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Diversification en Barbarie
Du canard pour optimiser la méthanisation

Le Gaec du Bois Gobé a investi dans un canardier de 1700 m2 avec le double objectif de diversifier son exploitation laitière et d’utiliser le lisier pour mieux rentabiliser l’unité de microméthanisation.

C’est la méthanisation qui a amené Boris Belliard à faire du canard… et non l’inverse. Associé en Gaec avec sa mère Joceline à Chèvreville dans la Manche, l’éleveur de 30 ans a démarré au printemps, en partenariat avec le groupement Val’iance, un canardier de 1 700 m2 dont le lisier alimente l’unité de microméthanisation de 33 kW démarrée simultanément. Conçue par la société belge Biolectric, sa particularité est de fonctionner uniquement avec du lisier. Une vingtaine d’installations existent déjà en France dans des exploitations laitières, mais c’est la première à utiliser du lisier de canard en plus de celui des 80 vaches laitières. « Ce n’était pas l’objectif au départ mais c’est finalement une aubaine car le lisier de canard est bien plus méthanogène que celui des vaches laitières », a constaté l’éleveur. Le Gaec à dominante laitière (800 000 litres de lait) exploite aussi un atelier de 200 taurillons et 150 hectares de cultures. Démarré en 2015, le projet de méthanisation devait à l’origine accompagner l’agrandissement de l’atelier laitier avec un troisième robot de traite. Agrandissement qui fut stoppé net suite à la crise laitière de 2016. « Après mûre réflexion, nous avons décidé de nous diversifier en canard. C’est une production complémentaire en termes d’organisation du travail et qui, en parallèle, permettait de faire fonctionner à 100 % l’unité de méthanisation, dont le projet était bien trop avancé pour faire machine arrière. »

Le lisier de canard booste la méthanisation

Construite en l’espace de quelques jours grâce à son concept de modules préfabriqués, l’unité de méthanisation a été mise en route en mars. Après un premier lot de canards concluant, une porte ouverte a été organisée durant l’été par Terrena. « Elle a attiré plus de 500 personnes, autant motivées par le caractère innovant du canardier que par la méthanisation », a relevé Jean-Michel Griveau, responsable zone nord de Val’iance.

Pour Boris Belliard, le choix de la microméthanisation répondait à plusieurs objectifs. « L’unité ne fonctionne qu’avec les lisiers de la ferme sans apport de matières végétales, ce qui me permet d’être 100 % autonome. Son coût (300 000 euros) est bien moins élevé que pour une grosse unité. Et surtout, les besoins en main-d’œuvre sont moins importants car le lisier est incorporé automatiquement des fosses vers le digesteur. " Pour autant, l’éleveur avoue y passer pour l’instant beaucoup plus de temps que prévu. « C’est la première installation Biolectric utilisant du lisier de canard et il faut adapter les réglages aux spécificités de l’intrant (pouvoir méthanogène, densité, propension à mousser différente du lisier de bovin). J’apprends au jour le jour. La difficulté est aussi que la recette d’incorporation n’est pas fixe du fait d’une production cyclique du lisier de canard (conduite en bande). » Le lisier doit être incorporé frais dans le méthaniseur, sinon il perd rapidement de son pouvoir méthanogène.

S’adapter à une production variable de lisier

Selon l’âge des canards, la part du lisier frais de canard dans le mélange varie ainsi de 0 (démarrage et vide sanitaire) à 20 %. De fait, le rendement de production oscille entre 60 % (lorsqu’il s’agit de lisier de bovin seul) et 98 % (mélange de lisier de bovin et de canard, ce dernier étant plus méthanogène). « Depuis la mise en route du méthaniseur, le rendement moyen atteint 75 %, bien au-delà de celui obtenu par les quelque 200 éleveurs laitiers équipés en Europe. Dans ces conditions, le retour sur investissement devrait se faire en sept à huit ans », prévoit-il.

L’électricité produite par la méthanisation est envoyée dans le réseau public et valorisée 0,225 €/kWh.

