Accord australo-européen : Michèle Boudoin, présidente de la FNO dénonce « une totale iniquité des échanges ! »
La fédération nationale ovine (FNO) exprime sa plus vive inquiétude face à la perspective de la signature d’un accord de libre-échange entre l’Union-Européenne (UE) et l’Australie. Le point avec la présidente de la FNO, Michèle Boudoin.
La fédération nationale ovine (FNO) exprime sa plus vive inquiétude face à la perspective de la signature d’un accord de libre-échange entre l’Union-Européenne (UE) et l’Australie. Le point avec la présidente de la FNO, Michèle Boudoin.
Après le Mercosur, voici l’accord UE-Australie de retour sur la table des négociations. L’élevage ovin français et européen est en première ligne, quelles sont vos craintes ?
Michèle Boudoin : Nous sommes extrêmement inquiets ! Cet accord commercial est un nouveau coup dur porté aux éleveurs ovins français et européens déjà fragilisés par des années de concurrence déloyale et de manque de reconnaissance économique.
Cela fait 40 ans qu’on nous promet de sortir de cette injustice commerciale… mais rien ne se passe !
Pire encore, on nous agite sous le nez la signature imminente de cet accord UE-Australie dans une absence totale de transparence. À la FNO, nous sommes bien sûr très inquiets mais surtout très en colère face à ce qui se trame sur la scène des échanges commerciaux. Nous allons vers une totale iniquité des échanges ; c’est inacceptable !
Que reprochez-vous concrètement à cet accord UE-Australie ?
M.B : Très clairement, il met en concurrence directe des modèles agricoles profondément inégaux. À l’image des accords du Mercosur, ceux entre l’UE et l’Australie permettraient à ce grand pays exportateur mondial, de déverser sur le territoire européen davantage de viande ovine produite avec des normes sanitaires, environnementales et sociétales qui ne répondent pas aux exigences imposées à nos éleveurs, et avec des coûts de production très inférieurs à ceux de l’Union européenne. Qui peut accepter que son travail soit bafoué de la sorte ?
Et cette situation est d’autant plus incompréhensible que l’UE vient tout juste de conclure un accord commercial avec l’Inde, prévoyant un contingent de 3 500 tonnes de viande ovine.
Cela vient s’ajouter à d’autres accords commerciaux (Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Argentine, Chili, Uruguay) qui cumulés, déstabilisent notre marché européen.
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Quelles sont les revendications de la FNO à la veille de ce rendez-vous australo-européen ?
M.B : Nous demandons très clairement l’exclusion de la viande ovine de tout accord de libre-échange avec l’Australie. Parallèlement, nous exigeons de l’UE qu’elle prenne ses responsabilités en étant cohérente entre sa politique commerciale et ses ambitions agricoles, environnementales et climatiques. Elle ne peut pas exiger de ses éleveurs un modèle de production exemplaire et en même temps accepter d’ouvrir ses frontières commerciales à des produits qui ne le sont pas !
La filière ovine doit absolument être protégée face à cette concurrence déloyale et dangereuse pour sa survie.
Il est temps que le gouvernement français et les instances européennes affirment enfin leur ambition pour le secteur ovin. On le dit et redit sans cesse : la souveraineté alimentaire ne peut pas être sacrifiée sur l’autel du libre-échange !
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En France, La Coopération agricole (LCA) annonce vouloir stimuler la production et la commercialisation de 500 000 agneaux supplémentaires d’ici 2030. Une bonne nouvelle pour la filière ovine ?
M.B : À l’heure où la balance commerciale agricole et agroalimentaire s’effondre et face au déficit d’un million d’agneaux français, cette annonce est en effet un bon signal. Elle devrait permettre de relancer la production et la commercialisation d’agneaux français via une charte d’engagement à destination des coopératives de viandes ovines. La LCA vise 500 000 agneaux français supplémentaires d’ici 2030. Ce niveau de production représente la moitié de l’objectif envisagé par notre plan de filière dans le cadre des Conférences de la souveraineté.
Pour rappel, 3,045 millions d’agneaux ont été abattus en France en 2024 ; cette année-là, la production française n’a fourni que 41 % de la consommation.
Nous avons donc de la marge pour répondre à la demande. Pour cela, le plan de la Coopération Agricole entend déployer un accompagnement technique auprès des éleveurs afin de parvenir à une production plus régulière et performante.
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