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" Vis ma vie de berger "

Joseph Boussion, alias Carnet de Berger sur Facebook, s’est donné pour mission de faire connaître la vie en estive aux internautes.

Avec plus de 20 000 personnes sur sa page Facebook et 2 000 sur Twitter et Instagram, Joseph Boussion, alias Carnet de Berger pour les internautes, est peut-être l’un des bergers les plus populaires de France. Pourtant, sa motivation initiale à parler de son quotidien vient d’un constat. « Quand j’ai commencé à travailler comme berger, je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations techniques, d’équipements, de savoir être, etc. et encore moins en ligne. » Joseph Boussion crée alors en 2017 une page Facebook, Carnet de Berger, ouverte à ses amis et aux éleveurs, pour donner des nouvelles, faire part de son ressenti. « C’était un moyen au début de faire tomber la barrière avec mes amis et ma famille, qui n’ont pas toujours facilement compris et accepté ce nouveau mode de vie », se rappelle le berger, également père de trois enfants.

Un exutoire pour éleveurs et bergers

La page devient rapidement une interface de communication pour la profession, les expériences de chacun sont relatées et les débats sont nombreux et divers. « La communauté des éleveurs et bergers a vraiment apprécié d’avoir cet espace d’expression, je pense qu’ils l’ont vécu comme un exutoire », analyse le berger connecté. Depuis l’an passé, l’audience de la page a été élargie au grand public. « Là aussi, il y a eu un franc enthousiasme de percevoir la réalité du terrain », sourit Joseph. La bienveillance est de mise et lorsque ce n’est pas le cas, Joseph prend le temps de répondre avec humour. « Je continuerais à animer ma page Facebook tant que cela me donne de l’énergie et ne m’en prend pas », assure-t-il. Avec une vidéo toutes les deux semaines en moyenne et trois posts par jour, l’activité sur les réseaux de Carnet de berger demande de l’organisation. « Pour moi la communication fait vraiment partie du métier, que cela se passe en face-à-face avec les randonneurs ou par écrans interposés », assume-t-il.

La modération des réseaux sociaux est une activité qui prend du temps, mais Joseph le fait volontiers pour garder ce lien avec la société. © B. Morel
La modération des réseaux sociaux est une activité qui prend du temps, mais Joseph le fait volontiers pour garder ce lien avec la société. © B. Morel

Et communiquer, c’est son dada. Car, avant de garder les brebis en alpage, Joseph Boussion a travaillé dix ans comme chargé de communication dans le sport de haut niveau, entre le Pays basque, d’où il est originaire, et les Alpes, son foyer aujourd’hui. Pour lui, avoir eu un parcours complètement en dehors de l’agriculture lui a permis d’avoir du recul sur certaines réalités du métier de berger, de voir les dysfonctionnements et les problématiques de demain. Les contraintes autour de la transhumance, du partage de l’espace avec les autres usagers de la montagne, le statut précaire des emplois saisonniers, la prédation, etc. sont autant de sujets qu’il relève dans ses publications ses vidéos. « Pour les sujets sensibles, je discute avec mon patron, notamment à propos de la prédation, pour être sûr que l’on soit sur la même longueur », explique Joseph. « Beaucoup d’éleveurs sont consommateurs de réseaux sociaux, poursuit-il. J’ai un discours rassurant et grâce aux bergers qui comme moi, tiennent font du 'direct', les éleveurs ont facilement des nouvelles de leurs troupeaux et de leurs employés ».

Des relations houleuses avec les "touristes"

Dans ses vidéos, Joseph aborde différents sujets, de la météo à l’épineuse question du loup. Il raconte ses journées, décrit ses itinéraires et inventorie les bonnes plantes qui nourrissent les brebis. Et pour lui, c’est aussi un moyen de garder l’esprit ouvert sur le monde pendant ses longues heures de garde, de manager une communauté et de garder du lien social. Avec humour, et parfois un brin de lassitude, il raconte les mésaventures des « touristes » qui n’en font qu’à leur tête, dispersent les brebis, mettent en alerte les patous et ne respectent pas l’intimité des bergers. « Sans mentir, un randonneur est venu faire ses besoins à côté de mon chalet », s’insurge Joseph.

