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Prix du lait : les industriels laitiers français manquent-ils de compétitivité ?

Durant un an et demi, le prix français a été largement distancé par nos voisins d’Europe du Nord. La compétitivité des laiteries françaises est pointée du doigt, mais ces dernières accusent la grande distribution.

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Les usines françaises ont misé sur leurs atouts : leurs marques et leur savoir faire dans des produits laitiers spécifiques. .
© O. AMY / CNIEL

Le prix du lait devrait descendre ce printemps sous la barre des 400 euros les 1 000 litres en 38-32 de TB-TP en conventionnel. Cette baisse est imputable aux marchés des produits de grande consommation exportés (PGC export, dont le prix allemand sert d’indicateur) et aux marchés des produits industriels (beurre et poudres de commodité).

« Nous voyons bien que les cotations du beurre ont chuté, et que celles des poudres de lait et des fromages ingrédients (mozzarella, edam, etc.) sont à des niveaux bas, présente Ludovic Blin, de la FNPL. Mais nous savons aussi que durant un an et demi, le prix du lait français était bien en deçà des prix de nos voisins européens. Les laiteries ont dû en profiter. Nous défendons qu’en contrepartie, les laiteries nous soutiennent aujourd’hui avec un ajustement positif sur le prix du lait. »

Les laiteries se disent peu rentables

Mais la Fnil (fédération de l’industrie laitière) estime que les laiteries ont déjà payé le lait « plus cher que la valorisation possible ces derniers mois ». « Cet effort ne peut pas durer dans le temps. Pour stabiliser leur marge, les industriels cherchent à maintenir leurs tarifs de vente à leurs clients de la grande distribution. Et ils devront baisser le prix du lait à la production », expose François-Xavier Huard, président-directeur de la Fnil, qui rappelle par ailleurs qu’une étude réalisée par la Banque de France montre que les industries laitières françaises ont dégagé un résultat net de l’ordre de 1,1 % en 2024 et en baisse continue depuis 2020, derrière le résultat net de l’ensemble des industries agroalimentaires à 3 %.

Des coûts beurre poudre très décalés par rapport à l’Allemagne

Les laiteries françaises manquent-elles de compétitivité ? Le désaccord autour d’un indicateur beurre poudre validé par l’interprofession en est une illustration, concernant les coûts de transformation du beurre et des poudres de commodité.

« L’indicateur défendu par les transformateurs laitiers français prend en compte une hausse importante des coûts de transformation aboutissant à 138 €/1 000 l de coût, alors qu’en Allemagne, leur indicateur beurre poudre tient compte d’une baisse des coûts de transformation pour atterrir à moins de 80 €/1 000 l de coûts de transformation, pointe Yohann Barbe, président de la FNPL. Cet écart très élevé signifierait que, contrairement aux Allemands, les industriels français n’auraient pas réalisé la restructuration et la modernisation de leurs outils pour réduire leurs coûts. Nous avons visité des usines chez nos voisins nordiques et, en effet, ils ont investi pour être plus compétitifs, pour réduire leurs coûts et aussi pour mieux valoriser la protéine laitière. » Le syndicat a saisi le médiateur pour avancer sur un indicateur interprofessionnel.

Jean-Marc Chaumet, économiste au Cniel, a reconnu, lors des Assises du lait de la FNPL en décembre 2025, que « l’industrie laitière française souffre d’une moindre compétitivité sur les fromages ingrédients et les ingrédients secs (poudres de lait et de lactosérum), par rapport aux Nordiques qui ont investi dans des usines de grande capacité pour diluer leurs charges de transformation. Pour les produits de grande masse, nos outils sont de taille trop modérée par rapport au Nord de l’Europe, aux États-Unis et à la Nouvelle-Zélande ».

Les transformateurs français n’ont pas fait le pari des ingrédients

S’appuyant sur une étude du Cniel, la Fnil a admis que « l’Allemagne est plus compétitive sur le secteur des fromages grand public (type tranches…) où la demande est forte. Ils ont investi dans leurs outils industriels pour réduire les coûts de production. Contrairement à la France qui est sur des structures plus petites et développe des fromages AOP et de spécialité ».

Les industriels suggèrent aussi qu’en Allemagne les produits laitiers bénéficieraient d’une meilleure valorisation auprès de la grande distribution, comparée à ce qui se passe en France. Ce que réfute la FCD (fédération du commerce et de la distribution), qui ajoute que « les difficultés rencontrées aujourd’hui par les producteurs français s’expliquent avant tout par les conditions de compétitivité à l’export », les industries laitières allemandes ayant des coûts de transformation plus compétitifs que les Françaises. La Fnil reconnaît aussi que l’Allemagne valorise mieux à l’export.

Pour Jean-Marc Chaumet, la force des laiteries françaises est « son savoir-faire sur des produits spécifiques et ses marques connues dans le monde entier ». Dans ce cas, la France devrait-elle moins se comparer à l’Allemagne, et davantage à l’Italie et à l’Espagne ?

La grande distribution demande des baisses de tarif

 

 
<em class="placeholder">Etiquette d&#039;un beurre où l&#039;origine du lait est UE. </em>
Lors des actions, il est vérifié l'origine du lait des produits laitiers. Ce beurre contient du lait origine UE. © FNPL

En France, la baisse du prix du lait a déclenché des actions de la profession dans toutes les régions. Des actions ont visé la grande distribution, car les transformateurs laitiers font remonter des demandes de baisse de tarif de la part des distributeurs. Les industriels de l’agroalimentaire (Fnil et Ania) dénoncent un « racket » de la part des centrales d’achat, qui sont accusées d’avoir déréférencé des produits laitiers en pleine négociation, et des centrales d’achat de services qui demandent de payer des tickets d’entrée.

« Nous demandons aux GMS (grandes et moyennes surfaces) de ne pas négocier la MPA (matière première agricole), conformément à la loi Egalim, et aux transformateurs de défendre une MPA qui ne doit pas baisser, car nos charges n’ont pas baissé au total, même si l’indicateur Ipampa a baissé », martèle Benoît Gavelle, de la FNPL. Pour rappel, la MPA correspond au prix du lait sorti de la ferme valorisé sur le marché français, en produits de grande consommation (PGC). Par ailleurs, lors des actions en supermarché, les éleveurs scrutent l’origine du lait dans les produits en rayons.

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