Maintenant que l’éleveur a mis un pied dans le canard, il compte bien y rester. « C’est une production qui me plaît en termes de technicité et de rythme de travail. Elle assure un revenu dans un contexte économique laitier plus incertain. » L’éleveur a déjà entamé les démarches pour construire un deuxième canardier. Même si, du point de vue de la méthanisation, l’idéal aurait été de décaler les lots, les deux bâtiments seront conduits en bande unique, la maîtrise du risque sanitaire de l’atelier avicole étant prioritaire.

Une autonomie en intrants de 100 %

Un fonctionnement automatique de la méthanisation

L’unité de microméthanisation Biolectric est située en contrebas de la stabulation, à 35 mètres du canardier. Elle est composée d’un conteneur comprenant deux moteurs de cogénération de 11 et 22 kW et d’un monodigesteur de 350 m3. Il s’agit de modules standards entièrement préparés en usine, rapides à installer. « Il a fallu deux à trois jours de montage, plus une semaine pour les raccordements », explique Boris Belliard. L’alimentation en lisier du digesteur se fait automatiquement, au rythme de quatre incorporations journalières (soit 12 à 16 m3 maximum par jour). Le lisier de canard raclé quotidiennement descend par gravité dans une préfosse enterrée de 150 m3. Il est broyé et mélangé avec le lisier des vaches. Il est dilué avec de l’eau pour atteindre 11 % de matière sèche puis pompé vers le digesteur. Ce dernier, en acier inoxydable, est équipé de deux brasseurs. Le biogaz produit est envoyé vers les deux moteurs de cogénération. L’électricité produite part vers le transformateur pour rejoindre le réseau EDF tandis que la chaleur est utilisée pour chauffer le digesteur et les moteurs, si besoin.

Le coût de l’unité de méthanisation s’élève à 300 000 euros, y compris le transformateur (35 000 €). Il est financé sur quinze ans.

Un canardier facile à nettoyer

Particulièrement grand, le bâtiment de 100 mètres de long sur 17 mètres de large peut recevoir 25 000 canards. Il est équipé d’une extraction en pignon (ventilation progressive bilatérale puis pignon, sous concept Tuffigo-Rapidex), une disposition qui permettait de limiter les nuisances vis-à-vis du voisinage (l’exploitation se trouvant à la sortie du bourg) et d’optimiser la parcelle de terrain. Pour la coque, l’éleveur a choisi le fabricant Coquelin qui proposait des parois intérieures en fibro, pour une meilleure tenue dans le temps et éviter la corrosion. De même, la longrine est haute de 80 cm, limitant tout contact entre les canards et les parois. Pour les équipements intérieurs installés par ALDS, l’accent a été mis sur l’optimisation du travail, notamment lors du vide : lignes de pipettes et d’aliment relevables (Josse) avec assiettes basculables (dont une sur quatre disposant d’une coupelle pour le trempage du bec), lignes d’eau Josse équipées d’un sprinkler tous les 3 mètres pour le détrempage, pesons automatiques Tuffigo. Les caillebotis en plastique (de Josse également) sont clipsables et faciles à démonter si besoin. Des cloisons mobiles séparent le bâtiment en huit parcs. Le lisier est évacué quotidiennement par trois racleurs et envoyé dans la préfosse enterrée. Le bâtiment est chauffé par des radiants, mieux adaptés au démarrage localisé. « On aurait pu utiliser la chaleur issue de la cogénération mais les coûts de raccordement auraient été élevés et je ne voulais pas prendre de risques en cas de panne du moteur. » L’éclairage se fait par quatre lignes de lampes Pulsaleds.

Un solde disponible attendu de 10,6 €/m2

Le coût du canardier s’établit à 681 455 euros, soit 400 €/m2. Un montant qui tient compte de la préfosse enterrée de 150 m3. La coque est financée sur quinze ans et le reste des équipements sur douze ans. Val’iance a évalué la rentabilité théorique de l’atelier canard, qui représente 0,5 UTH. En tenant compte d’une rotation annuelle de 3,5 lots et en se basant sur la moyenne du groupement (66 % des meilleurs, soit une MPA/lot de 25 €/m2), Jean-Michel Griveau calcule une marge brute annuelle de 58,45 euros et un solde disponible de 18 000 euros (10,6 €/m2). « Cela n’intègre pas les frais de mécanisation, le canard apportant dans ce cas de figure une production complémentaire sur une exploitation existante. »

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