Sécheresse : « Même si les prairies grillées commencent à reverdir, ne redémarrez pas trop tôt le pâturage »
A partir de quand peut-on remettre des vaches au pâturage après des mois de chaleur et de sécheresse qui ont grillé les prairies ? Alors que le reverdissement est amorcé, Jean-Pierre Manteaux, de la chambre d'agriculture de la Drôme, estime que s'il convient d’attendre une vraie pousse d’herbe, mieux vaut ne pas attendre que l’herbe soit trop haute.
A partir de quand peut-on remettre des vaches au pâturage après des mois de chaleur et de sécheresse qui ont grillé les prairies ? Alors que le reverdissement est amorcé, Jean-Pierre Manteaux, de la chambre d'agriculture de la Drôme, estime que s'il convient d’attendre une vraie pousse d’herbe, mieux vaut ne pas attendre que l’herbe soit trop haute.
En ce début septembre, quelle est la situation des prairies ?
Jean-Pierre Manteaux : Sur une zone Drôme, Ardèche, Isère, le bilan hydrique cumulé depuis le 1er janvier est historique : -510 mm, dû à la fois au déficit de pluie et aux fortes chaleurs depuis fin mai qui ont conduit à des ETP très élevés (évapotranspiration potentielle, c'est-à-dire évaporation du sol et transpiration des feuilles des plantes). Et ce n'est pas fini, étant donné qu'un temps sec est annoncé pour la 2e décade.
Toutes les prairies ont grillé, même celles réputées résistantes à la sécheresse. Les dactyle, fétuque élevée, luzerne, lotier et chicorée sont restés verts plus longtemps que des espèces moins résistantes, jusqu'en juin-juillet. Mais sans irrigation, ces fourragères sont aussi entrées en dormance. Seuls les sorghos multicoupes ont réussi à pousser en juillet et même en août. Nous suivons des éleveurs qui ont pu faire pâturer deux fois cet été une même parcelle de sorgho multicoupes.
Aujourd'hui, avec les orages localisés, les prairies commencent un peu à reverdir. On s’est apperçu qu'il faut environ 40-50 mm d'eau minimum pour relancer la vie du sol après un été caniculaire et très sec. Même si la prairie reverdit, il en faut encore autant pour que l'herbe pousse vraiment.
Il faut attendre quelle hauteur pour redémarrer le pâturage ?
J-P. M. : Il faut être patient et observer ses parcelles. On est comme en février : il faut que la repousse ait démarré. S'il y a moins de 5 cm mesurés à l'herbomètre sur tout le parcellaire, mettre des animaux risque de dégrader davantage la prairie.
Une fois les 5 cm atteints, on peut conduire ses paddocks comme en sortie d'hiver pour éviter le surpâturage et le piétinement des plantes fragilisées : faire pâturer au fil de petites surfaces, quelques heures. Avec une trentaine de paddocks au moins, cela laisse un temps de repousse suffisant. Si on ne dispose pas d’assez de paddocks, il faut viser une hauteur d’herbe plus élevée.
S’il y a des adventices, mieux vaut les pâturer, pour repartir sur une parcelle plus propre.
Quelles sont les prairies qui s'en sortiront le mieux ?
J-P. M. : Cette année comme les autres années, les prairies multiespèces très diversifiées qui se sont développées en Rhône-Alpes permettent d'allonger la saison de pâturage. Elles se composent, en plus du ray-grass et des trèfles, d'espèces résistantes à la chaleur et à la sécheresse : luzernes (une méditéranéenne et une flamande), dactyle, fétuque élevée, lotier, sainfoin, chicorée ou plantain.
Mais à condition de les avoir semées à au moins 2000 graines par m2, dont au moins 1000 graines d’espèces résistantes aux canicules. Et à condition d'adopter une conduite de pâturage adaptée à ces espèces. Pour valoriser dactyle et fétuque élevée, le chargement instantané doit être élevé d’où le decoupage en petits paddocks. Quand on se rapproche des 30 jours de temps de repousse, on favorise le maintien de la luzerne dans la prairie multiespèces pâturée. Les petits paddocks permettent d’éviter le surpâturage grâce à une courte durée de présence des animaux. Et quand la pousse ralentit, il faut allonger le temps de retour sur un même paddock, pour laisser un temps de repousse suffisant, quitte à affourager les animaux.
Quand il pleuvra, ces espèces repartiront sans doute en premier. Puis, avec un temps pluvieux et des températures fraîches, le ray-grass pourrait pousser plus vite que ces espèces.
La capacité à recoloniser toute la surface des dactyle, fétuque élevée, luzerne, etc. se verra au printemps 2027. Le sol nu et les adventices seront moins abondants que dans des prairies typées « humide » qui ont été surpâturées.