Aller au contenu principal

Un fromage produit sur les traces de l’ours

Lancé pour valoriser le fromage d’estive tout en préservant la population d’ours pyrénéenne, le Pé Descaous a fêté ses 20 ans en novembre.

Un fromage de brebis marqué d’une empreinte d’ours… Le concept peut surprendre et interpelle les touristes. Le Pé Descaous, nommé d’après le surnom donné à l’ours dans le Béarn, est la dernière étape d’un ensemble d’actions mises en place par le Fonds d’intervention éco-pastoral (Fiep) pour faciliter la cohabitation entre le pastoralisme et le grand plantigrade. « Il y a d’abord eu l’indemnisation des dégâts et les mesures d’accompagnement telles que l’héliportage de matériel en estive, la rénovation des cabanes, les radiotéléphones pour faciliter la communication là-haut, rappelle Jérôme Ouilhon, animateur du programme. L’étape suivante était de valoriser la présence de l’ours pour mieux vendre les produits. »

C’est ainsi que le Fiep lance en 1995, en partenariat avec les bergers des vallées d’Ossau, Aspe et Barétous et avec le soutien de WWF France, la marque Pé Descaous adossée à un cahier des charges précis. Le lait doit être issu de brebis de races locales, transhumant en zone à ours et ne consommant pas d’ensilage. De plus le fromage au lait cru doit être fabriqué quotidiennement en estive avec aucun autre adjuvant que la présure et le sel, moulé à la main et affiné quatre mois minimum… « Le Pé Descaous a le premier permis de reconnaître le fromage d’estive » se souvient Gilles Chabanier, producteur de la première heure. Une commission de dégustation, composée de producteurs, techniciens fromagers, restaurateurs et consommateurs, se réunit régulièrement pour évaluer les fromages.

« Seulement 17 animaux prélevés sur mon troupeau en 17 ans »

Au total 29 producteurs ont pris part à la démarche depuis son lancement il y a 20 ans. Aujourd’hui, ils sont 13 à produire neuf à dix tonnes de fromages par saison. Écoulés pour la plus grosse partie en vente directe, les fromages sont à 80 % pur brebis mais aussi mixte brebis-vaches ou brebis-chèvres.

L’association recherche de nouveaux producteurs car elle a plus de demande que d’offre. « Mais nous y allons doucement, admet Jérôme Ouilhon. Cela doit correspondre à une réflexion des éleveurs et il ne faut pas les brusquer. » Certains éleveurs ont quitté le programme suite aux réintroductions d’ours dans les Pyrénées centrales : ils n’étaient plus totalement en phase. Mais globalement les conflits du début se sont apaisés. « Les ours ne sont pas de gros mangeurs de brebis : en 17 ans, j’ai eu 17 animaux prélevés, témoigne Gilles Chabannier. Quand on est en montagne, on ne le voit pas mais on sait qu’il est là. Ça nous conforte dans notre rôle de berger ».

"Travailler en harmonie avec la nature"

« Mon troupeau compte 130 brebis mais l’été, avec celles que je garde pour d’autres éleveurs, j’en emmène 700 en estive. J’adhère à la démarche Pé Descaous depuis mon installation fin 2008. J’ai été motivé par la bonne valorisation du produit, le cahier des charges qui correspondait à mes pratiques et par l’idée de travailler en harmonie avec la faune sauvage. En estive, je garde mes brebis en journée et elles sont rassemblées dans un périmètre électrifié la nuit. Le fait de garder oblige les brebis à passer partout de manière homogène, évitant d’avoir des zones surpâturées et d’autres délaissées. Je pense que l’ours aurait pu permettre de valoriser davantage le territoire pyrénéen, générer du tourisme et donc de l’emploi… Avec les moyens de protection et communication dont nous disposons aujourd’hui en montagne, la peur de l’ours n’est plus justifiée comme il y a 50 ans. Par contre je n’ai pas du tout la même position sur le loup qui risque de causer la mort du pastoralisme."

Le saviez-vous ?

La population d’ours dans les Pyrénées est évaluée à une trentaine d’individus, mais deux mâles seulement occupent le noyau occidental. 178 ovins ont été tués par l’ours en 2014.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

Si la plupart des randonneurs se montrent respectueux du travail des bergers, certains échanges peuvent être tendus lorsque les brebis se font dispersées ou que les chiens sont aux abois. © B. Morel
" Vis ma vie de berger "
Joseph Boussion, alias Carnet de Berger sur Facebook, s’est donné pour mission de faire connaître la vie en estive aux…
La balle installée, il ne reste plus qu’à couper les filets pour la dérouler. © F. Mariaud
« Un tire-balle pour quad »
« Avant je déroulais les balles à la main pour assurer le complément de fourrage de mes brebis en pâture l’hiver. Maintenant,…
L’Assemblée Nationale a adopté mercredi 27 mai une loi pour renforcer la transparence de l'information du consommateur sur les produits agricoles et alimentaires. Le texte reprend des mesures votées en octobre 2018 dans la loi Alimentation (Egalim).
Les mots "saucisse" et "steak" réservés à la viande
La loi relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires renforce l'étiquetage sur l'origine…
Les équipements de contention sont trop mal adaptés aux contraintes du parage des onglons. © DR
Parage des onglons : peut (beaucoup) mieux faire
Dans le cadre d’Am’TravOvin, des ergonomes ont observé des chantiers de parage des onglons pour proposer des repères permettant d…
Les éleveurs ovins britanniques craignent les conséquences du Brexit.
Brexit et Covid-19 vus du Royaume-Uni
Le Financial Times montre dans une vidéo de sept minutes comment l’élevage ovin britannique est menacé par le Brexit et le…
Le drone, la télécommande et les deux batteries de rechange pèsent un kilo et peuvent être facilement mis dans le sac ou une grande poche. © N. Schneidermann
Un drone pour garder les brebis
Depuis l’an dernier, Nicolas Schneidermann se sert d’un drone pour rabattre ses brebis et surveiller son troupeau. Il milite pour…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8,00€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Pâtre
Consultez les revues Réussir Pâtre au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Réussir Pâtre