Sécheresse : « Les agriculteurs ne doivent pas être les seuls à payer la facture »
Interview de Christian Arvis, président de la FDSEA de la Creuse.
Interview de Christian Arvis, président de la FDSEA de la Creuse.
Après un printemps exceptionnellement sec, plusieurs épisodes de canicule et des incendies, la FDSEA de la Creuse propose à l’État un plan d’action à la hauteur de la crise. Indemnisation, trésorerie, PAC, fourrage, eau : Christian Arvis détaille les priorités du syndicat et appelle à des réponses rapides.
Christian Arvis, quelle est aujourd’hui la réalité de la situation dans les exploitations creusoises ?
Christian Arvis : La situation est extrêmement difficile. Nous avons connu un printemps exceptionnellement déficitaire en pluie, puis des vagues de chaleur successives, des épisodes caniculaires et des incendies. Toutes les productions sont concernées et c’est l’ensemble du département qui subit cette situation.
Sur les exploitations, cela se traduit par des baisses de production, un manque de fourrage, des charges supplémentaires et des trésoreries qui vont être mises à rude épreuve. Il faut aussi prendre en compte la dimension humaine. Certaines exploitations sont particulièrement fragilisées. C’est pourquoi nous demandons de renforcer les cellules « Réagir » autour de la MSA afin d’identifier rapidement les situations les plus difficiles et d’apporter un accompagnement psychologique, économique et financier. Aucun agriculteur ne doit rester seul face à cette crise.
Vous demandez à la fois une reconnaissance nationale des pertes et un accompagnement économique. Quelles sont vos revendications sur ce volet ?
C.A. : Nous demandons d’abord une reconnaissance nationale au titre de l’indemnisation de solidarité nationale pour l’ensemble des cultures concernées, dès la CODAR du 7 septembre. Nous voulons éviter des procédures différentes d’un territoire à l’autre et surtout obtenir des indemnisations plus rapides.
Il faut également revoir certains dispositifs d’assurance, notamment l’assurance prairies, lorsque l’indice satellitaire ne correspond pas à la réalité constatée sur le terrain. L’agriculteur doit pouvoir demander une expertise. Et les assureurs doivent accélérer leurs versements, notamment en permettant le paiement d’acomptes lorsque les délais sont trop longs.
Mais l’indemnisation ne suffira pas. Nous demandons aussi le dégrèvement total de la TFNB, un crédit d’impôt pour l’achat d’aliments et de fourrages et une prise en charge renforcée des cotisations sociales. Nous demandons aussi davantage de souplesse dans le calcul des cotisations sociales.
Enfin, il faut agir sur la trésorerie. Les banques doivent pouvoir accompagner les exploitations avec des garanties de l’État ou de Bpifrance. Nous demandons aussi la prise en charge des intérêts de certains emprunts et des frais liés aux reports d’annuités. L’objectif est de permettre aux exploitations de passer le cap sans être étranglées financièrement.
Vous réclamez également un allègement des charges. Quelles mesures vous paraissent prioritaires ?
C.A. : Alors que nous étions satisfaits de la hausse des cours qui nous avait permis de retrouver un peu de trésorerie, cette trésorerie est déjà en train d’être mangée par la crise actuelle. On ne peut pas laisser les charges continuer à augmenter comme si de rien n’était. Nous demandons notamment la prolongation du remboursement de 15 centimes sur le GNR et l’allongement du plan engrais jusqu’au 31 décembre 2026, avec un budget suffisant pour qu’il soit accessible à tous.
Pour les éleveurs, il faut également éviter la décapitalisation. Nous demandons donc de doubler la provision élevage afin d’inciter les agriculteurs à conserver leurs troupeaux malgré les difficultés d’approvisionnement en fourrage.
Notre objectif est simple : préserver les outils de production et permettre aux agriculteurs de continuer leur activité.
Sur la PAC et les contrôles, vous demandez également des adaptations. Que faut-il changer ?
C.A. : Nous demandons que les avances des aides PAC soient versées dès le 16 octobre à tous les agriculteurs, y compris ceux qui sont en procédure. Dans une période où la trésorerie est tendue, cet argent est indispensable.
Nous demandons aussi que la sécheresse 2026 soit reconnue comme un cas de force majeure. Cela doit permettre des dérogations sur plusieurs obligations de la PAC : couverture hivernale des sols, rotation des cultures, diversité des surfaces pour l’écorégime, MAEC, agriculture biologique, aides animales, ICHN et aides couplées.
