Les éleveurs de viande bovine vont bloquer les abattoirs du groupe Bigard
Trop c'est trop. Face à la baisse continue des cours en viande bovine, les éleveurs ont décidé de passer à l'action. Ils bloqueront dès lundi 27 juillet au soir, les abattoirs du groupe Bigard. Le président de la Fédération nationale bovine détaille les raisons de la colère.
Trop c'est trop. Face à la baisse continue des cours en viande bovine, les éleveurs ont décidé de passer à l'action. Ils bloqueront dès lundi 27 juillet au soir, les abattoirs du groupe Bigard. Le président de la Fédération nationale bovine détaille les raisons de la colère.
Quel est le contexte de marché en viande bovine ?
Patrick Bénézit : Au printemps 2026, nous avons subi de très fortes pertes sur toutes les catégories d'animaux. Les choses s'étaient calmées fin juin, mais depuis les cours ont fortement baissé. Comme nous l'expliquons depuis plusieurs semaines, à l'appui de chiffres solides et fiables puisqu'ils sont issus des douanes, rien ne justifie ces baisses de prix. Sur la consommation, le bilan des douanes fait état d'un retrait de 0,6 % des ventes. On est très loin de l'effondrement annoncé.
À titre d'exemple, la semaine du 14 juillet, 45 000 bêtes ont été abattues.
La consommation de viande bovine est donc loin d'être inexistante. Sur l'import, toujours selon les chiffres de douanes, il a reculé entre janvier et mai 2026, de 1 %. Enfin sur l'export, on a moins exporté car nous n'avons pas pu exporter les veaux qui ne sont pas nés ! Nous subissons d'ailleurs une seconde vague de forte baisse des naissances, et cela va continuer.
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L'Institut de l'Élevage estime que 100 000 mâles ne seront pas disponibles au second semestre 2026
En conséquence, soit on exportera moins, soit on engraissera moins. La disponibilité est réduite c'est un fait. Si les éleveurs peuvent entendre qu'il peut y avoir des complications temporaires, aucune ne justifie des baisses de prix aussi violentes.
Il faut que les baisses s'arrêtent, parce que nos coûts de production explosent, d'autant plus que nous avons une sécheresse sévère à affronter. À ce titre, nous avons demandé à la ministre de l'Agriculture d'activer toutes les mécaniques pour accéder au fonds de solidarité nationale pour l'herbe.
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Blocage des abattoirs du groupe Bigard : une dizaine de sites concernés dont Socopa à Villefranche d'Allier dans l'Allier
Patrick Bénézit : A l'initiative de la Fédération nationale bovine en lien avec le réseau FNSEA-JA, une dizaine de sites d'abattage du groupe Bigard seront effectivement visés. Il s'agit d'un coup de semonce pour faire comprendre à tous les opérateurs de la filière que les baisses de prix doivent stopper le plus vite possible notamment dans les catégories les plus affectées. On cible le leader du marché français mais l'attente concerne les entreprises privées, les coopérateurs, les négociants, les marchands, les exportateurs, les grandes surfaces…
Aucun maillon de la filière ne doit se sentir à l'écart de nos légitimes revendications. C'est la pérennité de la filière viande bovine qui est en jeu.
Si une nouvelle vague de décapitalisation devait advenir, tout le monde en paierait les frais dans quelques mois. Au dernier salon de l'agriculture, toute la filière avait acté la mise en place d'un plan de souveraineté pour stopper la décapitalisation et même engraisser un peu plus en France. Quelques mois après ces déclarations, on a des animaux qui ont perdu 600 euros de valeur ! Mais de qui se moque-t-on ! Tous les opérateurs doivent urgemment revenir à la réalité.
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Viande : l'hégémonie du groupe Bigard
Dans une analyse cartographique inédite publiée le 17 juillet, nos confrères du Monde et de Lighthouse Reports montrent que le groupe Bigard est en situation ultra-dominante pour l’abattage des bovins dans deux régions, une partie de l’Occitanie et une zone recouvrant notamment les Ardennes et la Meuse. La cartographie est basée sur le nombre d’abattoirs disponibles à quatre heures de route de toutes les intercommunalités françaises. Pour les auteurs, l’évaluation du niveau de concurrence effectué par les autorités lors des rachats d’abattoirs par Bigard ces dernières années a omis certaines conséquences régionales.
À l’échelle nationale, Bigard possède, selon les deux médias, « plus de 50 % des parts de marché dans 343 intercommunalités, soit 66 000 exploitations ». Selon un calcul basé sur l’indice de Herfindahl-Hirschman (concurrence), une ferme française sur cinq peut livrer à un nombre d’abattoirs correspondant à une concurrence inférieure aux « seuils généralement acceptés par la loi ». Ils rappellent que le groupe Bigard ne possédait que trois abattoirs en 1998, et vingt-trois en 2025. Sa prédominance sur le marché français correspond à la fois à ses opérations de rachat (Charal en 2008, Socopa en 2009), et à la disparition de nombreux abattoirs, notamment publics.