« Je veux la liberté pour les truies et les porcelets en maternité»
Vincent Lebret a construit une maternité de 24 places qui pousse au maximum le concept de libération des truies et des porcelets dans une maternité fermée.
Éleveur à Hénanbihen dans les Côtes d’Armor, Vincent Lebret, gérant de la SCEA La Chapelle, a profité de la construction d’une salle de 24 places de maternité pour expérimenter le concept de libération à la fois des truies et des porcelets.
Le cahier des charges soumis à Galvelpor était précis : « De mon point de vue, le bien-être animal passe à la fois par la socialisation des porcelets et par la mise en groupe des truies allaitantes. Aujourd’hui, si tu ne penses pas au bien-être animal quand tu construis un bâtiment, tu prends des risques. Mais je voulais aussi pouvoir bloquer temporairement la truie dans une case indépendante au moment de la mise bas pour éviter les pertes par écrasement ou en cas de problème sanitaire ou de comportement ». L’éleveur avait aussi mis l’accent sur deux points essentiels : le maintien de la productivité des truies et de bonnes conditions de travail. La réponse de l’équipementier finistérien constitue un nouveau concept de maternité en groupes quasiment inédit en France.
Des groupes de quatre truies
À la SCEA La Chapelle, les 24 places de la nouvelle maternité sont réparties dans six parcs de quatre places. Chaque truie dispose d’une case de mise bas quasiment identique aux cases bloquées classiques : deux bat-flancs fixes pour bloquer la truie au moment de la mise bas, une auge pour alimenter la truie à sec ou à la soupe, la possibilité d’installer une case balance, un nid à porcelets latéral équipé d’un chauffage, e et des augettes situées de part et d’autre de l’emplacement de la truie, inaccessibles de cette dernière grâce aux bat-flancs. À l’arrière de ces quatre cases, se situe un grand espace commun, dans lequel les quatre truies et leurs porcelets peuvent se déplacer et interagir avec leurs congénères. « Chez Vincent Lebret, chaque case correspond à une surface de 7,5 m2, soit la même surface qu’une case de maternité liberté classique », souligne Noël Bon, technico-commercial Galvelpor. La case dans laquelle la truie peut être bloquée fait 4,6 m2. Mais le parc situé à l’arrière des cases mesure 3,4 mètres de large (la largeur de deux cases) sur 3,6 mètres de long, soit 12,2 m2 d’espace de liberté pour les quatre truies et leurs porcelets.
Les soins facilités à la mise bas
La première bande de truies est entrée dans cette salle au mois d’octobre dernier. « Dans chaque parc, les truies sont issues d’un même groupe de truies gestantes afin de ne pas perturber la hiérarchie et d’éviter les bagarres », détaille l’éleveur. Durant la semaine qui a précédé les mises bas, les cases sont restées ouvertes pour que chacune puisse s’accoutumer à son nouvel environnement.
Les truies ont ensuite été bloquées la veille de la mise bas. « J’ai choisi d’investir dans des cages ascenseurs pour sécuriser les écrasements et faciliter la surveillance ». Les truies étant bloquées, les soins et l’accès aux animaux sont facilités. L’éleveur a fait le choix d’ouvrir les trappes d’accès des porcelets au parc commun dès le troisième jour de vie. Par précaution, l’ouverture s’est faite portée par portée. « J’ai remarqué que les porcelets les plus chétifs sont ceux qui ont le plus circulé d’une truie à l’autre, sans doute pour trouver une meilleure tétine ». Lors du jour de la visite, sept jours après les mises bas, les truies n’avaient pas encore été libérées. « Je compte le faire rapidement, d’ici deux à trois jours, pour éviter que le stress de la libération ne provoque pas de venue en chaleur ».
On surveille les animaux comme en engraissement
Avant même le premier sevrage, le tout premier bilan tiré par l’éleveur est plus que positif. « D’un point de vue travail, la surveillance des animaux est similaire à un post-sevrage ou un engraissement : on surveille un groupe, composé de plusieurs truies et d’une soixantaine de porcelets ». Il estime que ce concept de maternité ne permet pas de gain de temps, excepté au sevrage. La distribution de soupe aux truies ne perturbe pas les truies, contrairement à ses craintes initiales. « Il suffit de regrouper la distribution des quatre vannes de chaque case. Les truies n’ont pas le temps de se concurrencer sur une auge ». L’élevage affiche actuellement une productivité de 14,5 porcelets sevrés par portée dans les cases bloquées. « Je ne vois aucune raison pour que les résultats ne se maintiennent pas dans ces cases liberté », conclut Vincent Lebret.
Fiche élevage
SCEA La Chapelle à Hénanbihen (Côtes d’Armor)
Les + et les -
+
Mises bas dans des cases bloquées standards
Utilisation possible des cases bloquées existantes
Surface de case ramené à la truie identique aux cases liberté individuelles (7,5 m2)
Surface de bâtiment réduite (un couloir unique à l'avant des cases pour l'accès à l'alimentation des truies)
Vaste aire de liberté à l'arrière des cases
-
Pas d'alimentation individuelle des truies
« Une case liberté progressive et sécurisante »
Noël Bon, technico-commercial Galvelpor
Ce concept de cases liberté en maternité proposé par Galvelpor permet à l’éleveur de passer progressivement et sans risque d’un système de maternité bloquée à des truies et des porcelets élevés en groupe. Il peut être également adapté à des maternités existantes, en utilisant des cases bloquées déjà présentes sur l’élevage. Par rapport aux autres modèles de maternité liberté, ce concept est donc probablement celui qui se développera le plus dans les années à venir.