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Les pièges connectés cherchent leur place

Quasiment inexistants il y a trois ans, les pièges connectés gagnent du terrain. Leurs développeurs comptent bien s’appuyer sur les réseaux de techniciens pour étendre leur diffusion.

Il y a quatre ans, les premiers pièges connectés faisaient leur apparition dans les vignes. Attirés par les phéromones qu’ils contiennent, les insectes volants se retrouvent piégés sur des plaques collantes tandis qu’une caméra effectue des comptages, parfois même des identifications d’espèces. Les données sont ensuite transférées sur un logiciel et peuvent être corrélées à des outils d’aide à la décision agronomique. À la clé, un gain de temps et d’argent, rendu possible grâce à une meilleure gestion du nombre de traitements et des doses de produits utilisés.

Le tout premier piège à avoir fait son apparition sur le marché est le Trapview, de la société slovène Efos (voir Réussir Vigne n° 227, mars 2016). « Depuis deux ans, ces dispositifs ont vraiment pris de l’ampleur en France  », se réjouit Éric Stocklïn, directeur de NewFarm Agriconsult, la société belge qui les distribue. « Nous avons désormais près de 250 Trapview répartis sur le territoire national, toutes cultures confondues  », poursuit-il. Des avancées en termes de résolution d’image ont renforcé la fiabilité de l’outil, qui a désormais de l’expérience. Sur le principe du deep-learning (1) , l’accumulation de données sur le terrain a permis d’enrichir l’algorithme mathématique. Le piège est désormais plus performant dans la reconnaissance des insectes. « Trapview apprend de lui-même mais aussi des pièges alentour  », note Éric Stocklïn. « Nous privilégions donc aujourd’hui la distribution à travers les réseaux, plutôt que la vente  », poursuit-il. Les Trapview sont principalement déployés en prestation de service, via les réseaux de chambres d’agriculture, caves coopératives et autres revendeurs. Les vignerons peuvent ainsi choisir d’intégrer un réseau régional ou national, et accéder non plus aux images comme c’était le cas initialement, mais directement à la monitorisation (graphiques, alertes…). « C’est un outil de gestion combiné à un outil d’alerte  », pointe le distributeur. Pour 500 € par an et par piège, l’utilisateur bénéficie du package complet, à l’exception des phéromones.

Identifier les cicadelles de la flavescence dorée

La société Advansee fait état du même engouement de la part des agriculteurs pour son piège connecté nommé e-gleek, lauréat d’un Sival de bronze en 2017. Le premier modèle commercialisé en 2016 comptait et classifiait les insectes par taille. Depuis, la société a développé un outil capable de distinguer les insectes selon des critères d’identification plus ou moins sévères. « À partir de fin février, une liste déroulante dans le logiciel permettra de sélectionner les insectes à surveiller  », détaille Thierry Corbière, responsable marketing chez Advansee. Pour la viticulture, les eudémis, cochylis, thrips mais également la cicadelle de la flavescence dorée apparaîtront dans la liste de choix. Advansee a travaillé avec le bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) pour mettre au point l’algorithme capable de reconnaître spécifiquement l’insecte responsable de la maladie. Les pièges sans identification sont commercialisés 550 € et l’option cicadelle est disponible à 125 € par piège. Les prix concernant les autres insectes ne sont pas encore définis car la saison 2019 devrait encore faire office de phase d’amélioration. Cette offre spécifique à la cicadelle pourrait booster le déploiement du e-gleek qui compte déjà près de 200 exemplaires en circulation.

Un système adaptable sur des pièges existants

En lice également pour seconder les viticulteurs dans la surveillance du vignoble, le CapTrap développé par la société Cap 2020, et distingué au Sival 2019 par un trophée d’argent. Le système développé par la start-up fonctionne sur le même principe mais présente l’avantage d’être adaptable sur des pièges déjà existants. La gamme se décline en plusieurs modèles, et le Vision Delta répond spécifiquement aux besoins de la viticulture. « Dès 2019, nous commercialisons le piège pour eudémis, mais l’algorithme pour cochylis est encore en développement  », indique Cindy Lassoureille, ingénieure chez Cap 2020. Comme pour le Trapview, la société compte s’appuyer sur un réseau de chambres d’agriculture pour développer la location de son piège connecté. Il faudra compter une centaine d’euros par an pour la fourniture du dispositif à laquelle s’ajouteront 30 € par mois (tarif dégréssif) de location et 40 € par an d’abonnement à l’interface. Les professionnels de la vigne ont désormais l’embarras du choix.

(1) Apprentissage profond.

voir plus loin

Le projet Viti Optimum 2.0

Un nouveau piège à eudémis est actuellement en développement dans la région toulousaine. Il fait partie intégrante du projet Viti Optimum 2.0 porté par la société Qualisol. Ce projet « vise à développer des outils de diagnostic innovants interopérables et connectés  », indique le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation. Sélectionné dans le cadre du FUI, le fonds unique interministériel, le projet bénéficie d’un financement de 3,6 millions d’euros. « Nous prévoyons une commercialisation de notre piège connecté mi 2020   », prévient Christian Lubat, gérant de l’entreprise SIConsult partenaire du projet. « Pour le moment notre intelligence artificielle est fiable à 92 % mais nous souhaitons la stabiliser davantage  avant de la mettre sur le marché », continue-t-il. L’autonomie du piège constitue encore un point d’ombre. « Nous hésitons entre des piles ou une batterie capable de tenir toute la saison, ou au moins un mois car c’est la durée de vie de la phéromone  », indique le chef d’entreprise. Côté commercialisation, bien que les modalités ne soient pas encore définies, là aussi la balance semble pencher vers l’intégration de la solution dans des réseaux de techniciens. « Nous souhaitons qu’il y ait un suivi pour aider aux préconisations  », insiste Christian Lubat.

 

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