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La fertirrigation sécurise les rendements

La fertirrigation permet de fertiliser tout en s’affranchissant des contraintes climatiques. À ce titre, c’est l’une des solutions permettant de sécuriser les rendements. Mais comment la mettre en place ? Aucune certitude n’existe sur le sujet, car peu d’expérimentations ont été menées. Deux viticulteurs et trois experts partagent leur expérience.

Michel Vigroux, du domaine Hondrat (Hérault), fertirrigue depuis une quinzaine d'année avec un tank.
Michel Vigroux, du domaine Hondrat (Hérault), fertirrigue depuis une quinzaine d'année avec un tank.
© C. de Nadaillac

Michel Vigroux, du domaine Hondrat, à Villeveyrac (Hérault) a l’œil vif et pétillant, et la peau burinée par le soleil. Il a beau cultiver la vigne depuis cinquante ans, il en est toujours passionné et s’y investit sans compter. Ce n’est donc pas un hasard si son domaine de quarante hectares est à la pointe. Il y pratique notamment la taille rase de précision, mais aussi et surtout la fertirrigation, depuis une quinzaine d’années.

Il s’est équipé de goutte à goutte sur tout le domaine dans les années 2000, et est passé dans la foulée à la fertirrigation, afin de produire « plus et mieux ». Il a opté pour cette technique plutôt que pour la fertilisation au sol « car ainsi, nous apportons les éléments nutritifs nécessaires à la vigne au bon moment et avec précision, apprécie-t-il. Contrairement à l’épandage, les apports par le goutte-à-goutte ne sont pas dépendants du climat. »

Pour estimer les besoins de sa vigne, lors de la plantation de chaque parcelle, il effectue une analyse de sol. Mais il aimerait mieux cerner les besoins et projette de réaliser des analyses foliaires cette année.

Lors de la plantation, il épand de l’acide phosphorique et de la potasse, ou pas, suivant les résultats de l’analyse. « La vigne une fois adulte a peu de besoins en phosphore, estime-t-il. Je n’ai pas besoin de compléter ce premier apport avec de la fertirrigation. » Et ce d’autant plus que tous les trois ans, il épand 10 tonnes par hectare de compost végétal, libérant environ 40 unités de phosphore, 70 de potassium et 105 d’azote. Il estime que le compost est complémentaire de la fertirrigation car il contribue mieux à l’activité de la biomasse du sol et à sa multiplication et donc par ricochet à la structure du sol. Par ailleurs, il enrichit le sol de manière plus uniforme.

Du chlorure de potassium en avril et de l’urée en juin

Pour l’azote et le potassium, il complète ces épandages par de la fertirrigation. Il débute la saison par un apport de chlorure de potassium en avril, juste après la taille. « Je fertirrigue entre la fin de la taille et le début des traitements, car j’ai un peu de temps à ce moment et le réseau d’irrigation est à pleine capacité, indique-t-il. L’eau est moins sale. Les filtres se bouchent moins. » Il apporte 100 kilos par hectare, soit 61 unités de potassium à l’hectare.

Un peu plus tard dans la saison, après la floraison (5-10 juin), il injecte 50 kilos par hectare d’urée (soit 23 unités d’azote par hectare). Il ne fractionne pas ses apports, « car les sols argilo-calcaires de l’exploitation ont un fort pouvoir de rétention, analyse-t-il. Et puis auparavant, je réalisais deux apports, un à la fin de la floraison et un autre un peu plus tard. Et j’obtenais le même résultat. »

Le fait de ne pas mélanger les minéraux lors des apports lui permet d’opter pour des produits moins onéreux. Selon ses calculs, en 2012, le compost (prix lissé sur trois ans), l’urée et le chlorure de potassium lui sont revenus à 109 euros par hectare, contre 160 euros par hectare s’il réalisait un apport avec un N-P-K 10-5-20, à raison de 500 kilos par hectare.

Le circuit comprend un tank de 120 litres et deux filtres

L’installation de Michel Vigroux est constituée de deux points d’alimentation. Chacun comprend un compteur de 20 m3 par heure relié au réseau d’eau de la commune et géré par BRL. En partent, un tank de 120 litres équipé de deux manomètres, des vannes quart de tour, une vanne de régulation avec un pilote, un filtre à sable, un filtre à tamis, et un puisard. Le viticulteur n’a pas eu de vol à déplorer, mais il hiverne le tank.

Michel Vigroux a préféré le tank à la pompe doseuse, car « il est simple, plus robuste et moins cher », explique-t-il. Il est monté en dérivation sur le circuit d’irrigation. Pour y faire passer l’eau, Michel Vigroux règle l’ouverture des vannes d’entrée et de sortie au tank de manière à avoir une différence de pression de l’ordre de 200 grammes entre les deux, qu’il vérifie à l’aide des deux manomètres.

Lors de ses deux apports annuels, l’exploitant commence par ouvrir la vanne du circuit. Puis il remplit le tank, et se rend sur le second secteur. L’eau circule jusqu’au bout de la parcelle. Il revient et lance alors la fertirrigation, qui dure environ trois heures. Durant l’opération, il vérifie que tous les goutteurs fonctionnent puis laisse la fertirrigation se dérouler. Il ne rince pas le circuit mais ouvre la vanne de la parcelle suivante, pour la fertiliser.

Il n’utilise pas de nettoyants. « Au départ, j’ai suivi les conseils du fournisseur et ai mis de l’acide nitrique pour nettoyer le circuit, témoigne-t-il. Mais je pense que ce n’est pas nécessaire. Cela fait dix ans que je n’ai pas mis de nettoyant et tous mes goutteurs fonctionnent parfaitement. Je pense que les produits de fertirrigation décapent bien le circuit. D’ailleurs, lorsque je m’en mets un peu sur la main, ça pique. » En revanche, le viticulteur a régulièrement des problèmes de prolifération d’algues l’été et doit nettoyer au minimum deux fois le filtre l’été.

Grâce à la fertirrigation, Michel Vigroux atteint facilement son objectif de 120-130 hectolitres par hectare sur ses parcelles dédiées aux vins sans IG, et la moyenne de son exploitation, qui comprend 10 hectares en AOC Coteaux du Languedoc, dont 5 revendiqués, et 30 hectares en IGP ou sans IG, sont de 96 hectolitres par hectare sur les cinq dernières années. Challenge relevé !

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