Marketing : « Pour les néophytes en vin, nos histoires de tanins, d’acidité, d’AOC ne sont que du bruit… »
David Large, vigneron dans le Rhône, a créé une communication disruptive autour de ses vins, afin de toucher une autre cible que le traditionnel amateur de vin.
David Large, vigneron dans le Rhône, a créé une communication disruptive autour de ses vins, afin de toucher une autre cible que le traditionnel amateur de vin.
Vigneron à Montmelas dans le Rhône, David Large pourrait être qualifié d’objet viticole non identifié (ovni) tant sa communication est originale. Les références au rap, au métal ou au cinéma gore, viennent se mêler à celles des gamay, chardonnay et autres cépages. Sa cuvée Suprême Côte de brouillard est un clin d’œil à NTM, Toxic’Avengers est un hommage à une comédie américaine horrifique culte. « Les étiquettes de mes parents étaient assez classiques, se remémore-t-il. Je me suis dit, quelque part, c’est un espace de pub gratuit. J’avais un peu peur de m’exprimer au départ, puis j’ai commencé à ajouter quelques textes poétiques. »
Des soirées dégustation basées sur des accords sons et vins
David Large a animé plusieurs soirées de dégustation rap et vin. Une cuvée et un morceau associés, des ponts qui se créent entre la musique et le breuvage, et surtout des liens qui se nouent avec les consommateurs, au-delà du vin et des habituels discours sur les arômes, le terroir. « C’est une démarche honnête », insiste-t-il. Par ce biais, il raconte l’homme qu’il est, partage ses références culturelles de sa vie d’adolescent et aussi lutte contre l’amalgame rap égale violence et banlieue.
L’an passé, il a un peu défrayé la chronique avec sa bande-annonce pour la sortie du beaujolais nouveau où apparaissaient zombies et shérif US avec la voiture mythique. C’est un peu le contre-pied des codes œnotouristiques traditionnels où l’on a l’habitude de montrer du beau, du propre. « Cela crée une autre ambiance, j’ai attiré des gens qui ne seraient pas venus à mes portes ouvertes », sourit-il. Cette bande-annonce a terminé finaliste au festival de court métrage des vignerons indépendants. « Certains m’ont félicité, d’autres n’ont pas compris, constate-t-il. Globalement le milieu du vin ne comprend pas trop ma démarche mais peu importe, je ne le fais pas pour eux mais pour les consommateurs. »
Car pour parler à la Gen Z, il faudra forcément sortir des discours habituels. Et d’amener une comparaison très inspirante. « Cannibal Corpse (death metal) pour les non-initiés, ce n’est pas de la musique, ce n’est que du bruit. Mais pour les néophytes en vin, nos histoires de tanins, d’acidité, d’AOC, ne sont aussi que du bruit… »
Retrouvez les dernières tendances de consommation du vin ici :
Consommation : le monde du vin face à la sobriété curieuse
Marketing du vin : « Il faut simplifier le discours, écouter et échanger avec le consommateur »