Au Sommet de l'élevage, la FDSEA porte ses revendications au plus haut niveau

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RDUE, haies, revenu, sécheresse, eau, loup, … À l'occasion du Sommet de l'élevage, le jeudi 8 octobre, Emmanuel Lissajoux, président de la FDSEA 19, a interpellé la ministre de l'Agriculture et échangé pendant 1h30 avec le conseiller agricole du président de la République. Objectif : faire entendre les réalités corréziennes et obtenir des réponses concrètes face aux contraintes qui fragilisent les exploitations.

L'agriculture corrézienne ne manque ni de projets ni de volonté, mais les obstacles se multiplient : aléas climatiques, revenus sous pression, contraintes réglementaires et difficultés d'investissement. Face à ces freins, la FDSEA défend une ligne claire : refuser la mise sous cloche de l'agriculture corrézienne et donner aux agriculteurs les moyens de produire, d'investir et de vivre de leur métier.

« On ne peut pas demander aux agriculteurs de produire davantage tout en leur mettant toujours plus d'obstacles », résume Emmanuel Lissajoux. 

C'est dans cet esprit qu'il a profité de la présence de la ministre de l'Agriculture au Sommet de l'élevage pour l'alerter sur deux dossiers particulièrement préoccupants pour le département : le règlement européen contre la déforestation (RDUE) et la réglementation sur les haies. Deux exemples d'un décalage persistant entre les règles nationales et européennes et les réalités du terrain.

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RDUE : ne pas confondre reconquête agricole 
et déforestation

Avec près de 45 % de son territoire couvert par la forêt, la Corrèze est particulièrement concernée par les conséquences du RDUE. Pour la FDSEA, assimiler la réouverture de parcelles enfrichées à de la déforestation constitue un véritable contresens. 

« Nos agriculteurs doivent pouvoir retrouver des terres, améliorer leur autonomie fourragère et faire évoluer leurs exploitations. Une réglementation conçue pour lutter contre la déforestation ne doit pas empêcher la reconquête agricole de nos territoires », insiste le président de la FDSEA.

Le syndicat demande donc l'exclusion des exploitations corréziennes du champ d'application du RDUE, ainsi que le retrait de la version de janvier 2026 du formulaire CERFA de demande d'autorisation de défrichement, qui fait peser une insécurité juridique inacceptable sur les exploitants. Il réclame également la reconnaissance explicite des pratiques pastorales et de la reconquête agricole des terres abandonnées comme des activités d'intérêt général.

Plan Haies : une règle uniforme n'est pas une règle juste

Autre sujet porté auprès de la ministre : le Plan Haies et, notamment, l'obligation de compenser toute suppression de haie par une nouvelle plantation. Pour la FDSEA, la règle du « 1 pour 1 » ne peut pas être appliquée uniformément sans tenir compte des spécificités des territoires. 

« Nous ne contestons pas l'intérêt des haies. Mais on ne peut pas appliquer la même règle dans un département fortement boisé et dans un territoire où le bocage a fortement reculé », défend Emmanuel Lissajoux. « La compensation doit répondre aux besoins réels, pas devenir une contrainte systématique pour les agriculteurs qui veulent restructurer leurs parcelles. » 

Autrement dit, les agriculteurs doivent pouvoir adapter leurs parcelles, regrouper des îlots et améliorer leur accessibilité sans se voir imposer systématiquement de nouvelles contraintes.

La FDSEA défend donc une compensation territorialisée, tenant compte du maillage existant et orientant prioritairement les plantations vers les secteurs où les haies font réellement défaut. Elle demande également que les opérations de restructuration parcellaire ne soient pas systématiquement soumises à cette obligation.

Ces revendications s'inscrivent dans la continuité des engagements de simplification obtenus après les mobilisations agricoles de l'hiver 2024. Pour le syndicat, il est temps de passer des promesses aux actes : simplifier réellement les règles, sécuriser les agriculteurs et leur permettre de mener leurs projets.

Un échange approfondi avec l'Élysée sur l'avenir 
de l'agriculture corrézienne

Le président de la FDSEA a également pu s'entretenir pendant une heure et demie avec Xavier Vant, conseiller agricole auprès du président de la République. Un échange approfondi pour mettre sur la table les principaux dossiers qui préoccupent les agriculteurs corréziens.

Au-delà du RDUE et des haies, plusieurs urgences ont été abordées : la rémunération des éleveurs, la sécheresse, la gestion de l'eau, la prédation du loup, la PAC et la fiscalité agricole. Autant de sujets qui, malgré leurs différences, posent une même question : quels moyens donne-t-on réellement aux agriculteurs pour continuer à produire et préparer l'avenir ?

« Sans revenu, il n'y a ni installation, ni investissement, ni transmission », rappelle Emmanuel Lissajoux. 

