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Le bout du tunnel pour la filière laitière bio ?

En crise de consommation depuis trois ans, la filière laitière bio a subi des vagues de déconversions. En ce début d’année 2026, l’horizon semble commencer à s’éclaircir. Décryptage à l'occasion des Rencontres laitières bio du Cantal.

Bouteille de lait bio en rayon
Près d'un producteur sur sept de lait bio a disparu en moins de quatre ans, une majorité suite à une déconversion
© V. Pinson- Réussir

La filière laitière bio a-t-elle fini de manger son pain noir ? Les producteurs, réunis le 3 mars lors des Rencontres laitières bio du Cantal, l’espèrent, eux dont les rangs se sont sensiblement éclaircis, parsemés principalement par les déconversions. En un an, la France a encore perdu 6,7 % de livreurs : ils étaient 3 626 en novembre 2025, soit 260 de moins qu’en novembre 2024, et 655 de moins que fin 2022. Dans le Cantal, l’effectif est passé de 108 élevages en 2023 à 92 aujourd’hui, la moitié de cette baisse étant liée à des déconversions. Quant à la collecte, à 1,03 milliard de litres, elle est restée inférieure de 5,2 % de janvier à novembre 2025 (par rapport à la même époque de 2024), accusant même - 10,3 % dans le Cantal (15 Ml produits sur l’année). Mais un redressement est constaté au niveau national sur l’automne dernier et début 2026, à la faveur de récoltes fourragères qualitatives et quantitatives, a indiqué Yann Grangeon, animateur de l’association Bio 15 qui coorganisait ces rencontres avec la Chambre d’agriculture 15.

Lire aussi La filière du lait bio prise en étau entre reprise du marché et poursuite des déconversions

Produits laitiers bio : signaux favorables sur le marché

Après avoir fondu notamment entre 2022 et 2023, le différentiel de prix entre conventionnel et bio s’est stabilisé en 2025. Le prix réel du lait bio payé aux producteurs a même atteint un sommet à 537,2 €/1 000 l en moyenne de janvier à novembre 2025, en hausse de 4,4 % par rapport à 2024. Dans le Cantal, c’était 547 € de moyenne janvier/novembre 2025 (+ 3,1 %/ 2024) avec un pic à 587,52 € en novembre dernier, soit + 70 €/ moyenne du conventionnel. En berne depuis plus de deux ans, transformations et ventes ont montré des signaux de reprise. Les fabrications ont ainsi progressé dans pratiquement toutes les catégories de produits : + 13,3 % pour les fromages, + 7,8 % pour le beurre, + 5,4 % pour les yaourts et laits fermentés (sur janvier-novembre 2025). La consommation en produits ultra-frais est elle aussi repartie à la hausse mais elle reste déficitaire en lait liquide (- 2,8 %), beurre (- 0,4 %) mais surtout en crème (- 7,6 %). La dynamique des ventes s’avère très positive dans les magasins bios spécialisés (hausse de 6 % de leur chiffre d’affaires en 2025 malgré une inflation quasi nulle), elle est moindre dans la grande distribution mais on y observe tout de même les premières hausses depuis quatre ans.

Sur ce sujet : Produits laitiers : le bio fait mieux que le conventionnel en magasin en 2025

Filière lait bio : si Egalim était respectée dans la RHD...

Dans la restauration hors domicile, les produits laitiers bio représentent à peine 10 % des achats en valeur, contre 20 % imposés par la loi Egalim, avec des ratios très disparates selon les catégories : 18 % pour les yaourts, moins de 10 % pour les fromages. En cause, non pas l’offre, mais la demande, notamment au rayon des fromages : “Souvent, les collectivités préfèrent mettre en avant un cantal AOP qu’un fromage bio”, constate Caroline Cerne de la fromagerie Duroux. Ces 10 % manquants par rapport aux attendus de la loi équivalent au niveau national à 100 Ml, “un cinquième des déclassements”, relève Yann Grangeon, tout en notant des avancées dans le département. 

“On voit enfin le bout du tunnel en bio, on sent que ça redémarre, les marchés se tiennent”, affiche Maxime Charret (administrateur Sodiaal, référent bio).

Voilà pour le constat à date. L’embellie esquissée va-t-elle se confirmer ? Réponse affirmative chez Sodiaal : “On voit enfin le bout du tunnel en bio, on sent que ça redémarre, les marchés se tiennent”, affiche Maxime Charret (administrateur Sodiaal, référent bio). Le groupe coopératif, qui collecte 26 Ml de lait bio dans le Massif central, a retravaillé en 2025 son flux de collecte pour limiter les déclassements (à peine 20 % au pic printanier de lait). Sodiaal se projette sur un prix de base du lait bio étal en 2026, soit à 520 €/t. Pour autant “il n’y a pas de volonté de relancer les conversions”, indique M. Charret, qui constate une reprise de la production depuis fin 2025.

Des producteurs de lait bio loin d’être logés à la même enseigne

À la fromagerie Duroux, qui collecte 1,5 Ml de lait bio (en lien avec Volcalis) auprès de 5 de ses 47 producteurs, la valorisation des fromages bio (cantal, pavé corrézien et tome bio) reste compliquée (40 % de déclassement). Néanmoins, comme chez Sodiaal, 100 % du lait collecté est payé en bio (prime de 50 €/1 000 l, prix moyen lait bio livré en 2025 : 550 €). Chez Charrade, les producteurs présents font état du maintien annoncé de la prime bio mais sur un prix de base conventionnel amputé de 30 €, baisse motivée par une hausse totale de collecte de 9 %. Quant à Biolait, qui ne dispose pas d’outils de transformation, “c’est la catastrophe”, pointe Dimitri Bousquet. En 2025, le prix de base n’a pas dépassé 480 € (350 € en avril-mai), “en raison de coûts de collecte élevés”, ironise le producteur de Lafeuillade-en-Vézie. Et la trajectoire présentée est des moins rassurantes, avec des projections de collecte en 2030 à 120 Ml (- 100 Ml/2025) et de prix à 409 € ! “Clairement, il y a la volonté d’abandonner la collecte dans le Cantal et le Massif central”, souffle le producteur.

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