Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière
En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par Ludovic Blin, vice-président de la FNPL lors de la tournée régionale à Blesle en Haute-Loire, le 18 mars dernier.
En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par Ludovic Blin, vice-président de la FNPL lors de la tournée régionale à Blesle en Haute-Loire, le 18 mars dernier.
Depuis le début de l’année, la filière laitière française traverse une crise profonde, marquée par une chute brutale des prix et une volatilité accrue des marchés. Les éleveurs, déjà fragilisés par des années de pression économique, dénoncent un manque criant d’anticipation de la part des entreprises laitières. Entre surproduction, manque de compétitivité et absence de vision à long terme, la filière semble prise dans un engrenage où les producteurs deviennent, une fois de plus, la variable d’ajustement.
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Surproduction et prix en chute libre : un marché déséquilibré
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En Haute-Loire comme dans le Cantal, les éleveurs tirent la sonnette d’alarme. « Nous avons perdu 50 à 60 euros par tonne sur le prix du lait » alerte Lionel Guy, président de la section laitière de Haute-Loire. Aujourd’hui, le prix moyen oscille autour de « 470 euros la tonne », alors que les coûts de production, eux, ne cessent d’augmenter.
« En juin 2025, il manquait du lait. Les industriels nous ont demandé de produire. On a répondu. Mais une vache n’est pas un robinet ! » s’indigne-t-il.
L’automne 2025 a vu une forte production de lait, grâce à un fourrage abondant, mais cette surproduction a déséquilibré le marché. Les industriels peinent à valoriser ce surplus et aujourd'hui « ils nous font payer le prix de la compétitivité » affirment les producteurs présents dans la salle de Blesle. Ils en sont certains, la situation qu'ils vivent actuellement sur les prix résulte d'un manque de valorisation du lait par les industriels, sur les divers marchés.
« Ils prétextent toujours que c'est une question de prix, que le lait français est trop cher. Or en 2025, l’Allemagne vendait son lait 50 euros la tonne plus cher que la France et pourtant, elle exportait davantage. »
Manque de compétitivité et avenir incertain : la filière laitière française en danger
Selon Ludovic Blin, les industries laitières accumuleraient aujourd'hui deux défauts, celui de ne pas avoir suffisamment investi dans leurs outils et de manquer d’anticipation sur les marchés.
Il cite l’exemple de McDonald’s. La chaîne de fast-food utiliserait près de 150 millions de tonnes de fromages et seulement 30 millions seraient français, d'après le vice-président de la FNPL. « Aucune industrie laitière française n'est aujourd'hui en capacité de répondre à leur demande » assure-t-il.
Il évoque également l’augmentation de la demande dans les protéines sériques, issues du petit-lait, notamment de la part des sportifs. Pourtant, les industriels français peineraient là encore à se positionner. « Personne n’anticipe l’arrivée de ce marché » déplore Ludovic Blin.
40 centimes le litre de lait : la ligne rouge des éleveurs sur le prix
Ce constat dressé en plein cœur d'une nouvelle crise laitière conforte la position des producteurs à refuser les baisses de prix trop importantes.
« Il est hors de question que le prix du lait passe sous les 40 centimes au litre » martèle le vice-président de la FNPL, appelant à une « meilleure application d’Egalim » et à des « investissements urgents » pour valoriser le lait.
Sans quoi, la filière craint de voir sa production s'éroder un peu plus. « Entre le manque de visibilité et la concurrence de la production allaitante, les jeunes ne sont guère motivés à s'installer en lait » explique Pierre Prallon du syndicat JA de la Haute-Loire.
Dans le Cantal voisin la situation devient même préoccupante.
« Moins d’un quart des installations sont en lait. En 20 ans, nous sommes passés de 90 000 à 55 000 vaches laitières » précise Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Face à cette crise, les éleveurs appellent à une refonte du modèle. « Nous avons besoin d’un syndicat fort et d’un État présent » insiste Jean-Paul Peyral, administrateur à la FNPL.
Ludovic Blin reste optimiste. « C’est une crise conjoncturelle. Mais sans les entreprises à nos côtés, le chemin sera difficile. »
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