Dans le Rhône, « il faut examiner les vignes hybrides, les expérimenter »
En Beaujolais, Lilian Bauchet a créé une association qui regroupe des vignerons, amateurs et futurs cultivateurs d'hybrides. Son objectif : promouvoir les cépages résistants.
En Beaujolais, Lilian Bauchet a créé une association qui regroupe des vignerons, amateurs et futurs cultivateurs d'hybrides. Son objectif : promouvoir les cépages résistants.
Lilian Bauchet s’est reconverti comme vigneron en 2008. « Je me suis installé en Beaujolais, j’ai découvert en même temps la vigne et les traitements phytosanitaires, relate-t-il. Je me suis rendu compte à quel point le vinifera était sensible. »
Il s’est ensuite pris de passion pour les hybrides « presque par hasard ». Passionné mais lucide : « La mauvaise qualité ? La réalité est plus complexe, nuance-t-il. En moyenne, les vinifera sont de meilleure qualité que les hybrides. Nous ne sommes pas des naïfs, on connaît les limites de ces cépages mais il faut les examiner, les expérimenter sur différents types de sol, différents porte-greffes, différentes conditions climatiques… »
Il est allé jusqu’à créer, il y a trois ans, une association au nom évocateur et même un brin provocateur : Vitis Batardus Liberata. Voilà pour l’affichage. Mais derrière, il y a un discours raisonné et structuré. « Malheureusement, on n’est pas vu comme un interlocuteur privilégié au sein de la filière, notre nom commence à peine à circuler, regrette-t-il. On n’est pas dogmatique, pas hostile aux sélectionneurs contemporains. On est prêt à participer à la sélection avec eux ! Il faut la faire au plus près du terroir. »
Une solution pour limiter les risques de contournement
Concrètement, « nos adhérents cultivent 71 variétés, plus que ce qu’autorise le catalogue, détaille-t-il. On a 60 vignerons en production, autant en attente de production et autant de porteurs de projets, notamment en Bretagne ou en Belgique ».
La volonté est de faire bouger les lignes. Il pointe du doigt les limites du catalogue français des cépages autorisés : « il est réactionnaire, il ne sert à rien, on a déjà les cahiers des charges des AOC en garde-fou. Il faut sortir de ce carcan, ouvrons le catalogue ! »
Alors, lui aussi est « monté » à Strasbourg pour défendre les six maudits (1) mais là aussi avec lucidité. « Certes, ils ont une valeur patrimoniale, gustative aussi, ils peuvent booster une cuvée d’assemblage, mais l’enjeu n’est pas énorme, on ne transformera pas la viticulture mondiale avec ces six variétés-là », analyse-t-il.
Lilian Bauchet s’inquiète davantage des orientations actuelles de la sélection variétale. « Le pourcentage de vinifera est de plus en plus important dans les hybrides de création récente, argue-t-il. À terme, on risque d’avoir des problèmes de contournement. »
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