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Le photovoltaïque agricole se réinvente

La puissance totale des installations photovoltaïques devrait quadrupler d’ici 2030 selon la feuille de route gouvernementale, ce qui laisse de la place aux agriculteurs producteurs d’énergies. Tous les voyants sont au vert : techniques à maturité, prix abordables, surfaces disponibles, rentabilité quasi assurée, garantie de prix en revente, banquiers favorables. L’équipement standardisé conçu pour n’importe quelle exploitation a de moins en moins d’avenir. La production photovoltaïque agricole adopte de multiples formes de valorisations économiques (revente intégrale, autoconsommation, partenariat agriculteur-investisseur), d’aménagements techniques (toiture, table au sol, tracker mobile, ombrière…) et de diverses puissances. Pour plus d’autonomie et pour ralentir le réchauffement climatique.

Le secteur agricole a l'opportunité de prendre sa part dans la développement de l'électricité solaire, pour lequel un quasi quadruplement des capacités est attendu d'ici 2028.
© P. Le Douarin

https://www.reussir.fr/volailles/comment-passer-lautoconsommation-photovoltaiqueSelon un rapport de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) paru en juillet dernier, en 2015 l’agriculture a produit 4,6 millions de tonnes d’énergies renouvelables en équivalent pétrole. L’électricité photovoltaïque y pèse à peine 2 % (0,08 Mtep), bien que toutes les exploitations agricoles disposent de surfaces de toiture ou d’une part de foncier non agricole potentiellement utilisables.

Trois intérêts à investir dans le photovoltaïque

Trois éléments poussent à envisager sérieusement l’opportunité de devenir producteur d’électricité. Les coûts du kilowatt crête installé (kWc) ont beaucoup baissé depuis dix ans (-80 % entre 2009 et 2019), de sorte que le coût de revient du kilowattheure kWh autoproduit a atteint le prix du kWh acheté à partir de 2017 au sud de la Loire (un peu plus tard au nord). Dans le même temps, les banques sont devenues de moins en moins réticentes à financer des projets de moins en moins onéreux. Selon la dimension d’un équipement posé sur toiture, il faut compter de 1,15 à 1,20 euro par watt crête (Wc) avec une unité de 15-20 kWc, jusqu’à 0,85 €/Wc avec une unité de 100 KWc. Avec un projet bien conçu, les taux de rentabilité interne varient de 4 à 6 % en moyenne avec un temps de retour sur investissement de neuf à treize ans. Enfin, le kWh acheté est en hausse constante. En dix ans (2007-2017), son prix moyen est passé de 8 à 12 centimes. En produisant lui-même, l’agriculteur peut obtenir un prix nettement inférieur, surtout après l’amortissement comptable d’un matériel fonctionnant une trentaine d’années sans grande perte de rendement. Pour le moment, le secteur agricole n’est pas plus incité que d’autres à s’équiper. Les projets s’inscrivent dans le dispositif public en place depuis les années 2000 et refondu en 2017, suite à la loi sur la transition énergétique votée en 2015. En revanche, l’arrêté du 9 mai 2017 a vraiment rebattu les cartes en élargissant la gamme des possibilités, jusqu’à la puissance installée de 100 kWc qui garantit un tarif d’achat sur vingt ans. Au-delà de cette limite (qui pourrait passer à 500 kWc prochainement), l’investisseur entre dans les dispositifs des appels d’offres à prix proposés.

Plusieurs solutions de valorisations possibles

Sous la barre des 100 kWc, trois valorisations sont possibles : la vente totale, l’autoconsommation totale ou bien l’autoconsommation avec vente du surplus. Avec la revente, l’approche est avant tout économique. La rentabilité peut être affectée par le coût de raccordement et par la rénovation s’il s’agit d’un bâtiment existant. Quant à l’autoconsommation, totale ou partielle, elle impose de se questionner sur sa consommation électrique pour bien dimensionner. Elle exige une étude de faisabilité, selon le niveau et l’évolution de la consommation à différentes échelles (jour-nuit, mois, saison). Dans certains cas de consommation très contrastée, la revente intégrale peut être plus intéressante. Avec une installation dimensionnée pour que l’investissement reste rentable, les économies de facture dépassent rarement 25 à 30 %. Enfin, la troisième solution est une installation pour laquelle l’agriculteur n’investit pas directement, mais met un terrain à disposition. En contrepartie, l’investisseur cède l’usufruit du bâti (souvent hangar de stockage), pouvant être assorti d’un bail de location, ou encore d’un bail emphytéotique au terme duquel l’agriculteur deviendra propriétaire de l’installation. Cette option se développe notamment sur les projets « agrivoltaïques », qui permettent de faire cohabiter les deux activités, sachant que le solaire seul est interdit sur terrain agricole. Plusieurs projets avicoles sont en cours chez Technique solaire et Voltalia. Au bout du compte, l’intérêt de tous ces projets raisonnés sur vingt à trente ans est d’augmenter l’autonomie énergétique des exploitations et de contribuer concrètement à la transition énergétique. Ils ont aussi l’immense avantage de ne pas ajouter de charge de travail.

« Passer de 9,6 Gigawatts installés en solaire fin 2019 à 35-44 GW en 2028 »

« Le solaire couvre 2,5 % de l’électricité consommée en 2019-2020 »

Vers une baisse rétroactive des tarifs garantis ?

Pour économiser 600 millions d’euros en régime de croisière, le ministère des Finances envisage de renégocier à la baisse les tarifs des contrats d’achat passés avant 2011, mais cela ne concernerait pas les agriculteurs. Garantis vingt ans, ces tarifs avaient été fixés pour stimuler le solaire « quoiqu’il en coûte ». La Cour des comptes avait dénoncé cette situation en 2018, précisant que « 0,7 % du mix énergétique bénéficierait de 2 milliards d’euros de garanties par an jusqu’en 2030 ». Cette marche arrière envoie un signe négatif aux financeurs estime le syndicat des énergies renouvelables. Ils pourraient prêter plus cher, ce qui dégraderait la rentabilité. Dans ces conditions, la feuille de route énergétique risque aussi d’avoir du plomb dans l’aile. Au même moment, le budget 2021 du ministère de la transition écologique prévoit six milliards d’euros pour les énergies renouvelables, en hausse de 25 %.

 

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