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Réussir sa macération carbonique en cinq points

Méthode de vinification adaptée pour produire des rouges fruités, la macération carbonique nécessite une cuve inertée en CO2 et des grappes entières intactes dans la cuve. Avec un maître-mot : ne pas triturer.

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Envisager un décuvage lorsque la densité atteint 995 facilite la fin de la FA après pressurage.
© Vins du Beaujolais/Etienne Ramousse

Traditionnellement associée au Beaujolais, la macération carbonique est une méthode qui peut être adaptée pour produire des vins rouges fruités, moins acides, avec une structure tannique plus ou moins présente, selon les cépages et les choix des vinificateurs. Elle conduit à des vins gouleyants, plaisants, digestes, bref, dans l’air du temps. Elle peut donc se révéler intéressante pour diversifier le style de ses cuvées ou un atout dans l’assemblage. L’itinéraire technique présente des particularités par rapport à une vinification en rouge classique. Voici les points clés à maîtriser.

1 Des raisins mûrs et en bon état sanitaire

Encore davantage que pour d’autres méthodes de vinification, la macération carbonique demande une vendange de qualité : des raisins mûrs mais pas en surmaturité et en bon état sanitaire pour qu’ils puissent résister mécaniquement pendant la macération. Comme elles vont être présentes durant la phase de macération, les rafles doivent être mûres, afin de ne pas apporter de tanins trop durs et asséchants. Les vendanges doivent évidemment se faire à la main pour permettre un encuvage en grappes entières.

2 Un départ rapide de la fermentation alcoolique

Un démarrage rapide de la fermentation alcoolique est nécessaire afin de saturer au plus vite la cuve en CO₂. Pour cela, l’emploi d’un levain, indigène ou sélectionné, est recommandé. En complément, un inertage au CO₂ exogène est possible, mais plus coûteux économiquement et au plan environnemental. Dans l’objectif de conserver les baies dans une atmosphère saturée en CO₂, la durée de la fermentation doit être adaptée à la durée de la macération. Le pilotage peut être réalisé par la gestion des températures. Il est aussi possible d’adapter la durée de macération à la fermentation.

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La durée de macération peut être adaptée en fonction du profil tannique recherché. © Vins du Beaujolais/Etienne Ramousse
Généralement, la durée de macération est inférieure à dix jours. Elle peut être adaptée en fonction du profil tannique recherché : plus courte pour des tanins moins présents, plus longue pour des vins plus tanniques, grâce à la présence de la rafle. Quoi qu’il en soit, envisager un décuvage lorsque la densité atteint 995 facilite la fin de la FA après pressurage.

3 Des températures à moduler

Pour un démarrage rapide de la FA et pour favoriser le métabolisme anaérobie, la macération doit se dérouler à une température plutôt élevée, entre 28 et 30 °C. Ce niveau peut être modulé pour ralentir ou accélérer la fermentation. Celle-ci doit être suffisamment active pour garantir un inertage continu. En revanche, après le décuvage, il est préférable de diminuer la température aux alentours de 18 °C, pour éviter la dissipation des arômes spécifiques acquis durant la macération carbonique.

4 Adapter la taille des contenants au pressurage

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Lors d'une macération carbonique, le vin de presse est le plus qualitatif. © Vins du Beaujolais/Etienne Ramousse
Avec la macération carbonique, la proportion de la phase liquide et de la phase solide est inversée par rapport à une vinification classique. Il faut donc bien garder à l’esprit que le volume à presser est supérieur et va nécessiter plus de place dans le pressoir. La proportion vin de presse/vin de goutte est également inversée. Le vin de presse est le plus qualitatif. Le pressurage va libérer des sucres et la fermentation alcoolique va devoir reprendre après assemblage entre goutte et presse.

5 Ne triturer à aucun moment

De la récolte au pressurage, le maître-mot à chaque étape va être de ne pas triturer : vendange manuelle obligatoire, préférer les tapis ou la gravité aux pompes à vendange, etc. L’objectif est de produire le moins possible de jus, afin que seul le poids des raisins du dessus permette de libérer un peu de jus en fond de cuve.

Dico

Qu’est-ce que la macération carbonique ?

Au sens strict, la macération carbonique est une fermentation non levurienne qui se produit lorsque les baies de raisins entières sont plongées dans une atmosphère anaérobie. Dans ces conditions particulières, le métabolisme du raisin va transformer une petite partie des sucres en alcool. Les pigments vont diffuser depuis la pellicule vers la pulpe, l’acide malique va diminuer et des arômes spécifiques vont être produits. La baie va devenir un « piège à arômes ».

