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« Nous misons sur le maïs ensilage et un travail efficace »

Au Gaec Cadro, en Loire-Atlantique. Des marais et terres séchantes, 110 vaches à traire…pour bien vivre de leur métier, les associés ont mis en place un système basé sur le maïs ensilage et pas trop chronophage.

Hervé Cadro et son frère Pierre-Yves sont installés à Assérac en Loire-Atlantique. Une région proche de la mer et avec beaucoup de surfaces en marais. « Ici, il y a une forte concentration en élevages parce que les marais limitent la concurrence entre l’élevage et les cultures », décrit Hervé Cadro. Un bon point pour la dynamique laitière, l’entraide et la Cuma dont il est président. Mais cette caractéristique n’a pas que des avantages. Sur 120 ha de SAU de l’exploitation, 50 ha ne sont pas labourables : 30 ha sont des marais et 20 ha sont des prairies louées au conservatoire du littoral. Ces 50 ha de prairies ont un potentiel limité aggravé par des conditions séchantes.

« À partir du 15 mai, il n’y a généralement plus d’herbe à pâturer. » Au final, les 15 ha de prairies mis à disposition des vaches comptent peu dans leur ration annuelle (500 à 700 kg MS/VL/an). « Nous avons 15 hectares de prairies de l’autre côté des marais à 750 mètres, mais nous ne les faisons pas pâturer parce que les paddocks sont parfois inaccessibles ou cela prendrait trop de temps pour aller chercher les vaches. » Pour pallier la faible disponibilité en herbe pâturable, les 110 prim’Holstein du troupeau consomment au minimum 9 kg de matière sèche d’ensilage de maïs durant la saison de pâturage. Quand il n’y a plus d’herbe à pâturer, l’ensilage de RGI prend le relais.

Au minimum 9 kg MS d’ensilage de maïs

 

 
La stabulation a été allongée de 30 m côté vaches pour pouvoir accueillir 116 logettes et 112 places aux cornadis. La partie dédiée aux génisses a été ajoutée côté sud. © F. Mechekour

 

Pour autant, le recours au zéro pâturage pour les vaches n’est pas d’actualité. « Les vaches apprécient de sortir. Nous gagnons du temps sur le nettoyage des logettes », argumentent les éleveurs. L’option affouragement en vert a été écartée. Une ancienne Taarup et une chargeuse automotrice achetée d’occasion 1 500 euros restent finalement sous un hangar. « Affourager prend trop de temps et ça coûte cher. »

La recherche d’efficacité du travail a cependant amené les associés à opter pour le zéro pâturage pour les génisses. Présentes dans le même bâtiment que les vaches traites, une fois sevrées (vers 12 semaines), elles consomment de la paille et des granulés – maximum 3 kg distribués en deux fois – jusqu’à l’âge de 3,5 à 4 mois. Puis elles passent progressivement à une ration à base de foin complété par de l’ensilage de maïs (3 kg MS/j) et du tourteau de colza (800 g/j) jusqu’au vêlage. « Distribuer leur ration prend dix minutes tous les matins. Nous paillons les box trois fois par semaine. Nous les curons tous les deux mois. Quand nous soignons les vaches, nous pouvons en profiter pour observer les génisses. »

Cinquante hectares de maïs semés très tôt

Compte tenu des caractéristiques de l’exploitation, le maïs ensilage occupe une place centrale pour assurer l’autonomie en fourrages de l’élevage. Une cinquantaine d’hectares sont semés chaque année (indice de précocité de 300-310). « Cette surface nous convient en termes de charge de travail. » Les terres étant séchantes, le maïs est semé le plus tôt possible en avril. Pour parvenir à le semer tôt, le RGI implanté en dérobé (30 ha) est ensilé (2 t MS/ha) lors de la deuxième quinzaine de mars.

Mais la prévalence du maïs dans la ration des vaches a un bémol. « Le manque de surfaces cultivables nous oblige à faire du maïs sur maïs sur les mêmes parcelles », regrettent les éleveurs. Une situation d’autant plus inconfortable que l’avenir de la monoculture du maïs dépend de l’évolution de la réglementation européenne. « Si la PAC nous oblige à faire des rotations, il faudra diviser la surface de maïs par deux et compenser par des achats d’ensilage de maïs ou irriguer. » 

