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Dix ans pour finaliser un atelier dindes

Après son premier investissement de 2008, Benoît Hay a finalisé en 2018 son projet d’atelier volaille de chair de 3 000 m2 pour se consacrer essentiellement à ses dindes.

Il lui aura fallu un peu plus de temps que prévu pour arriver à ses fins. Installé en 1999 à Rorthais, dans les Deux-Sèvres, sur l’exploitation de ses parents, Benoît Hay a d’abord été berger en système intensif : « j’avais 500 mères avec trois agnelages sur deux ans et 60 hectares de SAU. J’étais seul, mais de temps en temps aidé par mon père en retraite ». Le système étant difficilement pérenne, Benoît a cherché à évoluer. « Je voulais un atelier de volailles, et peu importait la production. » Il a finalement opté pour la volaille de chair, avec le fabricant d’aliments Bellané, déjà fournisseur de son troupeau ovin et attaché au groupement de production avicole Bellavol. Après une accalmie des investissements en volaille, 2008 était l’époque de la relance des constructions. C’était aussi l’époque des bâtiments du type Colorado. Le sien était revenu à presque 180 euros par mètre carré (230 000 € pour 1 300 m2).

Changement d’échelle

Ce premier pied à l’étrier a bien permis à Benoît Hay de réduire son activité ovine à 300 mères. Compte tenu de résultats situés dans le premier tiers des élevages(1), il aurait pu rapidement enclencher la construction d’un second poulailler. « C’était le plan, avec le groupe électrogène et l’alimentation électrique prévus pour. » Si ce n’est qu’en 2012 une infection à Salmonella enteritidis l’a freiné, et peut-être le contexte avicole ambiant (dépôt de bilan de Doux). Le projet a été réactivé en 2016, avec une nouvelle donne technique et sociétale. Benoît a voulu changer de système de ventilation. « Compte tenu de la proximité du village et des tiers à 150 mètres, je voulais extraire l’air essentiellement en pignon pour réduire les risques d’odeurs et capter les poussières si besoin. Donc passer en ventilation longitudinale. » De plus, il voulait atteindre 3 000 m2, d’où un bâtiment de 1 750 m2 en 20 mètres de large. Enfin, il a appliqué le cahier des charges LDC « Nature d’éleveurs », qui exige de la lumière naturelle (mais pas le béton), le pignon habillé en imitation bardage bois et l’aménagement paysager. Hormis l’équipement intérieur (pipettes Lubing, abreuvoirs Plasson, assiettes Multibeck, régulateur Avitouch), le bâtiment n’a plus grand-chose à voir avec le premier. Les fenêtres obscurcissables (par système à guillotine) ont été placées bien au-dessus des trappes d’entrées d’air Kan’air (avec une admission d’air à 1,80 m), de sorte que le long pan fait 3,10 mètre de hauteur. « Je voulais qu’elles soient au-dessus pour ne pas risquer de les endommager », justifie l’éleveur. Ce qui se traduit par un bâtiment de grand volume. « C’est un avantage, estime encore Benoît, car l’ambiance y est bien meilleure que dans l’ancien. Le surcoût de gaz nécessaire au préchauffage est récupéré ensuite. »

Des panneaux photovoltaïques sur le hangar

Cette meilleure ambiance est aussi due à une bien meilleure isolation (5 cm en bardage et 6 cm en sous-toiture) et à un chauffage externe au gaz naturel (3 CBX 80 de Systel).

Aujourd’hui, Benoît Hay estime avoir atteint son objectif. Il a réduit son cheptel ovin à 100 mères pour valoriser ses prairies naturelles, augmenter sa sole céréalière, et est surtout devenu un spécialiste de la dinde. « Je fais quand même un lot de poulet une fois sur trois lots. » Il aurait bien aimé ajouter un revenu supplémentaire avec l’électricité photovoltaïque produite sur son hangar de stockage de 675 m2. Il a dû trouver un compromis avec la banque car il a " encore cinq ans à rembourser sur le premier bâtiment ». Il a signé un bail emphytéotique de 30 ans avec la société IEL, qui lui a livré un hangar clé en main avec une centrale solaire de 100 KWc. Une partie du bâtiment monopente, dont il est propriétaire à 100 %, a été financée par le versement anticipé du montant de la location des panneaux pendant 20 ans. Au-delà des 20 ans, Benoît pourra toucher 15 % des revenus électriques, et au-delà de 30 ans il pourra acheter l’installation pour un euro. Pour finaliser l’atelier avicole, il lui reste à faire l’enquête qui permettra d’élever légalement du poulet, sachant qu’il est pour l'instant limité à 30 000 oiseaux, quelle que soit l’espèce. Il en aurait eu bien besoin après son premier lot de dindes, dont les mâles ont développé une histomonose dans le bâtiment neuf. Malgré cela, le second lot s’est bien passé puisqu’il a réalisé en moyenne 28,50 euros de marge dindonneau-aliment par mètre carré, sans la prime quinquennale versée aux nouveaux investisseurs.

(1) Marge poussin-aliment (moyenne annuelle) de 9 à 10 €/m2/lot en poulet et supérieure à 28 €/m2/lot en dinde depuis 2016.

Le programme Compbat en rythme de croisière

Depuis 2016, le pôle amont de LDC a lancé un programme national de construction de bâtiments standards clés en main, baptisé Compbat. Les fournisseurs sont retenus après un appel d’offres portant sur un objectif de 30 000 m2 à construire annuellement chez les éleveurs des groupements de LDC(1). Il s’agit de proposer aux éleveurs une alternative pour des bâtiments à un prix compétitif. « Nous arrivons à un écart d'environ 20 à 30 €/m2 », précise Marina Vinet, en charge du dossier chez LDC amont. Les fournisseurs sélectionnés dans tous les corps de métier (maçonnerie, structure, équipements) s’engagent sur un prix et le cahier des charges défini par le service bâtiment de LDC. Le Compbat 2 de 2018 a atteint 26 000 m2 et les premiers bâtiments signés sont en cours de réalisation. L’appel d’offres du Compbat 3 est identique à celui du Compbat 2 (1 800 m2 en 18 m de large avec béton). Il sera validé en avril avec un démarrage prévu en septembre.

(1) Huttepain aliment, Huttepain Bretagne, Alimab, Richard aliment, SBP, Vanal, Bellavol.

La demande des marchés ne faiblit pas

Bellavol, le groupement partenaire de Benoît Hay, revendique 300 éleveurs disséminés en Pays de la Loire (Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Vendée), Nouvelle Aquitaine (Charente-Maritime, Deux-Sèvres), voire Bretagne (limites du Morbihan et de l’Ille-et-Vilaine). L’organisation met en place chaque semaine 55 000 canards de chair et 600 000 volailles de chair (du poulet à plus de 80 %) et 15 000 mulards à gaver. S’ajoutent 30 000 places de gavage. L’activité de production de volaille bio, chapeautée par Bella Bio, est en forte progression. Après 44 000 volailles mises en place en 2018, l’objectif est de doubler cette année et de quadrupler en 2020. Les besoins de surfaces restent importants, malgré l’intégration de 29 000 m2 provenant d’anciens éleveurs Doux reconvertis. « Nous avons au minimum besoin de 20 000 à 25 000 m2 pour renouveler le parc qui vieillit, ainsi que les éleveurs, note Marina Vinet, responsable développement de l’organisation. Par ailleurs, nous avons aussi des arrêts imprévus d’éleveurs cessant précocement leur activité. "

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