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Le biogaz chauffe le plancher des dindes

Pour valoriser la chaleur issue de la méthanisation, le Gaec Blanchelande a équipé son bâtiment de dindes d’un plancher chauffant et profité des aides PCAEA pour le rénover.

Démarré en 2009, le projet de méthanisation du Gaec Blanchelande a été réfléchi dans sa globalité et articulé autour des différentes productions de l’exploitation dans un objectif d’économie circulaire. La rénovation du bâtiment de dindes de 1450 m2 en fait pleinement partie. À Fougerolles du Plessis en Mayenne, l’exploitation a ouvert ses portes lors d’une journée Innov'Action de la chambre d’agriculture qui a mobilisé quelque 70 exposants. Le Gaec de quatre associés exploite un atelier lait (990 000 litres), des vaches allaitantes (70 Blondes d'Aquitaine), 160 hectares et depuis un an Fertiwatt, l’unité de biogaz de 330 kW, dont il est le principal actionnaire. L’ensemble est concentré sur un même site comprenant également des habitations. Avec la perspective de la méthanisation, l’ancien bâtiment de futurs repros dindes a été reconverti il y a deux ans en chair « du fait du risque sanitaire lié à l’apport régulier de fumiers extérieurs », explique Antony Montécot, en charge de l’atelier volaille. « L’ancienne dalle bétonnée devait être refaite. On a choisi d’ajouter un plancher chauffant à basse température, pour avoir un chauffage uniforme par rayonnement et valoriser la chaleur issue de la cogénération. »

10 kilomètres de tuyaux d’eau sous la dalle

Installé par le chauffagiste Réhau, le plancher chauffant repose sur un isolant de cinq centimètres. Il est constitué de tuyaux de 20 mm en pas de 15 cm, installés en L avec six nourrices réparties sur la longueur du bâtiment (soit 6 zones de chauffage de 3 m de large). « Cela représente en cumulé 10 kilomètres de tuyaux, recouverts de treillis et de 10 cm de béton », précise-t-il. La température de l’eau à l’entrée du bâtiment est de 45°C, l’objectif étant d’atteindre 32-35°C au niveau des animaux. La puissance nécessaire pour le chauffage du bâtiment est de 100-150 kW (soit 110-120 w/m2). Lors du démarrage, cela mobilisera 50% de la chaleur produite par le cogénérateur. « Le poulailler et le méthaniseur sont les voies de valorisation prioritaires. » En cas de panne du moteur, une chaudière alimentée directement par le biogaz, prendra le relais.

L’éleveur a démarré cet été son premier lot de dindes sur plancher chauffant. Il en attend une litière plus sèche, un meilleur état de santé (moins de problèmes digestifs, qualité de pattes), une économie de copeaux de 1000 euros par lot et moins de repaillage. 

Deux bacs à poussière en construction

En parallèle, l’équipement intérieur a été rénové : assiettes Leroy, pipettes Plasson, néons à leds Matavicol, longues trappes d’entrée d’air autoconstruites, brumisation et boîtier de régulation Mégavi connect de Sodalec. La capacité d’extraction latérale a été augmentée de six turbines. Sodalec a ajouté des gaines d’extraction centralisées dans l’optique d’installer deux pièges à eau pour filtrer l’air sortant. « Le but est de réduire les nuisances (poussière, odeurs), l’un des associés habitant sur place », indique Antony Montécot.

Financé sur 12 ans, le coût de la rénovation s’élève à 160 000 € dont 62 000 € pour le plancher chauffant soit 43 €/m2(1). L’éleveur de 31 ans a bénéficié d’une subvention PCAEA de 48 000 € (bonus JA) et d’une aide de 8 €/m2 de la Cam 53.

Le poulailler est revêtu depuis six ans de panneaux photovoltaïques. Les associés ont opté pour de la location de toiture sur un total de 3000 m2 (poulailler + autres bâtiments), qui leur rapporte 10 000 euros par an avec un contrat sur 20 ans. « L’avantage est que cela ne demande ni entretien ni investissement dans les panneaux et la rénovation de la toiture qui comportait de l’amiante. » Un poulailler désormais à énergie positive.

(1) Béton compris avec une main-d’œuvre familiale pour la pose de l’isolant et des tuyaux

Fertiwatt produit 300 kW d’électricité et de chaleur

L’unité de méthanisation Sarl Fertiwatt est équipée d’un moteur de cogénération de 340 kW thermique et de 330 kW électrique. Il est alimenté par 11 000 tonnes d’intrants, composés du fumier de bovin et de dinde de l’exploitation (autonomie de 50%), du lisier de deux exploitations voisines, de déchets de céréales et d’industries agro-alimentaires. Le procédé par voie liquide, installé par GR Energies, a lieu dans un digesteur de 1500 m3 et un post digesteur de 2500 m3. Le lisier est stocké dans une fosse de 8500 m3, recouverte d’une couverture Nénufar pour récupérer les émanations de biogaz. Le passage du digestat par un séparateur de phase permet d’exporter la partie solide (reprise par deux exploitations céréalières avec qui est réalisé l’échange digestat contre de la paille) tandis que la partie liquide est épandue. « C’est l’équivalent d’un engrais liquide. Sans odeur et hygiénisé, il peut être épandu avant maïs ou sur céréales, » souligne Alain Bessiral, initiateur du projet de méthanisation. L’électricité est envoyée dans le réseau et rachetée 20 cts/kWh. L’eau à 85°C issue de la cogénération chauffe le poulailler ou le séchoir à bois et à fourrages de 1800 m2. L’éleveur aujourd’hui retraité a fédéré une quinzaine d’agriculteurs au sein de l’association Alumé, qui a planté 60 hectares de luzerne, trèfle et mélange prairial, dans une optique d’amélioration de l’autonomie protéique.

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