Groupes de froid vinicoles : gare au coup de chaud !
Avec le changement climatique et les vendanges qui gagnent en précocité, les groupes de froid doivent être de plus en plus efficaces. Voici les conseils de frigoristes pour ne pas tomber en panne.
« En 2022 nous avons eu beaucoup de groupes de froid qui se sont mis en défaut, rapporte Nicolas Dutour, œnologue et ingénieur-conseil aux Laboratoires Dubernet. Ils n’arrivaient plus à évacuer suffisamment la chaleur qu’ils émettaient. » Avec les vendanges qui s’annoncent précoces et le climat de l’année qui est plutôt à la surchauffe, il devient impératif de vérifier son groupe de froid, voire d’en changer.
Opter pour des groupes de froid de plus grosse capacité
« Tous les viticulteurs ou caves qui vont faire des investissements en groupes de froid doivent être vigilants et dimensionner l’installation pour des températures extérieures de 35 voire 40 °C », recommande Étienne Dietsche, chargé d’affaires chez Technofroid, à Habsheim, dans le Haut-Rhin. Les groupes de froid actuellement en service sont pour la plupart à même de fonctionner jusqu’à des températures de 32, voire 35 °C mais ils saturent lorsque le mercure grimpe davantage. Pour autant, le chargé d’affaires ne recommande pas d’opter pour des groupes de froids tropicalisés. « Ce sont des groupes que l’on installe en intérieur, informe-t-il. Ils fonctionnent jusqu’à 43 °C mais plutôt pour des chambres froides. »
Guilhem Marty, responsable service après-vente (SAV) chez Cantié Process, à Mazamet, dans le Tarn, n’est pas non plus en faveur de telles installations. « Dans ces appareils, le condenseur est traité avec un renforcement de la matière, par exemple en aluminium, pour lutter contre la corrosion, décrit-il. Ce n’est pas nécessaire pour les chais. » Il estime qu’il faut juste veiller à ce que la fiche technique mentionne une capacité de température pouvant aller jusqu’à 50 °C. « Il faut que les groupes puissent tourner quand il fait 40-45 °C, voire 48-50 °C si le groupe est enclavé, ou contre un mur », observe-t-il.
Même son de cloche chez Pierre Palombi, président du Groupe Palombi, à Cavaillon, dans le Vaucluse, qui considère même que le terme de tropicalisé relève davantage du marketing que de la réalité technique. Pour lui, les critères d’un bon groupe de froid sont au nombre de trois : la technologie, le type d’échangeur et le fluide. Et il doit être dimensionné pour fonctionner à des températures de 40 °C environ. « Souvent, les chais sont équipés de compresseurs à vis, témoigne-t-il. Or en viticulture, il y a une période de grosse demande de froid durant les vendanges, puis de demande importante mais plus modérée durant les vinifications, puis de demande plus faible durant l’élevage. Je trouve que les groupes à multicompresseurs permettent mieux de s’adapter en fonction de la période de l’année. »
Il recommande ensuite d’opter pour un fluide naturel, de type propane, qui sera adapté à la future réglementation européenne sur les fluides. Et enfin, de choisir des échangeurs compacts (et non à microcanaux), plus résistants à l’encrassement. L’emplacement du groupe est également stratégique : une zone à l’ombre (ombre portée) l’après-midi est à privilégier, afin que l’air aspiré soit le moins chaud possible.
Ajouter une rampe adiabatique pour diminuer les températures
Mais sans aller jusqu’à investir dans un nouveau groupe, il est possible de recourir à quelques astuces pour permettre à son installation de fonctionner malgré les conditions climatiques extrêmes. La première est d’entretenir au mieux le groupe de froid en période creuse (printemps par exemple) afin qu’il tourne à son optimum. « Il faut le faire entretenir par un professionnel », martèle Étienne Dietsche, une préconisation partagée par son confrère Pierre Palombi. L’installateur alsacien préconise en outre de nettoyer les batteries des condenseurs ainsi que les échangeurs. « Du pollen ou des impuretés peuvent se glisser entre les ailettes, ce qui limite le flux d’air et la capacité de refroidissement du groupe », indique-t-il. Par ailleurs, « il faut vérifier le bon fonctionnement du circuit en période creuse, en regardant les pompes, les distributeurs hydrauliques, les purges d’eau », complète Guilhem Marty.
