Elle vendange des fleurs de vigne pour créer son parfum
Après avoir travaillé dans un domaine viticole, œuvré comme courtière en vins et fondé son entreprise de négoce, la bourguignonne Pauline Champ s’est lancée dans la création de parfum. À base de fleurs de vigne, bien entendu.
Après avoir travaillé dans un domaine viticole, œuvré comme courtière en vins et fondé son entreprise de négoce, la bourguignonne Pauline Champ s’est lancée dans la création de parfum. À base de fleurs de vigne, bien entendu.
« Tous les ans, au moment de la floraison, cette odeur magique de fleur de vigne me revenait en mémoire. J’avais aussi une réelle envie de créer quelque chose en lien avec la nature. Et puis en 2015, j’ai décidé de créer un parfum avec pour pivot central, les fleurs de vigne. »
Titulaire de deux BTS (commerce des vins et viti-œno) et forte d’une carrière au sein de la filière viticole, Pauline Champ souhaite conserver les codes du vin : cépage et millésime. Finalement, son projet va nécessiter plus de dix ans de R & D. Elle débute ses essais avec un professeur chercheur à l’Université du parfum de Grasse : il faut vérifier si les fleurs de vigne peuvent donner des huiles essentielles.
Après plusieurs microdistillations, les résultats sont positifs : l’entraînement à la vapeur permet d’obtenir des huiles avec un profil olfactif très proche de celui de la fleur de vigne à l’état frais. Seul bémol : le rendement est très faible, « ce qui explique pourquoi cette fleur n’a pas intéressé l'industrie jusqu’à présent », assure Pauline Champ, pas découragée pour autant.
Le premier millésime est lancé en 2023
Munie de quelques fleurs de gamay et de chardonnay sauvées avant arrachage des vignes, l’apprentie parfumeuse continue l’aventure, accompagnée par l’Atelier français, en Haute-Savoie. À raison d’une récolte par an et avec l’aide d’une œnologue et nez dans le Bordelais, elle va progressivement mettre au point ses process d’extraction et créer sa formule : « dans un parfum, il faut une centaine d’extraits pour qu’il présente de la complexité et conserve de la tenue, indique-t-elle. Mon parfum contient donc les huiles essentielles de fleurs de vigne mais aussi des extraits de rameaux, d’écorce, de feuilles… »
Le premier millésime est lancé en 2023 : 51 flacons produits à partir de 3,5 hectares de vignes que Pauline Champ a pris en fermage à Vauxrenard, dans le Beaujolais. Grâce à une amélioration des procédés, la production a atteint 125 flacons en 2024. Avec un positionnement très haut de gamme : 3 000 euros pour 75 ml. Dans l’univers des parfums au marketing si puissant, la part du jus ne représente que 3 à 4 % du prix du flacon. Chez Pauline Champ, c’est l’inverse : 85 % du prix provient du jus. Car le coût de revient est très élevé.
Rendez-vous à Hong Kong, Londres ou New York
Taille, fertilisation, palissage… « Je conduis ma vigne exactement comme un vigneron qui fait du vin. Je suis en bio, et prévois de passer en biodynamie cette année », explique-t-elle. Classée par la MSA comme productrice de plantes à parfum, elle essaie de ne pas traiter avant floraison ou d’arrêter 15 jours avant. La « fleurange » se fait à la main, pendant trois à quatre jours, à mi-floraison.
À la fin de chaque journée de récolte, les fleurs sont transportées par camion réfrigéré à la distillerie Terre d’alchimie, dans le Haut Forez. Les centaines de kilos de fleurs ne donnent que quelques fioles d’huiles essentielles. Les macérations et l’assemblage final du parfum sont effectués en Haute-Savoie.
Ayant cessé son activité de négociante en vins depuis 2023, Pauline Champ partage son temps entre la production et commercialisation de son parfum. Elle organise des rendez-vous privés pour présenter son produit. « Par mon activité et celle de mon mari, responsable d’un domaine viticole, j’avais déjà des contacts qui m’ont donné une porte d’entrée. Cela m’a encouragée à poursuivre mon projet », confie-t-elle.
Ses premières ventes ont été conclues à Hong Kong. Elle s’est aussi rendue à Londres et New York. Le profil de sa clientèle ? « Des passionnés de l’univers du vin, hommes ou femmes, appréciant le travail bien fait », observe Pauline Champ, qui pense aussi aux amateurs de parfum et aux collectionneurs d’art, tout en continuant à peaufiner les aspects techniques.
Un effet millésime ?
Y aurait-il un effet millésime pour le parfum comme pour les vins ? C’est une hypothèse envisagée par Pauline Champ, dont le parfum 2024 est plus végétal que son 2023, plus chaud. « On pense que la vigne produit des huiles essentielles pour se protéger du soleil, le climat pourrait donc bien avoir une influence », conclut-elle.