L’irrigation pour améliorer la résilience de la ferme

L’irrigation est un levier de résilience important pour le Gaec. « L’irrigation représente du travail. Mais c’est intéressant parce que vous voyez rapidement son impact positif sur la culture. C’est mieux pour le moral que de voir une parcelle grillée », expose Hervé Cadro. Ce serait un moyen efficace pour augmenter les rendements en ensilage de maïs. « Nos rendements tournent autour de 14 t MS/ha, mais seulement 10 à 11 t MS/ha cette année. Avec de l’irrigation, nous pourrions les augmenter de 2 à 5 t MS/ha. Cela nous permettrait de libérer de la surface pour implanter plus de prairies ou de la luzerne et donc d’améliorer notre autonomie en protéines. »

Un projet d’irrigation collective avec la communauté de communes et la chambre d’agriculture vient de débuter. « Nous avons identifié un site où il serait possible de faire une retenue collinéaire. Une étude commence pour vérifier la faisabilité d’un point de vue technique et économique et afin de savoir s’il est possible d’y associer plusieurs exploitations », précise Jean-Claude Huchon.

Si l’irrigation est considérée comme indispensable, la culture de luzerne ne l’est pas. Hervé et Pierre-Yves Cadro ne perdent pas de vue l’impact de cette culture sur le temps de travail. « Nous en avons cultivé cinq hectares de 2009 à 2014. Certaines années, nous faisions jusqu’à six coupes et tout en enrubannage. C’était coûteux et cela représentait beaucoup de travail. Si nous devions réimplanter de la luzerne, peut-être que nous partirions sur trois récoltes par an dont deux en ensilage et une en foin. Il faudrait faire un chantier de récolte d’au moins dix à quinze hectares à chaque fois afin de ne pas se mobiliser pour pas grand-chose. »

Délégation à une ETA et une Cuma dynamique

Pour ne pas être débordés, Hervé et Pierre-Yves Cadro délèguent par ailleurs certains travaux de culture à une ETA. C’est notamment le cas des labours, semis, ensilages et de la moitié des épandages du lisier. « Cela nous permet de nous recentrer sur le troupeau. Déléguer les travaux à une ETA, c’est rentable surtout lorsque vous la faites intervenir dans des grandes parcelles pas trop éloignées. »

Par ailleurs, les associés adhèrent à une Cuma sans salarié. « Nous sommes dix-sept adhérents. Nous avons une large gamme de matériel : deux épandeurs à fumier, deux faucheuses dont une conditionneuse, deux presses à balles rondes, un semoir à maïs, deux rouleaux cultipacker, un décompacteur, un pulvé, une bineuse, deux remorques et une bétaillère », liste Hervé Cadro. Là aussi, tout est fait pour optimiser le temps de travail. « Quand nous fauchons du foin, nous prévoyons un chantier de trente à quarante hectares à chaque fois pour ne pas perdre trop des temps à aller chercher le matériel à la Cuma. »

Du croisement et moins de génisses élevées

 

 
La salle de traite 2x9 simple équipement mise en route en 2010. L’option robot a été écartée à cause de son coût. Pour saturer les deux robots, il aurait fallu plus de vaches et donc produire plus de maïs. © F. Mechekour

 

La partie troupeau n’échappe pas à la logique des deux frères. Les chaleurs des vaches et génisses sont détectées à l’aide de l’outil de monitoring SenseHub. « C’est le top. Nous appelons l’inséminateur dès que nous recevons une alerte chaleurs même si nous n’avons pas vu la vache en chaleur. » Et si Hervé Cadro aime la « génétique », il n’entend pas pour autant participer à des concours. « Cela prend trop de temps. »  En revanche, le Gaec a recours au génotypage depuis 2013. Aujourd’hui tout le troupeau est génotypé. « Grâce au génotypage, le potentiel génétique du troupeau à bien progressé, notamment en taux. C’est aussi un bon moyen pour élever moins de génisses et donc diminuer notre charge de travail. »

Concrètement, les vingt meilleures génisses sont inséminées avec de la semence sexée. La dizaine de génisses restantes est inséminée en race pure mais avec de la semence conventionnelle. Une dizaine de vaches sont également inséminées en race pure. Les autres sont croisées avec de l’Inra95. Ainsi, sur 110 vêlages par an, 30 donnent naissance à des femelles prim’Holstein et le reste à des veaux croisés viande. « Il y aurait moyen de diminuer encore la part des naissances de femelles prim’Holstein pour réduire le taux de renouvellement autour de 20 à 25 % plutôt que 30 % actuellement », suggère Jean-Claude Huchon. Le croisement viande rime aussi avec plus-value sur le prix de vente des veaux. « Les veaux croisés partent autour de 200 euros pour les femelles et 300 euros pour les mâles. Un très bon Holstein vaut actuellement autour de 70 euros », précise Hervé Cadro.

