Le plan de régulation de la production du Saint-Nectaire échoue : « des craintes » et « beaucoup d'appréhensions »
Lors de l’assemblée générale de la filière Saint-Nectaire, les producteurs fermiers et les affineurs ont rejeté à travers leur vote le plan de régulation de l'offre porté par l'Interprofession. Explications et réactions de Sébastien Ramade, président.
Lors de l’assemblée générale de la filière Saint-Nectaire, les producteurs fermiers et les affineurs ont rejeté à travers leur vote le plan de régulation de l'offre porté par l'Interprofession. Explications et réactions de Sébastien Ramade, président.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le plan de régulation de l’offre porté par l’Interprofession Saint-Nectaire n’a pas été adopté lors de la dernière assemblée générale ?
S.Ramade : Pour rappel, ce plan de régulation de l’offre, porté par l’Interprofession Saint-Nectaire, visait à encadrer la production hivernale pour éviter les surplus.
Nous n'imposions pas une production annuelle mais nous demandions aux producteurs de ne pas dépasser un certain taux de production sur les mois de décembre, janvier et février, période où la demande est la plus faible.
Pour être validé, il fallait obtenir les deux tiers des voix de l’ensemble des producteurs fermiers et affineurs appelés au vote, soit 132 voix sur 196. Or, nous n’avons recueilli que 86 votes favorables, contre 63 oppositions, avec une quarantaine d’abstentions. Même si la majorité des votants était en faveur du plan, le quorum n’a pas été atteint.
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Ce qui est dommage, c’est que ce plan était une réponse collective à ce problème récurrent de l’excédent de fromages en hiver, qui pèse sur les prix et fragilise les producteurs. En 2009-2010, une crise similaire avait fortement impacté la filière durant plusieurs années. Aujourd’hui, sans cet outil, nous risquons de revivre les mêmes difficultés si l’automne 2026 est aussi favorable qu'en 2025 à la production laitière.
Dans un tel cas, je pense que des producteurs pourraient se retrouver en grande difficulté si le marché s’effondre.
Quels étaient les arguments des producteurs opposés à ce plan de régulation de la production ?
S.Ramade : Les raisons étaient variées. Certains pensaient que le problème venait des "grosses fermes", alors que nos données montrent que la surproduction hivernale touche toutes les tailles d’exploitation. D’autres refusaient toute forme de contrainte, même si le plan ne fixait pas de quotas mais proposait simplement un rééquilibrage saisonnier. Enfin, il y a eu des craintes sur la répartition des volumes ou une méconnaissance du dispositif.
Sans une participation massive, il est difficile de faire aboutir des projets collectifs.
Le plus difficile, c’est de mobiliser tous les producteurs pour qu’ils votent, qu’ils soient pour ou contre. Une quarantaine n’a pas participé par désintérêt ou parce qu’ils pensaient que leur accord à ce plan était implicite. Pourtant, chaque voix comptait.
Quelles sont les conséquences de ce rejet pour la filière Saint-Nectaire ?
S.Ramade : Sans ce plan, nous allons dépendre uniquement des mécanismes du marché, donc de la loi de l’offre et la demande. Cela signifie que, en cas de surproduction, ce sont les producteurs les plus fragiles qui risquent d’être les plus touchés.
Nous perdons l'occasion de mettre en place un outil collectif et équitable qui aurait permis à la filière de gérer son marché.
Pour les jeunes qui s’installent, c’est particulièrement préoccupant. Sans visibilité sur les volumes et les prix, il est difficile de sécuriser leur activité. Nous avions prévu de réévaluer le plan après trois ans de mise en place, avec la possibilité de l’ajuster entre-temps. C’était une approche progressive, mais aujourd’hui, nous devons repartir de zéro.
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Abandonnez-vous ce projet de réguler l’offre de Saint-Nectaire après ce rejet ?
S.Ramade : Nous ne baissons pas les bras. La première étape, c’est de digérer ce refus et d’analyser les raisons pour lesquelles le plan n’a pas convaincu.
Ensuite, nous envisageons de le réécrire en intégrant mieux la gestion du lait des fermiers, un point soulevé par les laiteries.
Nous devons aussi améliorer la communication pour expliquer que ce plan n’est pas une contrainte définitive, mais un outil temporaire et ajustable, utilisé seulement en période de tensions.
Peut-être que la crise de cet hiver n’a pas encore été assez forte pour que tous les producteurs mesurent l’urgence d'un tel plan. Nous continuons malgré tout à travailler pour protéger la valeur de nos fermes et assurer l’avenir de la filière. L’enjeu, c’est de montrer que nous pouvons nous organiser collectivement, plutôt que de subir les aléas du marché.
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Comment se porte la filière Saint-Nectaire sur le plan économique, notamment en termes de ventes et d’installations ?
S.Ramade : Les ventes de Saint-Nectaire, qu’il soit laitier ou fermier, sont plutôt en hausse. Nous n’observons pas de baisse significative, ce qui est une bonne nouvelle.
La production continue d'être excédentaire, de l’ordre de 6 % par rapport à l’année dernière, mais les ventes du mois de mars ont été bonnes.
Plus nous avançons dans la saison, plus les inquiétudes s'atténuent puisque nous arrivons vers les mois où les ventes sont les plus importantes.
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Côté installations, nous constatons un léger fléchissement du côté des producteurs fermiers, tandis que le nombre d’installations en laitier progresse légèrement. Cependant, sans outil de régulation, la visibilité pour les jeunes reste un défis majeur.
Une crise prolongée pourrait décourager les nouvelles installations, ce qui serait dommageable pour l’avenir de la filière.