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Des précautions sanitaires pour introduire un bélier

Tout achat ou introduction d’un mâle dans un troupeau comporte des risques sanitaires à court ou moyen terme. Mieux les connaître permet de les prévenir ou d’y faire face.

Très préconisée, la quarantaine n'est presque jamais réalisée. Le nouvel arrivant peut être placé avec des réformes pour ne pas qu'il soit trop isolé.  © L. Geffroy
Très préconisée, la quarantaine n'est presque jamais réalisée. Le nouvel arrivant peut être placé avec des réformes pour ne pas qu'il soit trop isolé.
© L. Geffroy

La gale du corps est à nouveau en expansion et depuis deux saisons, nombre d’éleveurs ont eu la mauvaise surprise de la voir apparaître suite à des achats de béliers, y compris dans des schémas où l’on n’y était pas habitué. C’est l’occasion de faire un petit point sur les risques inhérents à l’introduction d’un mâle dans le troupeau. Les béliers porteurs de la gale peuvent sembler parfaitement sains à leur arrivée, s’ils sont encore en incubation, ou juste « blanchis » par un traitement pas assez rémanent. Contre ce risque, la parade est l’injection de doramectine ou moxidectine à 1 %, par voie intramusculaire. Il faudra réaliser deux injections à 10 jours si le risque est avéré, une au minimum s’il ne s’agit que de précaution par rapport au transport ou à un bref contact en foire ou exposition… Attention : les injections sous-cutanées (y compris à l’oreille) et les traitements externes n’offrent pas la même garantie.

Une quarantaine de deux à trois semaines

Autre risque à court terme, l’introduction de piétin suppose que l’on vérifie les pieds dès l’arrivée… Au moindre doute, il faudra réaliser parage, soins locaux et double injection d’oxytétracycline longue action à deux jours d’intervalle. Pas de demi-mesures si l’on a la chance d’être épargné jusque-là ! Si les abcès caséeux et teignes n’ont pas la même gravité, inutile de prendre le risque de les introduire si l’on est indemne. On peut notamment vérifier la présence d’un éventuel abcès au niveau du cordon testiculaire par la palpation. Il faudra ensuite mettre l’animal en isolement, et appliquer des soins locaux jusqu’à guérison complète… Tout ceci suppose donc une petite quarantaine de deux à trois semaines : toujours préconisée, mais presque jamais réalisée ! Pourtant, ce n’est pas si difficile et si l’on ne veut pas voir le nouveau venu « péter les plombs » dans une case isolée, on peut le mélanger à un petit lot de réformes, ces dernières quitteront effectivement l’exploitation sans être réintroduites dans le troupeau.

Une longue liste de risques sanitaire à l’introduction d’un mâle

Cela dit, aucune quarantaine n’aura d’effet sur la border disease, les maladies abortives, la visna-maëdi ou la paratuberculose, maladies insidieuses qui peuvent pénaliser le troupeau à plus long terme. Ces affections plus ou moins courantes sont apportées par le mélange d’animaux en général et le rôle du bélier acheté est relativement mineur. Peu d’entre elles font l’objet de garanties : les OS des grandes races bouchères garantissent contre la visna-maëdi depuis plus de trente ans et l’OS Upra Lacaune gère la visna-maëdi et la border disease mais les autres races n’ont pas de programmes exhaustifs. Pour les plus fréquentes – visna-maëdi, border dans les régions de transhumance, chlamydiose et fièvre Q, salmonellose dans les zones d’endémie – il est très probable que les élevages acheteur et vendeur aient le même statut. Pour la chlamydiose, le portage par le mâle n’est pas pérenne : le risque n’existe que si l’on utilise tout de suite, en dépannage, un bélier qui saillissait dans le troupeau d’origine les semaines précédant son arrivée. Une injection simple ou double (à 48 heures d’intervalle) d’oxytétracycline limite fortement le risque. Le cas le plus délicat est celui de la paratuberculose. Heureusement, les races bouchères et la Lacaune sont largement épargnées et les Causses du Lot, historiquement touchées, vaccinent massivement. Dans les races à risque modéré, il faudrait connaître la situation réelle (en termes de mortalité) de l’élevage naisseur, sachant que la contamination par un éventuel mâle excréteur sera moins importante et rapide que par des brebis ou agnelles achetées… Mais il est impossible de gérer tous les risques : dans le cas de l’ecthyma et du cancer du sinus (Lacaune et Préalpes) par exemple, les béliers introduits peuvent être porteurs sans que rien ne puisse le déceler…

Le brassage génétique doit toujours l’emporter

Ces risques ne doivent cependant pas inciter à limiter les achats, voire à garder trop d’agneaux mâles « faits maison », en tout cas pour produire des agnelles ! À l’inverse de l’être humain, le mâle ovin vieillit mal, devient lourd, difficile à manipuler, voire dangereux, puis se déplace de plus en plus mal et ne compense pas en finesse intellectuelle… En outre, sa sexualité manque du discernement qui lui ferait éviter ses filles, petites filles… Certes, les marques de consanguinité flagrantes n’apparaissent que dans les petites troupes où seuls un ou deux béliers opèrent. Mais d’une manière générale, le brassage de gènes dit « hétérosis », garant de qualités d’élevage, de vigueur des jeunes et limitant l’impact des tares et fragilités diverses, suppose des apports extérieurs conséquents et répétés. Les notions de « bélier jetable », ou « éjaculateur précaire », à licencier au terme d’une ou deux campagnes, ont du mal à passer dans notre inconscient collectif où le mythe de l’améliorateur d’élite reste très présent. C’est pourtant fondamental dans les troupeaux et les races à petits effectifs et reste souhaitable dans les autres. Génétique et santé sont effectivement antagonistes dans le court terme, mais la nécessité du brassage doit toujours l’emporter, moyennant quelques précautions quant à la provenance, puis lors de l’introduction des béliers.

Brucella ovis : une maladie « inter béliers » stricte en Provence et dans les Pyrénées

Brucella ovis est une affection particulière aux mâles. Elle est toujours d’actualité dans sa zone de prédilection de Provence dans les grands troupeaux transhumants. Transmise essentiellement entre béliers, elle engendre des lésions des épididymes qui se révèlent gros, durs, et bosselés à la palpation : tête et queue de l’organe sont atteintes indifféremment et lorsque les deux côtés sont touchés, le pouvoir fécondant du bélier chute notablement. La vaccination anti brucellique avec la souche « Rev’1’» avait considérablement calmé cette affection, mais sans pouvoir l’éradiquer – à la différence de la brucellose classique. Seule véritable précaution lorsque l’on est indemne et désire le rester : connaître le statut du troupeau fournisseur. Car si ce dernier est contaminé, aucun test individuel ne pourra garantir que tel ou tel mâle soit hors de cause, la période d’incubation pouvant être longue et passer parfaitement inaperçue. Une fois la maladie bien installée, le choix se résume à deux solutions opposées : vivre avec, en compensant par un nombre supérieur de béliers, ou faire abattre la totalité de ces derniers à l’occasion d’une période inter-lutte un peu longue.

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