Surproduction laitière : la filière Saint-Nectaire asphyxiée, les producteurs sommés de réduire leur production
Le Saint-Nectaire étouffe sous une surproduction record. Face à l’urgence, la filière appelle les producteurs à réduire leurs transformations dès maintenant, sous peine de voir s’effondrer qualité, prix et débouchés.
Le Saint-Nectaire étouffe sous une surproduction record. Face à l’urgence, la filière appelle les producteurs à réduire leurs transformations dès maintenant, sous peine de voir s’effondrer qualité, prix et débouchés.
La situation est critique. Depuis septembre 2025, la filière du Saint-Nectaire croule sous les stocks, avec une surproduction estimée entre +15 % et +20 % par mois. Le maintien des ventes ne permet malheureusement pas de suivre le rythme effréné de la production. Les fromages s’accumulent dans des caves déjà saturées menaçant de dégrader la qualité.
Nous n'avons jamais connu une crise d’une telle ampleur depuis 16 ans », alerte Sébastien Ramade, président de l’Interprofession Saint-Nectaire (ISN).
Surproduction laitière : un automne trop généreux, des caves au bord de la rupture
La surproduction trouve son origine dans un automne 2025 exceptionnellement clément. « L’herbe était de très bonne qualité, les fourrages excellents », explique le producteur de Murat-le-Quaire. Les vaches ont donc produit plus de lait obligeant les producteurs et industriels à transformer davantage.
On estime produire 15 % de fromages de plus qu’en 2025, soit l’équivalent d’une journée entière de transformation fromagère en trop. »
La situation s'est poursuivie cet hiver avec des fourrages là encore de très bonne qualité. Le mois de janvier affiche déjà +5,3 % de production par rapport à janvier 2025. Une augmentation importante mais qui reste moindre par rapport à décembre où la surproduction atteignait +17 %. « Un certain nombre de producteurs ont joué le jeu de réduire leur transformation » souligne Sébastien Ramade, mais les efforts n’ont malheureusement pas suffi.
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AOP Saint-Nectaire : baisser la production ou subir les conséquences
Face à l’urgence, les acteurs de la filière tentent de s’organiser. La filière a proposé aux services de l'État un certain nombre de mesures pour tenter de juguler cette surproduction mais les réponses se font attendre. « Nous n’avons aucun outil légal pour l’instant. Les règles du commerce et du droit de la concurrence nous limitent. Nous n'avons pas eu de réponse officielle sur les mesures proposées. Je pense que nous n'en aurons pas. »
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Le conseil d'administration de l’ISN, réuni le mardi 3 mars, est tombé d'accord sur la mise en place d'une stratégie. Un nouveau courrier a été envoyé aux producteurs dans lequel la filière leur demande de conserver le niveau de production de 2025 sur la période de janvier à juin 2026.
Certains affineurs jouent déjà le jeu depuis janvier, en réduisant leur collecte. Ce sont ceux qui n’ont pas encore fait d’efforts qui doivent s’y mettre maintenant » insiste Sébastien Ramade.
Les affineurs pourraient donc dans les semaines à venir réduire encore leur collecte de fromages ou appliquer des pénalités sur les volumes excédentaires. « Chacun prend ses responsabilités avec ses producteurs. »
Les producteurs fermiers sont appelés à se rapprocher des laiteries pour faire collecter une partie de leur lait. Au regard du niveau de surproduction, Sébastien Ramade estime qu’abandonner « une journée de transformation fromagère participerait activement à juguler les surplus de fromages ». Dans un souci d’équité, ce lait issu des producteurs fermiers ne doit pas impacter le taux de valorisation en AOP des producteurs laitiers de la zone, déjà en baisse (83 % de lait valorisé en AOP en 2025).
Le lait en surplus collecté chez les fermiers ira sur le marché spot plutôt qu’en transformation » prévient-il.
Qualité, prix, et perte de parts de marché, les risques de la surproduction laitière pèsent lourds sur l'AOp Saint-Nectaire
Si rien n’est fait, les conséquences seront lourdes pour la filière Saint-Nectaire. Le risque principal est la perte de qualité avec des fromages qui traînent en cave.
On ne peut rien en faire des vieux fromages. Ce n’est pas un problème sanitaire mais de goût : ils ne sont plus bons. »
Des affineurs auraient déjà eu recours à des destructions, apprend-on de Sébastien Ramade. Une baisse de qualité entraînerait inévitablement une baisse de la valeur au kilo qui mettrait « plusieurs années à remonter ».
« Il faut intervenir maintenant » martèle le président de l'ISN qui estime qu’un retour à la normale est possible dès le mois de juin, à condition que « tout le monde fasse un effort ».
Un plan de régulation de l'offre entre les mains des producteurs de Saint-Nectaire
Cette crise appuie l’intérêt pour la filière de se munir d’un plan de régulation de l'offre, sur lequel elle travaille depuis quelques années déjà. Inspiré des modèles du Comté et du Reblochon, « c’est un outil légal, validé par la Commission européenne, qui reste entre les mains des producteurs ». Le principe de ce plan construit avec l'ensemble des acteurs de la filière, sera d'établir un taux de production annuel à ne pas dépasser, notamment entre novembre et janvier. Au-delà, des pénalités s’appliqueront.
L'idée n'est pas d'interdire de produire mais de réguler les volumes. »
Un courrier présentant les détails de ce plan ainsi que des réunions d’information et un vote par correspondance sont prévus dans les prochaines semaines. « Le plan de régulation de l’offre nous aurait permis d'anticiper la situation actuelle dont nous avions les signaux depuis l'automne. » Les résultats du vote seront connus après l’assemblée générale de l’interprofession.
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