Le responsable syndical alerte notamment sur la dégradation des cours des bovins viande, alors que les charges demeurent élevées et que le cheptel français continue de se réduire. Le syndicat défend une meilleure répartition de la valeur, avec un tunnel de prix et un prix plancher adossés aux coûts de production. Sans rémunération suffisante, pas de renouvellement des générations, pas d'investissement et pas d'avenir durable pour l'élevage.

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La sécheresse a également été au cœur des préoccupations. Les stocks fourragers déjà entamés et les achats supplémentaires imposés aux éleveurs fragilisent des trésoreries déjà sous tension. Le plan CASI constitue une première réponse, mais il reste largement insuffisant au regard des difficultés rencontrées par les exploitations corréziennes. 

« Les éleveurs subissent les aléas climatiques, la hausse des charges et la pression sur les prix. On ne préservera pas notre élevage avec des réponses ponctuelles : il faut un véritable plan de rebond, doté de moyens financiers à la hauteur des pertes et des surcoûts supportés », défend Emmanuel Lissajoux. 

La FDSEA demande un accompagnement ambitieux pour permettre aux exploitations de passer ce cap, de préserver leurs cheptels et de retrouver des capacités d'investissement.

Sur la gestion de l'eau, la FDSEA appelle à la publication rapide des décrets d'application de la loi d'urgence agricole pour débloquer les projets de retenues agricoles : la possibilité de créer des réserves de moins d'un hectare en zone humide doit rapidement devenir une réalité. Attendue de longue date en Corrèze, cette mesure est essentielle pour sécuriser l'abreuvement des animaux, les ressources fourragères en période de sécheresse et disposer d'eau en cas d'incendie.

Le syndicat alerte également sur les coûts disproportionnés de mise aux normes des nombreux étangs corréziens, qui menacent leur maintien, voire leur existence. 

« Alors que l'eau devient une ressource stratégique, nous ne pouvons pas accepter de voir disparaître des réserves déjà existantes. » 

s'agace le président de la FDSEA, qui demande un cadre réglementaire et financier adapté pour préserver et valoriser ces ouvrages, au service de l'autonomie des exploitations et de la résilience des territoires face au changement climatique.

Enfin, la prédation du loup reste une menace directe pour l'élevage et l'avenir du pastoralisme en Corrèze. Pour la FDSEA, la protection du loup ne peut pas se faire au détriment des éleveurs et de leurs troupeaux. Face aux attaques, aux pertes animales et à la pression quotidienne subie par les exploitants, le syndicat réclame une régulation à la hauteur de la réalité du terrain.

« Nos éleveurs ont besoin de solutions concrètes, pas de subir les attaques en attendant qu'elles se répètent », défend Emmanuel Lissajoux. 

La FDSEA 19 demande que le loup devienne une espèce chassable et que son prélèvement puisse être autorisé dès la première attaque sur un troupeau, sans imposer aux éleveurs d'attendre de nouvelles pertes pour agir. Elle réclame également une sécurisation juridique des éleveurs qui utilisent des chiens de protection, afin qu'ils ne soient pas laissés seuls face aux difficultés et aux responsabilités liées à leur présence.

Le système d'indemnisation doit lui aussi être revu pour prendre pleinement en compte les animaux tués ou blessés, mais également l'ensemble des préjudices et des surcoûts engendrés par la prédation. L'objectif est clair : protéger les troupeaux, garantir aux éleveurs le droit de travailler sereinement et préserver durablement l'élevage en plein air en Corrèze.

Produire, investir, transmettre : l'agriculture corrézienne doit pouvoir avancer

Ces échanges au plus haut niveau de l'État permettent à la FDSEA de rappeler que les difficultés rencontrées par les agriculteurs ne peuvent pas être traitées dossier par dossier, sans vision d'ensemble. Revenu insuffisant, contraintes réglementaires, accès à l'eau, prédation et aléas climatiques se cumulent et fragilisent la capacité des exploitations à se projeter.

La priorité doit être de préserver le potentiel de production, de sécuriser le revenu et de redonner des marges de manœuvre aux agriculteurs. Cela suppose des règles adaptées aux réalités locales, des dispositifs économiques efficaces et une véritable volonté politique de soutenir l'élevage et le renouvellement des générations.

Pour Emmanuel Lissajoux, ces échanges doivent désormais déboucher sur des décisions concrètes. 

« La Corrèze a un véritable potentiel agricole. Notre rôle syndical est de défendre ce potentiel et de lever les freins qui empêchent les exploitations d'avancer. Nous continuerons à porter nos revendications auprès de l'État : nous ne demandons pas des privilèges, mais des règles cohérentes et les moyens de faire notre métier. »

Défendre l'agriculture corrézienne, c'est défendre des exploitations qui produisent, des territoires qui vivent et une souveraineté alimentaire qui ne se décrète pas, mais se construit sur le terrain.

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