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Des références pour l’élevage ovin bio

Un programme de recherche coordonné par l’Institut technique de l’agriculture biologique a permis d’acquérir des références pour mieux comprendre la production et la valorisation des agneaux bio.

« La filière ovine bio a connu des difficultés à s’organiser. Les éleveurs se plaignaient d’un prix trop bas et pas assez rémunérateur comparé aux surcoûts du bio. Ils se sont donc orientés vers une production d’automne qui coûte moins cher mais qui arrive sur les étals quand il y a déjà trop d’agneaux. Et les abatteurs disaient ne pas arriver à vendre l’agneau bio assez cher car l’agneau français est déjà une viande chère avec une belle image de marque. » Voilà ainsi résumé le contexte de la filière ovine bio par Jean-François Vincent, éleveur dans le Centre et président de la commission bio d’Interbev. Pourtant, alors que la consommation générale de viande est à la baisse, celle de viandes d’agneaux bio et label rouge tire son épingle du jeu et se développe. « Nous avions la volonté de travailler mais nous avons réalisé que nous connaissions mal cette filière. » C’est ce qui a motivé la conduite d’un projet pour avoir une connaissance plus fine des circuits de commercialisation, du devenir des agneaux bio et des prix. Les résultats de ce projet ont été présentés le 23 juin lors d’une journée de restitution à Paris.

La productivité autonome, principal levier de rentabilité

Une soixantaine d’exploitations ont été suivies pendant deux campagnes sur les principaux bassins de production. Les deux tiers étaient mixtes et présentaient des combinaisons de production très variées avec des cultures, des granivores ou des bovins. Quatre grands types de conduite de la reproduction ont été observés avec des mises bas d’automne, d’hiver, de printemps ou fractionnés mais pas d’accélération. « La mortalité agneaux, à 18 %, est similaire à celle des systèmes conventionnels, ce qui est un peu élevé compte tenu des tailles de troupes et de la prolificité inférieure » commente Vincent Bellet du département économie de l’Institut de l’Élevage.

Globalement, les résultats technico-économiques sont légèrement inférieurs dans les exploitations bio qu’en conventionnel, ce qui s’explique par la moindre productivité des brebis et du travail, plus ou moins compensée par une moindre consommation d’intrants et une meilleure autonomie alimentaire. Au final, la production des agneaux bio présente un surcoût de six à onze euros selon les systèmes herbagers ou pastoraux et la rémunération permise par UMO était en moyenne de 0,8 smic contre 0,9 smic en conventionnel. Il y a dans les systèmes bios une forte corrélation entre la productivité autonome par brebis et le revenu par UMO. « C’est la base de tout raisonnement économique mais, avec la disponibilité de concentrés à bas coût, on avait un peu oublié cela, analyse Vincent Bellet. Aujourd’hui c’est plus que jamais une réalité, d’autant plus en bio vu le coût de l’aliment. » Le principal levier de rentabilité serait donc d’augmenter le volume d’agneaux produit sans utiliser de concentré.

Plus de temps disponible dans les élevages biologiques

Des bilans travail ont montré que le temps de travail moyen par brebis était plus élevé en bio qu’en conventionnel. Cela s’explique notamment car les systèmes bio ont globalement de plus petites troupes. Or, le travail d’astreinte par brebis diminue quand la taille du troupeau augmente avec les économies d’échelle. Mais paradoxalement, le temps disponible est plutôt supérieur en bio qu’en conventionnel. D’une part, les exploitations sont de plus petite taille, de plus elles ont plus recourt au salariat, et enfin elles réalisent globalement moins de travaux de saison (cultures, traitements, éponges…)

Un observatoire de la filière ovine Bio

Le projet Casdar Agneaux Bio a permis de commencer à constituer un observatoire de la filière ovine bio « organisée ». Porté par la vague de conversion des filières d’élevage vers le bio en 2015, le nombre de brebis viandes élevées sous le mode de production biologique a augmenté de 15 % par rapport à 2014 et près de 5 % du cheptel ovin serait bio. 468 éleveurs ovins bio adhéraient à une organisation de producteurs pour la commercialisation de leurs agneaux en 2015, soit un peu plus d’un tiers des éleveurs ovins bio. Cela représente 35 000 agneaux abattus, essentiellement en Auvergne, en Midi-Pyrénées et Limousin. Le pic d’abattage de ces agneaux est situé en mars-avril, après une période creuse de novembre à février. Leur prix moyen a été de 7,42 € en 2015 contre 6,8 € en conventionnel. Ils ont été écoulés à un tiers en magasins spécialisés, un quart en grandes surfaces, un quart en boucheries traditionnelles, 10 % dans la restauration hors domicile et 4 % en vente directe (ce dernier mode de commercialisation est plus répandu chez les éleveurs bio non adhérents d’OP). C’est au printemps et pour Pâques que la filière manque le plus d’agneaux. « Historiquement, il y avait une compensation entre les agneaux du sud et du nord mais cela n’a plus cours. Il y a une forme de concurrence entre les OP qui ont du mal à collaborer » ont commenté les participants.

Avis d’éleveur

" Utiliser moins d’intrants pour être mieux rémunéré "

" Je suis installé depuis 1978 avec des céréales et des ovins. En 1989, j’en ai eu marre de voir que quand la coopérative me payait les céréales, il ne me revenait quasiment rien à cause des prélèvements effectués pour payer tous les intrants qu’elle me fournissait. C’est ce qui m’a motivé à passer en bio, d’abord sur mes terres seulement, car la filière ovine bio n’était pas organisée à l’époque, puis en 2000 j’ai aussi converti l’atelier ovin. En 2008, je me suis associé avec une jeune éleveuse et nous avons agrandi la troupe ovine de 200 à 400 brebis avec 140 ha de prairies, céréales et protéagineux. Nous faisons pâturer au maximum des prairies, des légumineuses, des chaumes, des repousses de céréales… Nous atteignons une consommation moyenne de 350 kilos de matière sèche de fourrages et 190 kilos de concentrés par brebis. Nous avons des brebis bleues du Maine, la race locale de la zone qui est aussi une bonne brebis d’herbage, et romane pour la prolificité et désaisonner facilement. La productivité est de 1,2 agneau vendu par brebis, à 18 kilos en moyenne. Nous apportons directement les agneaux à l’abattoir et allons récupérer les carcasses pour livrer les bouchers auxquels nous vendons en direct au prix de 9 euros par kilo. Le transport et la commercialisation représentent une journée de travail par semaine pour une personne avec 350 km parcourus. "

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