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Elevage laitier : « Performances économique et environnementale vont de pair » 

En seulement trois ans, l’EBE de la ferme de la Blanche Maison, dans la Manche, a progressé de 125 euros pour 1 000 litres suite à la mise en place d’un système agroécologique. En parallèle, l’empreinte carbone s’est réduite. Le point avec Lucie Morin, responsable de la station expérimentale.

En s'orientant vers un système agroécologique, l'empreinte carbone nette de la ferme de la Blanche Maison s'est atténuée de 0,84 à 0,78 kg eq CO2/l.
En s'orientant vers un système agroécologique, l'empreinte carbone nette de la ferme de la Blanche Maison s'est atténuée de 0,84 à 0,78 kg eq CO2/l.
© F. Lepeltier

Vous avez réussi à gagner plus en émettant moins de gaz à effet de serre. Comment expliquez-vous cette double performance ?

 

 
Lucie Morin, responsable de la station expérimentale de la Blanche Maison, en Normandie.
Lucie Morin, responsable de la station expérimentale de la Blanche Maison, en Normandie. © E. Bignon

Lucie Morin - « Nous avons fait d’une pierre deux coups car de nombreux leviers limitant les émissions de gaz à effet de serre améliorent aussi le revenu. Non seulement des solutions existent, mais elles sont aussi souvent génératrices de revenu. C’est une bonne nouvelle ! »

 

Comment avez-vous relevé ce challenge ?

 

 
« Performances économique et environnementale vont de pair » 
L. M. – « Nous sommes passés à un système agroécologique permettant de produire plus et mieux, en valorisant les ressources naturelles disponibles sur notre territoire. Nous avons défini une trajectoire et des objectifs clairs pour aboutir à un système de polyculture-élevage cohérent et performant aux niveaux économique et environnemental. Avec les mêmes ressources, le volume livré a augmenté de 25 % entre 2018 et 2021 grâce à une progression de la productivité par vache de 1 000 litres. Cela a eu une incidence positive sur les produits en contribuant aussi à diluer les charges. Mais l’amélioration de l’EBE se révèle multifactorielle et ne se limite pas à ces deux seuls paramètres. Cette vision serait trop simpliste et ne reflète pas notre action. »

Concrètement, quels ont été les principaux leviers actionnés ?

L. M. - « Nous avons d’abord travaillé sur les fourrages et plus particulièrement sur la complémentarité entre l’herbe et le maïs. Longtemps opposés l’un à l’autre dans les expérimentations précédentes, ce duo est devenu la base de notre système. Le maïs, sous différentes formes, est désormais présent toute l’année pour renforcer les apports en énergie. En hiver, la ration de base se compose pour moitié d’ensilage d’herbe et de maïs. Et au pâturage, le maïs épi densifie la ration. Nos efforts sur la qualité et la digestibilité de l’herbe ont également porté leurs fruits, grâce à tout le travail mené sur la rénovation des prairies, leur intégration dans la rotation, la fertilisation et la récolte...
Un autre levier de poids concerne l’optimisation des effectifs animaux. Nous limitons le nombre de génisses élevées et nous avons réduit l’âge au vêlage à 28,4 mois (contre 34 mois en moyenne en race normande). De plus, notre conduite de la reproduction en bandes, avec quatre périodes de vêlage par an, lisse le nombre de vaches traites sur l’année et limite les temps improductifs. Cette stratégie a plaidé pour une individualisation de la distribution du concentré, avec l’achat d’un DAC d’occasion. À l’auge, la ration est équilibrée avec du tourteau de colza et/ou du blé autoproduit. Nous tâchons de distribuer le bon concentré au bon moment en fonction des prix d’intérêt. »

Vous insistez sur l’optimum à trouver…

L. M. - « Oui, tout est question d’équilibre et de cohérence. Depuis la mise en place du système, nous cherchons à l'optimiser pour le rendre de plus en plus performant. En 2021, nos résultats économiques et environnementaux ont encore progressé, mais moins qu'ils auraient pu. Nous avons eu tendance à trop forcer la main sur le concentré. Son efficience ramenée au litre de lait corrigé s’est dégradée. Globalement, l’empreinte carbone est un bon critère d’optimisation des systèmes. Si elle augmente, c’est que l’efficience technique pèche quelque part. »

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