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Produire plus en montrant patte blanche environnementale

La filière laitière néerlandaise veut être productive et durable en s’imposant sur les marchés avec l’image d’un aliment naturel issu de vaches qui pâturent.

La moitié des éleveurs néerlandais risquent de dépasser leur quota phosphore basé sur le cheptel présent en 2014.
La moitié des éleveurs néerlandais risquent de dépasser leur quota phosphore basé sur le cheptel présent en 2014.
© J.-M. Guernion/archives

Comme d’autres pays du Nord de l’Europe, la filière laitière néerlandaise plaide depuis des années pour la fin des quotas laitiers jugés trop coûteux en termes d’achat de litres supplémentaires (jusqu’à 2 €/l certaines années) et de pénalités de dépassement. Dès 2006, 73 % des 4100 éleveurs enquêtés par le syndicat majoritaire LTO se montraient favorables à une sortie en douceur du contingentement via une hausse progressive des références. 16 % voulaient en finir aussi vite que possible. Seuls 11 % souhaitaient leur maintien. Ces dernières campagnes, les rallonges accordées par l’Union n’ont pas suffi. En 2013, les Pays-Bas ont dépassé leur quota de 5 %. Ils s’acheminent vers une hausse de 4 % en 2014 et de 3 % en 2015. La prévision la plus optimiste chiffre l’augmentation de la collecte à 20 % en 2020 comparé à 2010, année où la production avait atteint 11,8 milliards de litres. « Le potentiel maximum annuel se situe autour de 13 à 14 milliards de litres par année, guère plus. Il retrouverait ainsi son niveau de 1983 lors de l’instauration des quotas », évalue Klaas Johan Osinga, du département

Un potentiel de 13 à 14 milliards de litres par an, guère plus

Les coopératives qui contrôlent 80 % des volumes transformés ne mettent pas de frein à l’envie des producteurs. Hormis une fromagerie produisant des spécialités (Rouveen - 250 producteurs) qui a choisi un système de double prix, toutes les autres (privées comprises) estiment que leur rôle est de traiter tout le lait apporté par leurs membres. « Les relations entre industriels et producteurs sont basées sur la confiance. Il n’y a pas de tradition de contrats écrits. Aucune OP n’a été créée et personne n’en créera. Ce sont les variations de prix qui vont piloter la production. Les éleveurs accepteront de gérer la volatilité sur le court terme car ils pensent qu’il faut passer par là pour que l’entreprise connaisse un développement à long terme », analyse Nico von Opstal, conseiller agricole à l’ambassade des Pays-Bas à Paris.

Sortir le troupeau 6 heures par jour, 120 jours par an

Vingt-deux des vingt-trois entreprises que compte le pays - Friesland qui collecte 75% du lait néerlandais en tête - veulent enfin profiter pleinement de la hausse de 2,5 % en moyenne par an de la demande mondiale en produits laitiers. Sur la période 2013-2015, elles ont investi 2 milliards d’euros pour agrandir ou construire de nouvelles usines aux Pays-Bas. Elles continueront de miser sur ce qu’elles savent faire de mieux : les fromages. Ils absorbent déjà 55 % des volumes produits dans le pays et représentent le principal poste d’exportations vers 137 destinations à travers la planète. Ils présentent également un autre avantage : celui de connaître des variations de prix moindres que les autres produits laitiers. Les industriels puisent le reste de leur confiance dans le fait qu’ils s’appuient sur des outils flexibles et un mix produits qu’ils jugent bien diversifié, un climat et des sols favorables à la production.

Ces conditions doivent désormais servir l’image des produits laitiers « made in Netherlands ». Les industriels se sont engagés à présenter un bilan carbone neutre, à produire en respectant la santé et le bien-être animal, la biodiversité et l’environnement. Les éleveurs participent à tenir ces promesses. Il est demandé aux 75 à 80 % des élevages qui pratiquent toujours le pâturage de persévérer en sortant leur troupeau au minimum six heures par jour pendant au moins 120 jours par an. À la clé, une prime de 5 à 10 €/1000 l financée par des prix de vente plus élevés et les pénalités infligées aux éleveurs dérogeant à la pâture. Formation et appui technique sont proposés à plus de 500 éleveurs intégrant la pâture à leur système et/ou à la traite robotisée. Cette démarche se répercutera sur les livraisons estivales.

Le frein de la norme phosphore

La nouvelle réglementation applicable à la dose de phosphore pouvant être épandue par hectare freine les ambitions de développement des exploitations. Jusqu’à présent, les prairies pouvaient recevoir un maximum de 80 kg/ha de P et les terres labourées 60 kg/ha. Ces doses étaient cependant susceptibles d’être réduites en cas d’apports plus importants par la ration distribuée. En 2014 par exemple, le climat a favorisé la minéralisation et a été l’origine d’une hausse de 10 % en moyenne de la teneur en phosphore des fourrages grossiers. Depuis le printemps 2015, un quota phosphore a été notifié à chaque exploitation sur la base du cheptel présent en 2014. La distribution de concentrés pauvres en phosphates est une solution technique qui suscite l’intérêt de beaucoup d’exploitants. L’octroi d’un volume de 20 kg/ha de P donne une petite marge de manœuvre aux candidats à l’augmentation des livraisons.

Mais au-delà, chaque éleveur devra pouvoir lier l’augmentation de sa production de phosphore à la disponibilité en surfaces supplémentaires alors que le foncier agricole est denrée rare et chère. Le cabinet de conseil DLV Rundvee Advies estime qu’à ration inchangée en 2015, 48 % des élevages laitiers néerlandais risquent de dépasser leur quota phosphore cette année et seront donc contraints de le faire transporter sur des surfaces d’épandage éloignées.

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