Même s’il a la chance de passer les mois d’estive avec sa compagne qui est aide-bergère pour lui et son collègue qui garde le reste du troupeau de l’employeur de l’autre côté de la combe, même si ses enfants lui rendent visite pendant les vacances scolaires, les journées peuvent sembler parfois longues lorsque la fatigue se fait ressentir. « C’est le début de l’estive le plus compliqué. Les brebis sont avides d’herbe, il nous faut le temps de reprendre nos marques, je fais beaucoup de kilomètres et de dénivelé tous les jours », reconnaît le jeune berger de 35 ans. Le rythme se calme passé la mi-août, les brebis comme les hommes commencent à languir de redescendre, de retrouver le confort quid de la bergerie, quid de son chez-soi.

Joseph Boussion est berger depuis 2017. Il a à cœur de véhiculer les valeurs du pastoralisme et l'importance du maintien des bergers en estive. © B. Morel
Joseph Boussion est berger depuis 2017. Il a à cœur de véhiculer les valeurs du pastoralisme et l'importance du maintien des bergers en estive. © B. Morel

Car le métier de berger c’est beaucoup de sport et au bout de quelques mois, la fatigue est omniprésente. « Je reprends une activité physique assez importante dans les deux mois qui précèdent la montée en alpage, mais cela n’empêche pas que les deux premières semaines sont rudes. Je perds en moyenne 10 kg par saison d’estive », confie Joseph Boussion, souriant sous sa barbe. Il prend possession des lieux une semaine avant l’arrivée des brebis, pour installer la cabane, surveiller la pousse de l’herbe et repérer les différents quartiers, ou zones de pâturage, pour la saison.

Les bergers, un réservoir de connaissance sur la montagne

Pour Adeline Montmayeur, aide-berger et compagne de Joseph, la saison ne s’annonce pas non plus de tout repos. « Le rôle de l’aide-berger, c’est avant tout de suppléer au berger dans les tâches domestiques du quotidien. Je fais en sorte que son confort soit optimal pour qu’il travaille dans de bonnes conditions », explique la jeune femme de 32 ans. C’est donc à elle que revient la corvée de vaisselle, de ménage, de courses dans la vallée. Elle descend toutes les deux ou trois semaines, en suivant la piste tortueuse pendant une heure avant d’atteindre le premier bourg. « Notre employeur a accepté ce fonctionnement car nous sommes deux bergers en tout sur l’estive pour garder leurs 3 300 brebis, explique Joseph. Je suis sur un versant qui représente 1 000 hectares, mon collègue est en face et dispose de 2 000 hectares. Le tout est la propriété des éleveurs ». Adeline a donc fort à faire pour accompagner les deux bergers dans leur travail. Joseph et Adeline ont trouvé leur rythme dans cette vie saisonnière, mais tous deux ont bien conscience de la précarité de leur emploi et projettent de s’installer comme éleveurs tout en continuant la garde en alpage l’été. Pour eux, il est essentiel de pérenniser l’activité dans les montagnes, de conserver le réservoir de connaissances que représentent les bergers.

Le berger vide son sac

Être berger demande bien souvent d’être en bonne condition physique pour parvenir à avaler les centaines de mètres de dénivelé quotidiens. D’autant que le berger ne part pas en montagne les mains dans les poches. Entre matériel pour les brebis et équipement personnel, le sac du berger pèse rapidement plus de 20 kg. Joseph Boussion détaille le contenu de son kit de survie spécial brebis : « pour les animaux, brebis et chiens, il faut savoir prodiguer les premiers secours en attendant de pouvoir les redescendre à la cabane voire dans la vallée. J’ai toujours des bandes plâtrées et des atèles pour les pattes cassées, des antibiotiques à large spectre, des seringues, de l’huile de cade, ça marche bien pour les blessures superficielles, les coupures, les panaris, etc. et aussi de la craie pour marquer les brebis difficiles à attraper. J’utilise préférentiellement l’homéopathie et la phytothérapie. Je distribue de l’argile et des huiles essentielles à l’infirmerie. » À tout cela s’ajoutent les trois kilos de croquettes quotidiens pour les deux patous et l’équipement et matériel de survie du berger en cas d’imprévu. « On ne part jamais en montagne sans un minimum », rappelle celui-ci. Trousse de secours, couverture de survie, antiseptique et bandes, lacets de chaussures, cape de pluie, bois sec pour bivouac improvisé, briquet et, le plus important, le couteau. Parfois l’attirail est complété par le surpoids d’un fusil et de ses cartouches, mais à mon sens ce n’est pas mon rôle de jouer les gardes-chasses. »

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