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Une production laitière vietnamienne en plein développement

Face à une consommation de produits laitiers multipliée par quarante en vingt ans, le Vietnam met en place des mégafermes pouvant aller jusqu’à 30 000 vaches tout en soutenant
les petites exploitations.

« La consommation de lait n’est pas dans les traditions vietnamiennes, et jusqu’à récemment, il y avait très peu de production, souligne Guillaume Duteurtre, du Cirad(1). Pourtant, depuis vingt ans, avec l’urbanisation et l’élévation du niveau de vie, la demande en produits laitiers du pays s’est peu à peu développée et elle explose aujourd’hui. » La consommation par habitant et par an a bondi de 1,4 kg en 1990 à 8,4 kg en 2000 et à près de 15 kg aujourd’hui. En vingt ans, la consommation du pays est ainsi passée de 34 000 tonnes à près de 1,3 million de tonnes, essentiellement sous forme de poudre de lait infantile, de lait pasteurisé et de yaourts.
Jusqu’en 2000, près de 95 % des besoins étaient couverts par l’importation de poudre de lait et lait concentré en provenance d’Europe, de Chine, de Nouvelle-Zélande et d’Australie. De grandes compagnies comme Nestlé, Friesland Campina, 3A ont ainsi pénétré le marché vietnamien avec de la poudre de lait.
À l’explosion de la demande s’est ajoutée une politique volontariste de développement de la production. Après la phase de collectivisme de 1954 à 1986, une politique de développement agricole basée sur l’agriculture paysanne a été engagée, avec une redistribution des terres aux familles. L’objectif dans un premier temps était de réduire la pauvreté en milieu rural. Puis, en 2001, pour réduire sa dépendance aux importations de lait, une politique nationale de développement de la production laitière a été engagée. En dix ans, le cheptel national est passé de 35 000 vaches à 130 000 vaches et la production de 70 000 tonnes à plus de 300 000 tonnes.

Deux vaches sur 0,6 hectare pour les petites exploitations

Le modèle d’exploitation dominant est un modèle très social de petites fermes familiales très intensives, exploitant en moyenne 0,6 hectare et cultivant de l’herbe à éléphant utilisée comme fourrage. En 2011, le cheptel moyen par exploitation était de deux vaches et 1,7 veau, essentiellement issues du croisement de la Holstein avec les races locales. Peu de fermes ont plus de cinq vaches et, en 2011, la plus grande exploitation familiale, située près de Saïgon, détenait 150 vaches laitières. La production par vache est d’environ 10 litres par jour. Le lait est collecté par des industriels comme la société vietnamienne Vinamilk ou la société hollandaise Friesland Campina.
On estime à 20 000 le nombre de petites exploitations vivant directement de cette activité. Deux tiers sont situées dans le Sud du Vietnam, un tiers dans le Nord où avaient été créées les anciennes fermes d’État mises en place pendant la période collectiviste. En 2010, environ 95 % de la production nationale de lait était encore assurée par ces petites exploitations et seulement 9,3 % du cheptel national était détenu par des fermes de plus de vingt vaches. « Toutes les régions n’ont toutefois pas réussi à appliquer la politique nationale de développement de la production laitière, souligne Jean-Daniel Cesaro, géographe au Cirad. Sur les 708 districts que compte le pays, quatorze seulement ont plus de 1000 vaches laitières. Et neuf districts représentent 70 % de la production nationale de lait frais. »

Des mégafermes très intensives dans le Nord du pays

Le modèle des petites exploitations ne parvenant pas malgré tout à répondre à une demande croissante, et suite aussi au scandale de la poudre de lait à la mélanine importée de Chine, qui amène les consommateurs à se tourner vers le lait local, une nouvelle stratégie a été lancée par le gouvernement vietnamien en 2009. Selon Hoang Vu Quang, chercheur vietnamien qui collabore avec le Cirad, l’orientation cette fois a été de soutenir les très grandes fermes laitières, tout en poursuivant l’appui aux petites exploitations.
Depuis, un certain nombre de grandes compagnies (Vinamilk, THmilk, Dutchlady, Moc Chau milk) se sont lancées dans la mise en place de mégafermes laitières très intensives, principalement au Nord du pays. Vinamilk, leader du secteur, a développé cinq fermes de 1 000 à 3 000 vaches chacune, soit au total 8 800 vaches produisant 24 500 tonnes de lait par an. Cette production toutefois ne représente que 16 % du lait transformé par Vinamilk qui collecte par ailleurs 460 tonnes par jour de lait auprès de milliers de petits producteurs. La société projette donc de créer trois nouvelles mégafermes, dont une de 25 000 vaches en 2 016.
THmilk, société privée créée fin 2010, a également mis en place une mégaferme de 30 000 vaches laitières et veut passer à 110 000 vaches en 2016. Techniquement soutenue par la société israélienne Afimilk, THmilk dispose aussi d’une usine de transformation d’une capacité de 200 000 tonnes de lait par an. Ces mégafermes reposent sur d’énormes stabulations, sur la mécanisation et sur l’importation d’une grande partie de l’alimentation des animaux. THmilk importe ainsi de la luzerne déshydratée des États-Unis par bateau. L’objectif du gouvernement vietnamien est de couvrir 50 % des besoins avec ce nouveau modèle de production d’ici 2020.

Chiffres clés

• 90 millions d’habitants
• 15 litres de lait consommé par habitant par an
• 20 000 petites exploitations laitières
• 130 000 vaches laitières
• 330 000 tonnes de lait produites
• 70 % du lait importé

 

(1) Lors des premières rencontres internationales sur « Le lait vecteur de développement » à Rennes, du 21 au 24 mai 2014, organisées par l’Inra-Agreenium en collaboration avec le Cirad et Agrocampus Ouest.

« L’émergence des mégafermes questionne le futur de la production »

 

« En 2014, l’autonomie en lait du Vietnam a atteint 30 %, explique Guillaume Duteurtre, chercheur au Cirad. Toutefois, le développement des mégafermes pose de nombreuses questions. Comment les salles de traite doivent-elles évoluer face à ces changements de politique et de marché ? Les mégafermes sont-elles assez performantes et permettront-elles au pays d’atteindre l’autosuffisance ? Les premières enquêtes montrent que les petites exploitations de polyculture-élevage dégagent plus de valeur ajoutée par vache et par hectare que les mégafermes. Celles-ci sont par ailleurs très sensibles aux variations des cours des matières premières car elles ne sont pas autonomes au niveau de l’alimentation. On peut aussi s’interroger sur la durabilité de ces mégafermes, tant au niveau de l’utilisation des terres — alors qu’il y a peu de terres disponibles pour les familles paysannes — que de la gestion des effluents ou encore de l’utilisation de l’eau en période sèche. Enfin, ces mégafermes ont aussi un impact sur la balance commerciale du pays. Le Vietnam importe aujourd’hui autant de matières premières pour le bétail qu’il exporte de riz, alors qu’il est le deuxième producteur mondial de riz. »

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