Une fois le nettoyage et l’entretien réalisés, dans le cas d’un groupe de froid un peu limite, il est possible d’installer une rampe adiabatique, c’est-à-dire un genre de brumisateur. « Cela permet de refroidir l’échangeur situé à l’extérieur en simulant des conditions climatiques plus clémentes grâce à l’envoi d’eau à 13 °C, explique Étienne Dietsche. Mais c’est une horreur tant écologique qu’économique. C’est une solution à utiliser lorsque le groupe sature en pleine canicule et qu’il est nécessaire d’agir dans l’urgence. » Pierre Palombi recommande lui aussi l’installation d’une rampe adiabatique sur les groupes un peu limites. « Mais il faut faire attention, si l’eau n’est pas traitée, elle peut être calcaire notamment dans les côtes-du-rhône ou en Bourgogne, relève-t-il. Cela risque d’abîmer les échangeurs sur lesquels l’eau va se déposer. » Il souligne qu’il faut également être méticuleux lors de l’installation du dispositif.
Prévoir des piquages supplémentaires sur le circuit
Une autre solution réside dans les piquages. « Lorsqu’on est vraiment court, on peut envisager de doubler l’installation, suggère Pierre Palombi. Il peut s’agir d’un appareil acheté ou loué, qui va venir soulager l’appareil existant. » Mais pour cela, il est nécessaire d’effectuer un travail préparatoire en morte-saison, en rajoutant des vannes et des tuyauteries permettant l’installation en parallèle du groupe supplémentaire. Un dispositif qui peut également s’avérer utile en cas de panne du groupe de froid.
Étienne Dietsche se dit lui aussi favorable à cette solution. « C’est intéressant d’avoir des piquages en attente, confirme-t-il. Ainsi, si les refroidisseurs dont on est équipé saturent, on peut en ajouter un d’urgence. » Il ajoute que cela ne revient pas très cher, juste le prix de deux vannes et de quelques flexibles. Un ajout qui peut être effectué lors de la conception de l’installation, mais qui peut aussi être réalisé en morte-saison, sur une installation existante. Étienne Dietsche signale par ailleurs que certaines structures disposent de plusieurs installations de froid qui ne communiquent pas entre elles. « C’est dommage, analyse-t-il. Mieux vaudrait prévoir que tous les refroidisseurs puissent fonctionner sur toutes les cuves. »
Changer de condenseur ou doubler l’installation
De son côté, Guilhem Marty conseille d’adapter son groupe de froid, en changeant le transformateur électrique. « Beaucoup de clients ont revu leur TGBT (Tableau général basse tension) suite à des coupures au transformateur », confirme-t-il. Mais cela n’est pas forcément toujours suffisant, puisque l’aération ou la ventilation du transformateur est un critère à prendre en compte. « Il faut souvent changer les disjoncteurs, pour en mettre qui prennent en compte l’échauffement du TGBT », complète-t-il. De son côté, Pierre Palombi estime que le changement du transformateur n’apporte pas de solution, ses appareils n’appelant pas trop d’électricité puisque sur quatre compresseurs, l’un se mettra en arrêt pour éviter que la température à évacuer ne soit trop élevée.
Une autre possibilité mise en avant par Guilhem Marty est d’opter pour un condenseur plus gros. « Dans ce cas, on reste sur la même taille de compresseur, sur une puissance identique, mais là où le condenseur avait par exemple huit panneaux, on en mettra dix », détaille-t-il. Pierre Palombi n’est pas en faveur de cette solution. « Dans ce cas de figure, mieux vaut doubler l’installation car souvent les condenseurs sont vieux et fonctionnent avec des fluides condamnés à court ou moyen terme par la réglementation européenne, enseigne-t-il. Cela ne me semble pas pertinent de les changer. »
mais aussi
Démarrer progressivement les groupes de froid une semaine avant les vendanges, à raison d’une travée par semaine environ,
Vendanger de nuit ou faire fonctionner les échangeurs tubulaires de nuit,
Durant la période de fonctionnement, vérifier quotidiennement la propreté des condenseurs, tamis, filtres tamis, l’absence de défauts, et le bon fonctionnement des pompes.