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"L'erreur serait de ne pas faire de prévisionnel"

À l'EARL des Fresnes, en Seine-Maritime, Philippe Levavasseur fait lui-même sa prévision et son suivi de trésorerie, avec une simple feuille Excel. Il détaille les solutions mises en œuvre.

Depuis neuf ans que je suis installé, je n'ai jamais placé d'argent de côté. Soit les prix de vente étaient trop faibles, soit je profitais des meilleures périodes pour moderniser l'exploitation", plante l'éleveur, à la tête d'une exploitation de 200 hectares, dont un peu moins de la moitié en surface fourragère avec 105 vaches (1 million de litres), leur suite, des taurillons et un atelier grandes cultures (blé, orge, betterave sucrière, lin, colza). L'EARL unipersonnelle embauche trois salariés à temps plein, partiellement le père de Philippe et un apprenti.

Philippe Levavasseur a deux rendez-vous par an avec son banquier pour faire le point sur la situation de l'exploitation et ses projets d'investissement. "Avoir des salariés me libère du temps pour piloter l'exploitation. Je passe 2,5 jours par semaine au bureau, car je ne délègue aucune tâche administrative ou comptable. Des tâches techniques, je peux en déléguer. Mais le prévisionnel et le suivi de trésorerie, ça ne se délègue pas !"

Le suivi de trésorerie, ça ne se délègue pas

En ce début d'année 2016, Philippe Levavasseur reconnaît que cela fait six mois que le trésorerie est tendue. "Aujourd'hui, l'EBE prévisionnel sort à 190 000 euros, ce qu'il faut pour couvrir les annuités. Mon objectif, pour un fonctionnement normal de l'exploitation et me rémunérer 1,5 Dmic, est de faire un minimum de 240 000 euros d'EBE."

Quand Philippe Levavasseur sent que la période va être difficile, il anticipe le suivi de trésorerie avec un fichier qu'il créé sur Excel. "On se plante forcément sur la prévision de trésorerie, mais l'erreur serait de ne pas faire de prévisionnel. L'intérêt de ce pilotage est de chercher des solutions pour combler un trou, éviter le coup de fil de sa banque, ne pas payer d'agios. Faire un prévisionnel peut éviter de devenir un mauvais payeur. Une situation qui rend toute relation avec sa banque et ses fournisseurs compliquée, et toute solution très coûteuse." Savoir comment les dépenses et les recettes sont réparties sur les mois, permet aussi de faire de bons coups, même en situation de trésorerie tendue. "J'ai pu contractualiser quatre camions d'aliments pour profiter des prix bas."

Pour réaliser le prévisionnel, l'éleveur part du solde bancaire le jour de sa prévision, puis à chaque ligne, il saisit les recettes et les dépenses prévues dans le mois. Pour évaluer les recettes mensuelles, l'éleveur réalise un prévisionnel de production laitière, sur une autre feuille Excel. "Pour le prix du lait, je renseigne sur les trois-quatre mois à venir un prix, en fonction de ce qu'on entend dire sur la tendance des marchés."

Répartir les remboursements d'emprunt et les factures à régler

Du côté des dépenses, l'éleveur part du tableau des emprunts. L'EARL a 192 000 euros d'annuités au total. "Je préfère payer en annuités et pas en mensualités, pour être plus libre les mois où il n'y a pas de remboursements. La plupart des remboursements tombent en décembre, janvier, février et mars. J'évite le printemps, où il y a beaucoup de sorties d'argent pour faire les mises en terre."

Puis, il reprend les sommes réglées et celles à régler dans le mois. "Je repère les factures que je peux différer ; c'est toujours ça de gagné. Ce sont souvent des petites factures, auprès de fournisseurs chez qui je vais régulièrement. Je les regroupe et je règle d'un coup plus tard. Ils acceptent car j'ai toujours honoré mes engagements. Et quand il y a une grosse facture, je la règle rapidement."

Au 3 janvier, le prévisionnel à fin janvier est à - 81 000 euros. "L'EARL a un découvert autorisé de 50 000 euros. À mon installation, il était de 27 000 euros. Je l'ai négocié, en fonction du chiffre d'affaires mensuel, des flux de trésorerie."

Pour éviter de dépasser le découvert autorisé, l'éleveur appellera ses coopératives, de lin et de céréales, pour obtenir une avance de trésorerie. La coopérative laitière ne fait pas d'avance. Le réglement de la vente de lait arrive le 12 du mois.

J'ai destocké du blé plus tôt que prévu

Philippe Levavasseur va avancer le paiement de son blé. "Mon blé est stocké à la coopérative. D'habitude, je débloque ce contrat en prix moyen en mars. J'ai demandé le déblocage en janvier, car il faut faire entrer de la trésorerie. Je perds l'occasion de gagner quelques majorations, mais tant pis, je n'ai pas le choix."

L'éleveur utilisera aussi le reste de son "billet de trésorerie". "J'ai 50 000 euros de réserve disponible. C'est du crédit très court terme (moins d'un an), dont le taux est en ce moment à 1,59%. Quand j'en ai besoin, j'envoie une demande par mail, et je donne une échéance. Je peux rembourser par anticipation par tranche de 10 000 euros." 

L'éleveur a des "prêts à piloter". "Ca ne coûte pas plus cher qu'un prêt classique, et on peut majorer ses remboursements et donc réduire la durée de remboursement, ou inversement, de façon simple. Je vais peut-être devoir le faire."

Philippe Levavasseur a aussi différé des projets d'investissement, comme agrandir les silos. "D'habitude, j'aime bien avoir du stock de lessive et de produit phytosanitaire. En ce moment, je fonctionne plus en flux tendu." L'éleveur ne regrette pas ses choix d'investissement. "Je suis sur-équipé, mais la plupart de mes équipements sont partagés, en co-propriété ou en Cuma. Avec la main-d'oeuvre présente, ils permettent d'assurer un bon niveau technique."

Y voir clair dans les factures

J'essaye d'ouvrir le courrier tous les jours et de classer les factures. Dans mon classeur, avant l'intercalaire, ce sont les factures restant à régler ou à encaisser, derrière l'intercalaire, c'est ce qui est réglé ou encaissé", précise Philippe Levavasseur. Ce classement permet à l'éleveur de s'y retrouver rapidement, et lui évite de rater un escompte ou de subir des pénalités.

Il repère les factures dont le règlement peut être différé, et celles qui peuvent être regroupées sur deux ou trois mois, pour éviter d'avoir une ligne comptable pour chaque petite facture. La plupart des factures sont réglées par virement. "Pas de chèque, ni de courrier. Il est facile de saisir par avance une date d'opération optimale."

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