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La biologie du sol, nouvelle composante des analyses agronomiques en vigne

Une bonne qualité biologique des sols est indispensable pour la préservation des potentiels agronomiques de nos terroirs. Cette prise de conscience est en train de s’opérer et amène les viticulteurs à s’intéresser à la vie souterraine.

Les lombrics représentent une part importante de la biomasse des sols. Ils sont l'un des indicateurs d'un sol en bonne santé.
Les lombrics représentent une part importante de la biomasse des sols. Ils sont l'un des indicateurs d'un sol en bonne santé.
© X. Delbecque

Si les propriétés physico-chimiques des sols viticoles n’ont quasiment plus de secret pour les viticulteurs, l’état biologique de nos parcelles est bien souvent méconnu. « C’est pourtant la base d’un sol de qualité, indique Patrice Coll, docteur en écologie des sols et consultant pour Viti-Œno Conseil. J’entends par là un sol qui peut supporter un objectif de production, en termes de quantité et de qualité, et de façon pérenne. » Il faut dire que les connaissances sur le sujet sont relativement nouvelles, et que les professionnels sont peu armés pour l’affronter. Et pour cause, les propriétés du sol rendent difficile l’appréhension de la notion même de qualité biologique. « Tous les sols sont différents et ancrés dans un contexte bien particulier, explique Rémi Chaussod, spécialiste des sols retraité de l’Inra et actuel directeur du laboratoire Semse. Il est impossible de réaliser une mesure simple et unique et de déterminer une valeur de référence comme cela se fait pour l’eau ou l’air. » En effet, une teneur en biomasse totale de 300 milligrammes par kilo de terre est considérée comme élevée en Champagne, alors qu’elle est basse pour un sol du Beaujolais. Dans un tel cas, vouloir définir un niveau de biologie « idéal », avec une valeur chiffrée à atteindre, est pour le moins hasardeux. « Pour y voir plus clair nous aurions besoin d’accumuler des données, de façon à créer un référentiel par zone. Nous pourrions ainsi interpréter les analyses dans un environnement donné. Ce travail pourrait être pris en charge par les interprofessions, par exemple », poursuit le directeur. Un avis que partage Patrice Coll : « il y a un vrai effort à faire sur la création d’une base de données. Cette absence de références est un frein à l’application d’analyses biologiques sur le terrain, car le viticulteur n’a aucune indication sur les effets positifs ou négatifs de ses pratiques culturales sur la qualité des sols ».

Il n’y a pas de mauvais sol comme il n’y a pas de mauvais vin

Ces critiques étayent bien les propos du cabinet d’études Bipe (1) , qui trouve que la filière devrait se doter d’un observatoire national du vignoble. En l’absence d’un tel observatoire, Rémi Chaussod estime qu’« on ne peut pas vraiment se fixer d’objectif. Par contre, on peut faire par rapport à l’existant. L’analyse biologique donne une valeur actuelle qu’il faut enregistrer et sur laquelle on doit se tenir à minima ».

C’est donc au viticulteur de définir l’équilibre qui lui donnera un sol de qualité. Pour cela, il devra s’assurer de l’abondance, la diversité et l’activité des organismes vivants, afin d’obtenir une bonne structure ainsi que l’aération nécessaire aux bactéries aérobies, effectuant la minéralisation. Mais stimuler trop fortement les organismes du sol, en apportant de la matière organique par exemple, peut aboutir à une fourniture en azote trop importante, avec les conséquences que l’on connaît (hausse de la vigueur et du rendement). Une analyse biologique du sol permet donc avant tout de vérifier que son fonctionnement est bien compatible avec les objectifs de production.

 

(1) voir Réussir Vigne n° 221, page 3.

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