Accords UE-Australie : Et à la fin, ce sont encore les éleveurs français qui trinquent
Après la signature de l'accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, le 24 mars à Canberra (Australie), les fédérations françaises ovine et bovine (FNO et FNB) fustigent une nouvelle concession de l'Europe, suicidaire pour son élevage.
Après la signature de l'accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, le 24 mars à Canberra (Australie), les fédérations françaises ovine et bovine (FNO et FNB) fustigent une nouvelle concession de l'Europe, suicidaire pour son élevage.
Que prévoit l'accord entre l'Union européenne et l'Australie sur le volet agricole ?
Engagé en 2018, suspendu en 2023 puis repris en 2025, l'accord UE-Australie vise, comme ceux que l’UE a déjà conclus, à créer une zone de libre-échange par la suppression de la majorité des droits de douane, l’ouverture des marchés publics et la facilitation des investissements.
Ce traité prévoit d’ailleurs la suppression de plus de 99 % des droits de douane sur les exportations de marchandises européennes vers l’Australie, ce qui devrait permettre aux entreprises de l'Union d'économiser environ un milliard d'euros (1,16 milliard de dollars) par an en taxes.
L'UE est aujourd'hui le troisième partenaire commercial bilatéral de l'Australie et sa deuxième source d'investissements étrangers
Les entreprises européennes ont exporté 37 milliards d'euros de marchandises vers l'Australie l'année dernière, et 31 milliards d'euros de services en 2024.
Viande bovine : quels sont les conséquences de l'accord UE-Australie ?
L'un des points de friction les plus sensibles de la négociation a concerné l'accès des viandes australiennes au marché européen.
- Les éleveurs australiens, qui espéraient initialement un quota de 50 000 tonnes de bœuf en franchise de droits, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse.
- L’accord final prévoit l'ouverture par l'Union européenne de deux contingents tarifaires pour un total de 30 600 tonnes de viande bovine. Dans le détail, 55 % de ce volume de bœuf nourri à l'herbe entrera en franchise de droits, tandis que les 45 % restants bénéficieront d'un droit réduit à 7,5 %.
- Même si seulement un tiers du quota sera appliqué pendant les cinq premières années, avant sa pleine entrée en vigueur, les éleveurs français sont vent debout contre ce nouvel accord.
Par la voie de la Fédération nationale bovine, ils dénoncent un acharnement de la présidente de la Commission européenne : « Tout en menant à marche forcée l’application provisoire de l’ouverture avec le Mercosur, au mépris des institutions européennes de la Cour de Justice et du Parlement européen qui n’ont pas délibéré sur ce sujet, Ursula von der Leyen prend le parti de sacrifier plus encore la souveraineté alimentaire, et déstabiliser plus profondément la pérennité des élevages en signant cet accord avec l'Australie ».
Viande ovine : quels sont les conséquences de l'accord UE-Australie ?
Du côté de la Fédération nationale ovine, l'incompréhension est également totale puisque l’accord entre l'Europe et l'Australie prévoit l’ouverture d’un contingent de 25 000 tonnes de viande ovine australienne issue d'animaux nourris à l'herbe, mis en place sur une période de sept ans. Une décision qui s'apparente à un « nouveau sacrifice sur l'autel de la géopolitique », s’indigne la FNO.
Elle dénonce une mise en concurrence déloyale avec des systèmes de production australiens sanitaires, environnementaux et de bien-être animal bien moins stricts qu'en Europe. Une décision qui s'apparente à un « nouveau sacrifice sur l'autel de la géopolitique ».
« Ces importations, si elles devaient aboutir, s’ajouteraient aux contingents déjà conclus avec la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine, organisant ainsi la mort lente de la filière ovine française », dénonce Michèle Boudoin, la présidente de la FNO.
La FNO tout comme la FNB exigent l’exclusion totale de la viande ovine et bovine de l’accord et appellent le gouvernement français à refuser toute concession supplémentaire.
Le « compromis » trouvé permet aux producteurs australiens de continuer à utiliser certains noms protégés en Europe, comme la « feta » ou le « gruyère », à condition que ces appellations soient utilisées localement depuis au moins cinq ans.
Echange agneau contre voiture
En contrepartie de l'accord sur les produits agricoles, l’Europe exportera vers l'Australie des voitures, des machines, des produits pharmaceutiques, des services et quelques produits agricoles et agroalimentaires.
Dès l’entrée en vigueur de l’accord, l'Australie s’engage à supprimer ses droits de douane sur les vins, les vins mousseux, les fruits, les légumes et le chocolat européens. L’UE prévoit en effet que les exportations laitières vers l'Australie bondissent de 33 % globalement au cours de la prochaine décennie, avec une croissance spécifique attendue de 50 % pour les produits laitiers transformés. Malgré ses garanties, les syndicats agricoles européens restent très inquiets quant aux répercussions de cet accord sur la pérennité de leurs exploitations. Dès le 17 mars, le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, dénonçait des « concessions disproportionnées » qui pourraient déstabiliser les marchés locaux et affaiblir les normes de production européennes.
En France, la FNSEA et JA avaient eu aussi, fin février, vilipendé un « Mercosur bis », une « stratégie de contresens » dans une « logique décroissante » et pointé le déséquilibre de cet accord opposant 450 millions de consommateurs européens aux 28 millions d’Australiens.