Le système mis en place par les deux frères correspond à leurs attentes en termes de temps et confort de travail mais aussi de revenu. L’objectif de prélèvement privé compris entre 2 100 € et 2 300 € par mois est atteint. Le manque de visibilité sur l’évolution des charges est le seul véritable bémol identifié par Hervé et Pierre-Yves Cadro. La qualité du maïs récolté cette année et les conditions climatiques de l’été prochain interrogent également. Mais pas au point d’atteindre leur capital de sérénité, surtout si le projet d’irrigation se met rapidement en place. 

Chiffres clés

841 900 l de lait livrés
110 prim’Holstein à 7 654 l de moyenne économique
118 ha de SAU dont 38 ha de maïs ensilage, 75 ha d’herbe et 5 ha de blé
Chargement 1,3 UGB/ha de SFT
2,61 UMO dont 0,64 salariée

Les veaux restent avec leur mère pendant 8 à 15 jours

 

 
Les veaux restent avec leur mère 8 à 15 jours en pâture ou dans un box paillé en hiver. Ils sont systématiquement ramassés le mardi. © F. Mechekour

 

« Pour répondre à nos attentes en termes de qualité de vie, ma femme a quitté le Gaec en décembre 2018 », indique Hervé Cadro. Le passage à deux associés avait été anticipé avant son départ. Il a été partiellement compensé par l’arrivée d’un apprenti. La simplification de l’élevage des veaux faisait partie des solutions mises en place. « Nous laissons tous les veaux avec leur mère pendant huit à quinze jours. Nous les ramassons tous les mardis. » Les mâles sont vendus. Les femelles Holstein pures vont en nurserie. « Le ramassage du mardi limite le travail pour celui qui est d’astreinte le week-end (du vendredi soir au lundi matin). Les veaux femelles ont le temps de s’habituer au DAL avant le week-end. »

L’idée est venue après avoir tenté sans succès d’élever des veaux avec des vaches nourrices. « Nous avions parfois trop de veaux. Ce n’était pas toujours simple de les faire adopter et quand ils partaient, nous ne savions plus quoi faire des vaches. »

Deux ans et demi après son adoption, le bilan est positif.  « Cela n’a pas eu d’impact sur les cellules. Les démarrages en lactation sont moins hauts. Mais la production laitière par vache est restée quasiment identique, peut-être grâce à la qualité des fourrages. Les vaches sont en meilleure forme. Nos frais vétérinaires ont diminué parce qu’il n’y a plus de problème de diarrhée avec les veaux. »

Côté bémol, le ramassage des veaux peut s’avérer fastidieux, surtout lorsqu’il s’agit de manipuler les veaux croisés (Holstein x Inra 95) de 15 jours. « Quand les vaches sortent, s’il y a plusieurs veaux à récupérer, nous ramenons tous le troupeau dans le bâtiment et les veaux suivent leur mère. Nous en profitons pour les mettre dans une case. »

Le beuglement des mères à qui le veau a été retiré est également un inconvénient. « Heureusement qu’il n’y a pas de voisins à côté de la ferme. »

Avis d'expert : Jean-Claude Huchon, chambre d’agriculture des Pays de la Loire

« Simplifier le travail et prélever 36 000 euros par an »

 

 
Jean-Claude Huchon, chambre d’agriculture des Pays de la Loire. « Simplifier le travail et prélever 36 000 euros par an » © F. Mechekour
« Depuis la création du Gaec, les associés ont des priorités : maîtriser le temps, la pénibilité du travail et prélever 36 000 euros par an environ. La simplification des tâches, du système, les équipements et la délégation permettent d’atteindre les objectifs de travail. Les associés travaillent chacun environ 2 300 heures par an contre 2 500 heures pour le groupe. Les pratiques d’élevage, le type de logement et le suivi font que les frais de paillage et vétérinaire sont réduits. La dilution des charges de structure permet d’atteindre un EBE de plus de 190 €/1 000l et 72 000 €/UMO. Le Gaec Cadro fait partie d’un collectif de douze élevages laitiers en réflexion face aux enjeux de la transition énergétique et du changement climatique. Son empreinte carbone est plutôt faible avec 0,71 kg équivalent CO2 par litre de lait produit. Pour le Gaec, en secteur séchant, le levier principal concerne la mise en place de l’irrigation collective à l'étude actuellement avec en complément, l’allongement des rotations, la diminution des surfaces en maïs en ensilage, de la quantité de correcteur achetée et du nombre de génisses élevées. »

 

 

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