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Une aide satellitaire pour l’estive dans les Pyrénées

Le projet Clochète a fait des émules jusque dans les Pyrénées-Atlantiques où un groupe d’éleveurs, appuyés par la chambre d’agriculture, testent des prototypes de colliers connectés.

« Dans les Pyrénées, tous les troupeaux mis en estive ne sont pas forcément gardés quotidiennement, mais l’éleveur fait régulièrement des allers-retours entre son exploitation et son troupeau pour vérifier que tout se passe bien », décrit Jean Beudou, animateur en filière ovine à la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques. Dès lors, les éleveurs se sont mis à la recherche d’outils leur facilitant la tâche, pour surveiller leurs animaux à distance et suivre leurs déplacements. La chambre d’agriculture a pris part au projet Clochète et l’idée d’un suivi GPS des brebis à tout de suite séduit une douzaine d’éleveurs ovins. « L’intérêt principal pour les éleveurs est de suivre le mouvement du troupeau et connaître son emplacement pour le rejoindre, généralement à pied », reprend Jean Beudou. Mais la balise GPS, qui émet un signal toutes les heures permet aussi d’autres interprétations de ces données. L’éleveur peut, par exemple, contrôler si, pendant les fortes chaleurs, les animaux s’abreuvent suffisamment (en allant au point d’eau) ou restent à l’ombre. Le traçage permet aussi de voir si les brebis utilisent bien toute l’estive ou restent préférentiellement dans un quartier ou encore si elles ne vont pas dans des zones réputées dangereuses.

Un gain de temps pour retrouver les brebis en estive

Dans une vidéo réalisée par le projet Clochète, Anne-Marie Doumecq, éleveuse en Gaec dans les Pyrénées-Atlantiques revient sur son expérience de la balise GPS. « Nos 650 brebis et nos 80 chevaux de boucherie sont séparés en plusieurs troupeaux, répartis sur nos 110 ha de parcours, de parcelles en plaine, en montagne et pendant six mois, en estive », explique-t-elle. La surveillance de ces troupeaux représente donc une charge de travail importante pour Anne-Marie et son conjoint, tant en termes de déplacements entre les lieux de pâturage que de temps d’approche pour retrouver précisément le troupeau. « C’est encore plus chronophage par mauvais temps ou sur terrain accidenté », appuie-t-elle. L’outil GPS permet donc un gain de temps important, en permettant à l’éleveur de se diriger droit sur ses animaux, sans parcourir la montagne pour les retrouver. « C’est aussi une tranquillité d’esprit de savoir où sont nos bêtes et en un seul clic, nous avons tous les déplacements des dernières 24 heures. » Pour Anne-Marie Doumecq, le GPS ne peut pas se substituer au travail de l’éleveur mais il apporte une amélioration au confort de travail et de vie. « Plutôt que d’être tout le temps sur le qui-vive, il y a quelqu’un qui vous aide à veiller sur le troupeau », sourit-elle.

Une autonomie de trois mois minimum

Les 18 colliers testés durant ce premier essai sont le fruit d’une réflexion des éleveurs, d’un maker (particulier ayant des compétences qu’il met au service d’autrui) possesseur d’une imprimante 3D et des animateurs de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques. Les balises sont de fabrication américaine et utilisent la technologie Spot Trace. Elles ne sont commercialisées en France que par la société Agiltech, basée à Marseille. « Ces balises sont dédiées à la surveillance des bateaux de plaisance ou autre, mais pas du tout au pastoralisme, explique Jean Beudou. Nous les avons adaptées sur des colliers dans lesquels passent des fils reliant les batteries et la balise. Nous avons ajouté une deuxième batterie avec un objectif d’autonomie de trois à quatre mois. » La localisation, mise à jour toutes les heures par la balise, est représentée sur une application smartphone, PC ou tablette, sous forme de carte.

Ce premier essai s’est avéré très concluant, tout en sachant que des mises au point doivent être effectuées : meilleure étanchéité du boîtier, ergonomie du collier, données plus précises sur l’activité des brebis (ingestion ou chôme)… Jean Beudou espère qu’un dispositif sera disponible dans le commerce dès l’été prochain.

La balise satellite, coûteuse mais efficace

Les balises GPS peuvent utiliser trois types de réseaux pour envoyer leur position : la basse fréquence qui nécessite l’installation d’antennes-relais, le réseau téléphonique, qui dépend de la couverture du territoire et des zones blanches mais qui reste à un tarif abordable et le réseau satellitaire, qui fonctionne où que la balise se trouve mais qui représente un net surcoût par rapport au réseau GSM. « La connexion est le plus important dans ce type de démarche, explique Jean Beudou, de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques. Si le réseau est mauvais, les balises ne serviront à rien. » D’où le choix du satellite, qui occasionne des forfaits annuels d’environ 175 euros par an et par balise (contre 70 euros pour le réseau téléphonique), en plus des quelque 300 euros minimum que représentent la balise et les batteries montées sur le collier. Le boîtier en plastique ABS est solide mais son étanchéité est à revoir. De plus, il faut veiller à l’équilibre entre batteries et balise, car celle-ci doit être sur le dessus de l’animal afin d’optimiser les émissions. L’ensemble pèse 900 grammes, soit l’équivalent d’une grosse cloche.

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