Maisons familiales et rurales
Les MFR pour s’ancrer localement et rayonner durablement
Responsables des MFR de Loire-Auvergne et élus ont rappelé dans le Cantal, à Marcolès l’importance de ces Maisons familiales pas comme les autres, dans la formation des jeunes et le renouvellement agricole.
Responsables des MFR de Loire-Auvergne et élus ont rappelé dans le Cantal, à Marcolès l’importance de ces Maisons familiales pas comme les autres, dans la formation des jeunes et le renouvellement agricole.
Former des professionnels, accompagner des jeunes parfois éloignés du modèle scolaire classique, renouveler les générations agricoles et contribuer à la vitalité des territoires ruraux. Réunis lors d’une table ronde organisée à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération régionale des MFR Loire Auvergne, responsables agricoles, élus et anciens élèves ont souligné le rôle joué par les Maisons familiales rurales, et particulièrement par celle de Marcolès, très axée sur le monde agricole.
Une nouvelle concurrence pour la formation en alternance dans le Cantal
Pour le vice-président de la Chambre d’agriculture du Cantal, Joël Piganiol, l’enjeu est démographique.
On installe de l’ordre de 80 jeunes aidés par an et autant d’installations non aidées, mais dans le même temps près de 200 exploitants quittent l’activité. On a donc un solde négatif. Il y a un besoin fort de renouvellement qui doit d’abord s’appuyer sur la formation." - Joël Piganiol, vice-présiden de la Chambre d'agriculture du Cantal.
Dans ce contexte, les MFR apparaissent comme un maillon essentiel. Les intervenants ont insisté sur leur pédagogie fondée sur l’alternance, le concret et le lien avec les réalités professionnelles, soulignant la nécessité de préserver cette identité alors que la loi d’orientation agricole redessine le paysage de la formation.
Ils ont aussi appelé à la vigilance face aux risques de concurrence entre établissements : le lycée agricole d’Aurillac envisage en effet des formations en alternance déjà dispensées à la MFR. Tous ont défendu une logique de complémentarité afin que chaque structure puisse continuer à remplir son rôle.
Parmi les interventions les plus marquantes, celle de Brigitte Troucellier, représentante de la MSA, venue témoigner de son expérience personnelle. Elle a inscrit son fils à la MFR de Marcolès alors qu’il rencontrait des difficultés dans un parcours scolaire classique, trop théorique pour lui. "Aujourd’hui mon fils a complètement confiance en lui."
"Sans MFR, il n’aurait pas son bac"
Désormais titulaire de son baccalauréat, il doit s’installer sur l’exploitation familiale et s’est engagé au sein des Jeunes agriculteurs.
C’est l’essence même de nos Maisons : redonner confiance aux jeunes, leur apprendre un métier concret et leur donner envie de s’engager. " - Brigitte Troucellier, MSA.
Un témoignage très applaudi.
Ancien élève de la MFR marcolésienne, puis président de l’établissement pendant plusieurs années, André Carsac a lui aussi partagé son parcours. "Mes parents étaient désespérés parce qu’ils ne savaient plus quoi faire de moi." Orienté vers la maison familiale, il y a effectué sa formation avant de s’installer puis de s’engager dans plusieurs responsabilités professionnelles et associatives.
Il a défendu le renouvellement régulier des responsabilités au sein des structures associatives, condition indispensable pour faire vivre les projets et apporter des idées nouvelles.
Une école essentielle à la vitalité de Marcolès et du territoire
Christian Montin, maire de Marcolès, et Michel Teyssedou, ancien président de la communauté de communes de la Châtaigneraie cantalienne et également ancien élève, ont rappelé l’importance de l’école pour la commune, qui compte environ 600 habitants. "L’avenir d’une commune rurale ne peut pas reposer uniquement sur son attractivité touristique, même lorsque celle-ci bénéficie d’atouts patrimoniaux reconnus", relève Christian Montin alors que Marcolès figure parmi les Petites cités de caractère et parmi les Plus beaux villages de France.
On ne peut pas assurer la vie d’un territoire uniquement sur l’activité touristique. Il faut aussi gérer la vraie vie, celle du quotidien." - Christian Montin, maire de Marcolès
La présence de 80 jeunes sur la commune constitue un facteur essentiel de dynamisme, d’autant que la MFR recrute bien au-delà des frontières du Cantal.
Une vision prospective pour les MFR en Auvergne
Au fil des interventions, un constat s’est imposé : les Maisons familiales rurales sont perçues comme bien plus que des établissements de formation — des lieux d’apprentissage humaniste, d’engagement et d’ancrage territorial. Joël Piganiol voudrait voir se développer une "vision prospective qui s’adosse sur les fondamentaux et s’adapte à un public qui évolue", y compris des hors-cadre familiaux tentés par l’installation agricole.
Son frère Marc, associé dans le même Gaec et président de la MFR pour encore trois ans, entend multiplier les partenariats, garants de pérennité et d’adaptation. Sécurité et santé mentale figurent parmi les sujets traités avec la MSA et Groupama.
Dans un registre moins institutionnel, un partenariat avec le club de rugby de Maurs prévoit que le nom de la MFR figure sur les maillots. "Si grâce à ça on gagne, ne serait-ce qu’un élève par an, on est assuré d’un retour sur investissement."
ADAPTATION PERMANENTE: Michel Teyssedou dit avoir arrêté le lycée Duclaux à Aurillac à l’âge de 15 ans avant d’être scolarisé dans un second temps à la MFR de Marcolès. L’ancien président du CNJA explique y avoir réalisé ses "études supérieures". Il rappelle que le réseau des MFR est né d’un "acte d’engagement chrétien" et qu’il demeure animé par "des notions d’humanisme ". Selon lui, cette histoire explique la capacité des Maisons familiales rurales à évoluer en permanence pour répondre aux besoins de la société.
Les chiffres clés du réseau MFR Loire Auvergne
Les 19 Maisons familiales rurales de la fédération Loire-Auvergne, dont les trois MFR du Cantal, ont accueilli 2 809 apprenants lors de la dernière rentrée :
• 1 876 scolaires
• 779 apprentis
• 154 stagiaires de formation continue
Le recrutement a finalement enregistré une baisse de 2 %, malgré des journées portes ouvertes encourageantes.
Les résultats pédagogiques demeurent solides :
• 90 % de réussite aux examens
• 9,5 % de rupture moyenne de cursus
• 70 formations en alternance dans douze secteurs d’activité
Plusieurs ouvertures sont programmées :
- rentrée 2025 : Capa Travaux forestiers à Marlhes ; Capa Métiers de l’élevage à Gelles ;
- rentrée 2026 : classe de 3e à Escurolles ; Capa Métiers de l’agriculture à Marcolès ; BTSA Métiers de l’élevage à Gelles.
Les MFR de cette fédération, présidée par Fabienne Ladet, emploient 450 salariés dans cinq départements : Allier, Puy-de-Dôme, Cantal, Loire et Haute-Loire. Premiers employeurs de nombreuses communes rurales, elles jouent un rôle structurant pour les territoires.