vivre l’agriculture.
La Nouvelle-Aquitaine revendique son rang de première région agricole d’Europe. Mais, pour les éleveurs limousins, cette ambition ne peut tenir sans des exploitations viables et des troupeaux correctement nourris.
Le message adressé à Alain Rousset est sans détour : la viande limousine a toute sa place dans les assiettes, à condition qu’il reste demain des éleveurs pour la produire. Et pour nombre d’entre eux, l’urgence n’est plus de préparer l’avenir, mais simplement de pouvoir passer l’hiver.
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