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De la peau aux gants

De l’animal vivant à la paire de gants en cuir que l’on enfile pour se protéger du froid l’hiver, la peau va passer par plusieurs stades faisant intervenir différents corps de métier.

Ils sont une vingtaine à exercer ce métier en France… Julien Perry est négociant en peaux. Il collecte des peaux dans les abattoirs partout en France, les trie et les revend. L’entreprise, dans la famille depuis quatre générations, compte six salariés et traite 90 000 à 120 000 peaux d’agneaux par an, ainsi que 45 000 cuirs bovins, 35 000 peaux de veaux, et 2 000 peaux de chevreaux. Les peaux arrivent déjà salées mais toutes mélangées. Stockées en chambre froide, elles vont être triées selon la race, le poids, la taille et la qualité, afin de fournir à ses clients des produits correspondant à leurs besoins.

« Les peaux trouées, griffées, malades ou sales sont mises de côté, explique le jeune chef d’entreprise. Sur les peaux d’ovins, on rencontre des problèmes de buissonnet pailleux : la paille de la litière peut rentrer dans la peau de l’animal et l’abîmer. Les machines qui tirent la peau à l’abattoir peuvent aussi faire exploser la peau par endroits si elle est un peu faible. Les rasons (peaux tondues) sont souvent déclassées également car la tonte crée des entailles sur la peau. En général, plus les peaux sont lainées moins elles sont belles sous cette laine. »

Un marché impacté par la géopolitique mondiale

Les peaux de moins bonne qualité partent à l’export, principalement vers la Chine ou la Turquie. Les agneaux fourrures (avec de la laine sur toute la peau) sont le plus souvent exportés vers la Turquie, où ils seront traités pour approvisionner le marché russe. Avec un tel marché mondialisé, les cours peuvent être très impactés par la géopolitique mondiale. Ainsi, en septembre, il était très difficile d’écouler les peaux de qualité moyenne à cause de l’embargo russe. La dévaluation du yuan a quant à elle rendu plus difficile l’export vers la Chine. De plus le gouvernement chinois a commencé à faire la guerre aux entreprises polluantes dont les mégisseries et tanneries qui pour certaines ont dû fermer. « Les peaux d’agneaux Lacaune sont particulièrement recherchées pour leur qualité, rappelle Julien Perry. Si elles ne sont pas abîmées, elles peuvent servir à la maroquinerie de luxe et à la ganterie en France. La fleur de la peau (coté poils) doit pour cela être parfaite, sans accroche. »

Les peaux sont rachetées par des tanneries-mégisseries qui vont les transformer en cuir. Elles sont d’abord délainées à l’aide d’une machine et subissent trempages et lavages successifs pour retirer la chair. Ces opérations appelées travail de rivière sont de plus en plus délocalisées, du fait des normes environnementales contraignantes. S’ensuit le tannage, processus chimique au cours duquel on va rendre la peau imputrescible par l’adjonction de tanins. Il reste une dizaine de mégisseries pour la ganterie et la maroquinerie de luxe en France mais elles font venir beaucoup de peaux d’Espagne, du Portugal ou du Maghreb à cause des cicatrices sur les peaux françaises.

Quatre à cinq heures de travail pour une paire de gants

Les gantiers rachètent les peaux aux mégissiers. « D’abord le cuir est humidifié puis talqué, explique Jean-Pierre Paillot, coupeur-gantier à Saint-Junien (Haute-Vienne), capitale française du gant de luxe. Cela permet de repérer s’il a des défauts. La peau est ensuite étirée, afin de dénerver et assouplir le cuir. Puis, je déborde le cuir pour enlever les ondulations. Le morceau de cuir coupé pour le gant ne doit plus s’allonger mais garder de la souplesse. Les deux gants d’une même paire doivent être coupés dans la même peau. » La forme du gant est ensuite découpée à l’emporte-pièce, avant de passer à la couture. Il faut quatre à cinq heure de travail pour réaliser une paire de gants.

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