Et pendant cette période de crise, nous demandons du discernement dans les contrôles. Les agriculteurs doivent être accompagnés, pas sanctionnés pour des situations directement liées à un événement climatique exceptionnel. Nous demandons notamment des adaptations concernant la directive nitrates et les haies détruites par les incendies. Pas de sanctions pour les haies brûlées, pas d’obligation de replantation lorsque leur destruction est liée aux incendies.
Le manque de fourrage est une autre urgence pour les éleveurs. Quelles réponses demandez-vous ?
C.A. : Il faut faciliter la solidarité entre les territoires. Nous demandons d’assouplir les règles de transport pour permettre les échanges de paille entre régions, d’obtenir la gratuité des péages pour les transports de fourrages identifiés et de mettre en place une aide au transport du fourrage et de l’ensilage.
Nous demandons également que certains fourrages récoltés à destination des méthaniseurs puissent être mobilisés pour l’alimentation animale, avec une compensation financière pour les méthaniseurs concernés.
Il faut aussi financer l’achat de semences de prairies pour réaliser des sur-semis dans les parcelles les plus touchées. La priorité, aujourd’hui, c’est de sécuriser l’alimentation des troupeaux.
Vous placez également la question de l’eau au cœur de vos revendications. Que demandez-vous concrètement ?
C.A. : L’abreuvement des animaux doit être reconnu comme prioritaire dans la gestion de la ressource en eau. C’est une nécessité immédiate.
Mais cette crise montre également qu’il faut préparer l’avenir. Nous demandons une politique claire de stockage et de gestion de l’eau, avec l’accélération des projets de retenues, la simplification des procédures, leur sécurisation juridique et le soutien aux équipements d’irrigation performants.
Nous devons également adapter les bâtiments d’élevage aux fortes chaleurs et accompagner financièrement ces transformations. Il faut soutenir l’innovation et la recherche pour permettre à notre agriculture de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. On ne peut pas attendre la prochaine sécheresse pour commencer à préparer la suivante.
Nous avons identifié les difficultés et nous avons formulé des propositions concrètes. Maintenant, nous attendons des réponses. La ministre a annoncé un plan d’aide : il faut désormais en connaître rapidement le contenu et le mettre en œuvre.
Au travers de ces onze axes, notre démarche est cohérente :
protéger le revenu, préserver les exploitations, maintenir les troupeaux et permettre aux agriculteurs de continuer à produire.
Les agriculteurs creusois ont déjà subi les conséquences de cette crise climatique. Ils ne peuvent pas en supporter seuls le coût. Nous demandons donc à l’État de prendre ses responsabilités et de passer rapidement des annonces aux actes.
Face aux conséquences de la sécheresse, des fortes chaleurs et des incendies, la FDSEA de la Creuse demande à l’État la mise en place de son plan d’action d’urgence. Dans son courrier au préfet, la FDSEA avance onze priorités pour éviter que les exploitations ne supportent seules le coût et les conséquences de cette crise.
Accompagner les agriculteurs en difficulté, notamment sur les plans psychologique, économique et financier.
Accélérer les indemnisations et obtenir une reconnaissance nationale au titre de l’ISN.
Mettre en place des mesures fiscales et sociales, dont des dégrèvements de TFNB, un crédit d’impôt fourrages et une prise en charge des cotisations.
Alléger les charges, avec notamment la prolongation du remboursement sur le GNR et du plan engrais.
Renforcer l’accompagnement bancaire pour préserver la trésorerie des exploitations.
Adapter la PAC à la situation exceptionnelle, avec une avance des aides et des dérogations au titre de la force majeure.
Faire preuve de discernement dans les contrôles et accorder des dérogations sur certaines obligations réglementaires.
Sécuriser l’approvisionnement en fourrage, en facilitant les transports et les échanges de paille entre régions.
Faire de l’abreuvement des animaux une priorité dans la gestion de l’eau.
Préparer l’avenir face au changement climatique, notamment par le stockage de l’eau, l’adaptation des bâtiments et l’innovation.
Geler exceptionnellement l’indice du fermage dans le département.
Pour la FDSEA 23, l’enjeu est désormais de transformer les annonces en mesures concrètes et rapides. Les agriculteurs doivent pouvoir passer cette crise sans sacrifier leurs exploitations, leurs troupeaux et leur avenir.