Aller au contenu principal

Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un regard du côté des industriels. 

tank à lait avec des gens
© Réussir SA

Pourquoi la hausse de production laitière est-elle si difficile à absorber pour les industriels ?

Florent Kaplon président du Criel

F.Kaplon : Nous avons une hausse de la collecte qui n'était absolument pas prévue dans son ampleur, liée à une qualité d’herbe exceptionnelle à l’automne. Nous avons eu un deuxième printemps ! Sur certains territoires, ces hausses de collecte vont jusqu’à plus de 20-25 %. 

S'il y a un chiffre à retenir, c'est que la hausse de collecte moyenne française est autour de 6 %. En Auvergne Rhône-Alpes, elle est à 12 %, la plus importante de France.

Collecter ce lait en plus, c’est compliqué. Il y a un souci matériel et humain. Il faut des équipes en plus pour traiter ce lait, mais aussi des capacités sur les sites qui sont dimensionnés pour traiter un certain volume. Si les cuves peuvent stocker 8 000 litres, elles ne peuvent pas en recevoir 9 000. Tous les outils tournent aujourd'hui au maximum.

À lire aussi : Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Pour le site principal Dischamps, à Saint-Nectaire, on travaille du dimanche soir 21 h jusqu'au samedi matin, en 3-8, non-stop. On ne sait pas faire plus. On est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire sur le site par rapport aux possibilités.

Le problème vient-il aussi du marché du lait ?

F.Kaplon : On a une filière avec une hausse de collecte que personne ne pouvait prévoir et a contrario des ventes stables voire en baisse en fonction des produits. Le saint-nectaire fermier réalise moins 7 % de vente sur la même période, par rapport à 2025. Mécaniquement, ça ne passe pas. 

Sur les AOP, les produits les plus chers ont tendance à baisser, quand les produits d’entrée de gamme restent stables voire en très légère hausse.

 À l'échelle de l'ensemble de la filière laitière française, la consommation de produits laitiers est étalée.

À lire aussi : Surproduction laitière : la filière Saint-Nectaire asphyxiée, les producteurs sommés de réduire leur production 

Cet excédent laitier ne peut-il pas être valorisé en dehors du marché intérieur ?

F.Kaplon : La quasi-totalité des opérateurs français se retrouvent avec des excédents de lait. Quasiment aucun site en France ne peut recevoir de lait supplémentaire. Du lait part à l’étranger, notamment en Italie et en Espagne

Il y a du lait d'excédent qui se vend entre 50 et 100 euros les 1 000 litres sur le marché spot

Les frais de transport sont élevés et le sont même davantage depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Malheureusement, il reste toujours du lait pour lequel on ne trouve aucun acheteur. Certains opérateurs, certaines laiteries envoient leur lait pour la méthanisation.

Moi-même, j'ai une offre d'un acheteur étranger de 1 € symbolique pour une cuve de 25 000 litres de lait écrémé. J'ai refusé. 

Je préfère l'envoyer à la méthanisation plutôt qu'il profite à un opérateur étranger qui risque de transformer ce lait en un potentiel produit concurrent et qui participerait à casser le marché derrière. Mais cette position dépend de chacun.

Face à la baisse des prix et surtout aux adaptations des éleveurs pour réduire la production, un retournement de la situation est-il à craindre à moyen terme ?

F.Kaplon : C’est possible. Encore une fois, la situation actuelle est plus subie que choisie. Pour l'instant, elle paraît assez conjoncturelle avec un hiver exceptionnel. Elle est très atypique. Il faut arriver à passer cette période qui est un peu compliquée.

À long terme, on a besoin de producteurs et de renouvellement des générations pour maintenir la filière. L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix.

La filière laitière a traversé d'autres crises par le passé. Malheureusement, je pense que les dernières évolutions géopolitiques ne sont pas forcément propices à faciliter les reprises de marché. La guerre au Moyen-Orient a un réel impact sur les coûts et possiblement sur la consommation des ménages. La saison touristique en sera ou non le témoin le plus parlant.

À lire aussi : Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

 

 

 

 

Les plus lus

À Saint-Victor, chez Gilles Tailhardat.
S’installer en élevage bovin : deux exploitations à reprendre ont ouvert leurs portes dans l’Allier

La Chambre d’agriculture de l’Allier a organisé le 26 février un après‑midi dédié à la découverte de deux exploitations bovins…

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Surproduction laitière : la filière Saint-Nectaire asphyxiée, les producteurs sommés de réduire leur production 

Le Saint-Nectaire étouffe sous une surproduction record. Face à l’urgence, la filière appelle les producteurs à réduire…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière