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PAC
« La profession a été contrainte et forcée d’abandonner ses ambitions pour l’aide ovine »

Après plus d’un an de travail et de consensus, l’ambitieux projet porté par la FNO pour la prochaine PAC s’est fait plombé par l’administration européenne. Eclairage sur ce sombre dossier avec Michèle Boudoin, présidente du syndicat national ovin.

Contrainte et forcée, la FNO a dû tourner le dos à son projet ambitieux pour la prochaine définition de l'aide ovine.
© B. Morel
Michèle Boudoin, FNO
Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine : "Nous sommes scandalisés par le manque de soutien des pouvoirs publics qui pourtant, n'ont que les mots souveraineté alimentaire à la bouche. Ce dossier montre toute l'incohérence de leurs positions vis-à-vis des filières ruminants."

Quelle est la position de la FNO concernant les aides ovines de la future PAC 2023-2027 ?

« Jusque très récemment, la profession ovine avait à cœur un projet ambitieux pour la nouvelle aide ovine. Nous avons travaillé depuis plus d’un an sur un projet à tiroirs. Cela signifie qu’en plus de l’aide de base par brebis, nous avions proposé de mettre en place des objectifs à remplir qui permettraient d’obtenir des primes complémentaires. Ces « tiroirs » concernaient la productivité, à hauteur d’un agneau par brebis et par an, le passage sous signe de qualité, l’installation de nouveaux producteurs, etc. C’était un plan professionnalisant et structurant pour la filière, qui collait avec les objectifs de la loi Egalim. Nous avons été, nous professionnels, contraints et forcés d’abandonner ce positionnement fort.

Lire aussi : Les multiples et essentielles facettes de l'aide ovine

Pourquoi un tel abandon d’un projet aussi prometteur pour la production ?

Nous savions d’ores et déjà que l’enveloppe des aides ovines allait perdre près de trois millions d’euros par an par rapport à son montant actuel. Nous nous sommes battus mais nous avons composé avec cette baisse. Plus récemment, nous avons eu la désagréable surprise de découvrir que la Commission européenne prévoyait de mettre en place un contrôle de performances annuel validant ou non les prévisions budgétaires pour les aides de chaque filière. Pour les ovins, cela signifie que chacun des « tiroirs » de l’aide ovine devrait être budgétisé sur la durée de la nouvelle PAC. C’est tout bonnement impossible ! Et deuxième coup dur, les aides qui ne seraient pas utilisées seront perdues. Auparavant, lorsqu’un budget n’était pas entièrement utilisé, il restait tout de même attribué à la filière par le principe de fongibilité. Aujourd’hui, s’il reste de l’argent, il repart à Bruxelles. C’est vraiment dommage que les pouvoirs publics, en dépit de leur refrain sur la souveraineté alimentaire, ne soutiennent pas davantage les filières agricoles et les projets à visée structurantes. Les aides PAC portent finalement sur les surfaces agricoles, aucune d’entre elles ne sont vraiment incitatrices pour les éleveurs à produire plus et mieux.

Lire aussi : Les positions PAC de la fédération nationale ovine défendues en vidéo

Face à cette opacité administrative, quelles sont les décisions de la FNO ?

Le conseil d’administration de la FNO a pris la difficile décision de remiser notre projet d’aides ovines à tiroirs pour l’instant. Nous ne souhaitons pas prendre le risque de perdre plus d’argent encore avec des budgets qui seront par nature mal calibrés et qui desserviront la production. Nous sommes contraints et forcés d’abandonner cela aujourd’hui et revenir à une distribution basique de l’aide ovine. Ainsi, l’aide ovine sera divisée en autant de brebis que compte le cheptel français. Nous conservons tout de même le tiroir « installation », c’est un risque que nous prenons car si les objectifs annoncés en termes de nouveaux producteurs ne sont pas atteints, nous perdrons une partie de l’enveloppe. Néanmoins, le renouvellement des générations est un sujet trop important pour qu’on le laisse de côté.

Quelles suites la profession voit-elle à la situation?

Ce projet de refonte et de structuration de l’aide ovine est en construction depuis plus d’un an. Il faisait consensus entre toutes les régions, il permettait aux éleveurs des zones intermédiaires ayant perdu l’ICHN de redresser la tête, il était encourageant pour améliorer la productivité des ovins français pour répondre à la demande de consommation. Nous allons donc travailler désormais au niveau interprofessionnel, dès cet automne, pour avancer sur le dossier. »

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