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Autoconstruire dans les règles de l’art

L’autoconstruction fait partie du quotidien de nombre de vignerons. Mais voici quelques conseils pour gagner en efficacité et réaliser des bricolages qui ne soient pas dangereux.

Il n’a que 25 ans. Pourtant, Philippe de Jaham fourmille déjà d’idées, et le vignoble château Bénéhard, à Chahaignes, dans la Sarthe, ne compte plus ses inventions. Un circuit hydraulique pour un tracteur Fendt, un serpentin de chauffage pour le chai, une benne porte-tarière et dévidoir à fils, un cache pour débroussailleuse, des supports à tuyaux pour la cave, un arceau de sécurité et une direction assistée pour un tracteur Renault, un combiné tondeuse-griffon, un chariot à soudure, un enlève bonde, etc. Toutes ces créations, pour la plupart rouges et rutilantes, sont le fruit de l’imagination de Philippe de Jaham. Car pour le vigneron, tout est source d’inspiration. « Chaque discussion avec un voisin, ou visualisation d’un problème me donne des idées », explique-t-il.

Une imagination fertile et un atelier quasi-professionnel

Pour lui permettre de bricoler dans de bonnes conditions, le domaine s’est équipé de matériel professionnel. Poste à soudure semi-automatique, au TIG (Tungstène), ou encore perceuse à colonnes font partie de son attirail. Ces outils sont entreposés dans un atelier dédié, entre les plus classiques serre-joints, boulons de toutes tailles, pinces, marteaux, clés et tournevis de toutes sortes.

Mais si l’équipement est important, souder ou percer ne s’improvisent pas. « J’ai toujours été passionné de bricolage, se remémore Philippe de Jaham. Mon père, qui est sculpteur sur métal, m’a initié à la soudure. À 12 ans, je savais souder au TIG, en semi-automatique, et à l’étain. Ensuite, je me suis intéressé à la mécanique, puis à l’hydraulique. Je comprends facilement comment les choses fonctionnent, c’est instinctif. » Et héréditaire. Avec deux grands-pères ingénieurs et inventeurs, le jeune homme a de qui tenir !

En règle générale, une fois que l’idée a germé et mûri, Philippe de Jaham passe à la conception, sans jamais s’arrêter sur la case dessin. Il se renseigne sur les normes de sécurité en vigueur, puis se met à chercher les pièces adéquates, et parfois des plans, comme pour le circuit hydraulique qu’il a ajouté sur le tracteur Fendt. « On trouve presque tous les schémas des constructeurs sur internet, se réjouit-il. Je n’ai qu’à convertir les pouces en cm, et c’est bon. »

Lorsqu’il rencontre des difficultés techniques, il se rend sur des sites spécialisés, comme celui de l’Usine nouvelle. « Mais c’est très pointu, prévient-il. C’est vraiment pour des bricoleurs aguerris en métallurgie, en hydraulique. » Il visite également les sites tels que leboncoin ou agriaffaires pour trouver le matériel d’occasion souhaité. En règle générale, c’est l’histoire de deux ou trois semaines. Puis il commande les pièces neuves et procède au montage. Certaines de ses adaptations ou créations sont particulièrement chronophages, à l’instar de l’installation du circuit hydraulique sur son Fendt, ou de la surélévation de l’enjambeur Loiseau, qui lui ont demandé plus d’un mois de travail. Heureusement, ses erreurs sont rares. « La plupart du temps, je bute sur des détails. J’ai surélevé l’enjambeur sans erreur, mais je me suis trompé de côté pour la ceinture de sécurité », illustre-t-il.

Une pompe qui imite le fonctionnement des poumons

Malgré le coût et le temps de l’autoconstruction, le viticulteur estime que le jeu en vaut la chandelle. « Cela reste rentable car le matériel que j’adapte est fiable et très robuste, contrairement à la plupart des appareils commercialisés actuellement, qui sont bardés d’électronique et tombent fréquemment en panne. Je peux ensuite faire toutes les réparations moi-même, et au besoin créer des pièces », souligne-t-il.

Ce Géotrouvetout des temps modernes pense déjà à sa prochaine réalisation. Il compte doter son enjambeur d’un circuit hydraulique plus performant ainsi que d’un arceau. Et surtout, il souhaite concevoir une pompe vinicole fonctionnant sur le principe d’un poumon, afin de respecter au mieux le vin. On a hâte de voir le résultat.

Cela reste rentable car le matériel que j’adapte est fiable et très, très, très robuste, contrairement à la plupart des matériels commercialisés, qui sont bardés d’électronique et tombent fréquemment en panne

repères

Vignoble château Bénéhard

Superficie 5 hectares de vigne

Encépagement pineau d’aunis et chenin

AOC coteaux du loir et jasnières

Production 34 hl/ha

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