En pratique, dans la plupart des vinifications en rouge, il peut exister une part de macération carbonique, pour peu qu’il subsiste des raisins entiers dans des conditions anaérobies. En Beaujolais, la macération est qualifiée de semi-carbonique car une partie des raisins est placée en conditions de macération carbonique et l’autre partie est immergée dans le jus en fond de cuve où la fermentation est réalisée par les levures. Les vignerons utilisent en général le gaz carbonique produit naturellement par la fermentation alcoolique et pratiquent quotidiennement des remontages.

Comment éviter les risques ?

*Déguster régulièrement pendant la macération pour s’assurer qu’il n’y a pas de déviation (comme l’apparition d’acétate d’éthyle, par exemple), et que le produit reste conforme à l’objectif.

Si un décalage est constaté, s’écarter de la macération carbonique « pure » et effectuer des remontages, délestages. Ne pas hésiter à sentir le chapeau pour repérer les déviations éventuelles (tout en restant très prudent vis-à-vis du CO₂), ou s’assurer que le chapeau est bien inerté.

*Rester dans des objectifs raisonnables de durée de macération pour éviter les FML sous marc et un risque de montée d’acidité volatile.

Des vins plus fruités avec la macération carbonique

L’IFV Sicarex-Beaujolais a comparé la vinification beaujolaise avec une vinification en vendange éraflée, sur gamay, lors de dix-sept essais, pendant dix ans. Les vins obtenus ont été analysés et dégustés pendant l’hiver suivant leur élaboration, au printemps et certains, après un an d’élevage. Les vins issus de macération carbonique sont décrits comme plus fruités à la dégustation, avec un profil aromatique qui évolue différemment au cours du temps. Pour les macérations carboniques, les descripteurs relatifs au fruité et au floral sont très nombreux pour les vins jeunes : cassis, fruits rouges, amylique, rose, pivoine. Ils s’estompent au cours du temps, mais restent toujours plus importants que ceux des vins issus de vendanges éraflées.

<em class="placeholder">Décuvage de gamay en grappes entières</em>
La macération carbonique de gamay conduit à des vins au profil fruité et floral. © IFV
Pour les vendanges éraflées, les notes végétales (dues à la trituration), qui dominent en dégustation primeur, s’amenuisent au cours du temps. Les notes fruitées, très peu citées en dégustation primeur, ont tendance à s’exprimer avec le temps. Il s’agit alors de notes évoluées : fruits confits, fruits cuits, fruits à noyaux, fruits à l’eau-de-vie. Les descripteurs empyreumatiques (fumée, caramel) sont plus cités dans le cas de la vinification beaujolaise lors du vieillissement. Les notes épicées (réglisse, poivre) sont plus présentes en vendange éraflée.

Des rafles qui contribuent à un degré et une acidité moindres

Analytiquement, les vins issus de macération carbonique ont un degré inférieur de 0,2 % vol. par rapport à une cuvée en vendange éraflée. Deux facteurs peuvent l’expliquer : la présence des rafles qui absorbent l’alcool et libèrent du jus non sucré, ainsi qu’un moindre rendement sucre/alcool des levures. La macération carbonique a conduit à des vins moins riches en anthocyanes (- 33 mg/l en moyenne), mais plus en tanins (+ 0,27 g/l en moyenne), car ils bénéficient de la contribution des rafles. L’apport des rafles en potassium induit une acidité totale légèrement inférieure (- 0,3 g/l H2SO4) et un pH supérieur de 0,1 unité.

<em class="placeholder">Comparaison entre macération carbonique, semi-carbonique et traditionnelle</em>
© IFV

Macération carbonique

Macération semi-carbonique

Macération traditionnelle

Principe

Baies entières en atmosphère saturée en CO₂

Raisins entiers non éraflés, CO₂ produit naturellement

Raisins éraflés/foulés fermentent directement

Type de fermentation initiale

Intracellulaire (dans la baie)

Intracellulaire + début de fermentation classique

Alcoolique classique (levures)

Arômes typiques

Fruités primaires (fruits rouges, bonbon, kirsch)

Fruité plus intense

Arômes variétaux + fermentation

Durée de macération

Courte (5 – 10 jours)

Courte à moyenne

Plus longue (10 – 30 jours ou +)

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