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Et si les vaches contribuaient à la lutte contre la Covid-19...

L'Association lorraine pour la promotion en agriculture (Alpa) participe à une expérimentation visant à produire un lait concentré en anticorps contre le coronavirus Sars-CoV-2.

Tout commence au début du confinement de mars, quand la ferme du centre de formation de l’Alpa, à Haroué en Meurthe-et-Moselle, est sollicitée par Genclis, un laboratoire lorrain de recherche médicale. Genclis veut monter une expérimentation sur des vaches laitières, afin de participer à la lutte contre le Sars-CoV-2. L'Alpa répond favorablement et les essais démarrent. « Nous avons saisi l'opportunité de participer à la lutte contre la Covid-19. Les salariés de l'Alpa sont motivés et fiers de se rendre utiles. Ce travail permet aussi de redorer le blason de l'élevage : les animaux servent aussi à une cause de santé publique», expose Joris Erzen, directeur de la ferme du centre de formation de l'Alpa.

Le bovin, un producteur d’anticorps plus efficace que l’homme

Fin mars, l'expérimentation démarre avec neuf vaches laitières en fin de carrière, puis se poursuit avec dix autres vaches plus jeunes en mai, reprend en juillet, puis en septembre. « Au début, il fallait apprendre, chercher les bonnes protéines, le dosage, les intervalles d'injections », indique Bernard Bihain, cofondateur du laboratoire Genclis. L'expérimentation consiste à injecter aux vaches des protéines sélectionnées par Genclis, qui induisent la production d'anticorps par la vache. Puis, des analyses de sang et de lait sont faites pour mesurer les anticorps. « Nous avons la technologie qui permet de produire les anticorps que nous voulons, à partir de protéines sélectionnées. Il fallait vérifier que les bovins fabriquent une quantité importante d'anticorps très rapides d'action, donc efficaces contre le Sars-CoV-2. Et que l'on retrouve ces anticorps dans le sang et le lait », explique Bernard Bihain. Et c'est le cas. Le bovin, régulièrement exposé à des coronavirus, produit bien plus d'anticorps efficaces que les humains ayant été malades de la Covid-19.

Réglementairement, on ne peut pas injecter du sérum (= du sang) de vache à des humains. Donc Genclis cherche à produire un lait hyper immun, neutralisant. « Ce doit être un lait écrémé (la matière grasse réduit l'efficacité), avec un nombre suffisant d'anticorps, et des immunoglobulines puissantes. » Le but de Genclis est de proposer un complément au vaccin qui cible les complications respiratoires. Ce lait hyper immun viserait à déloger le virus du tube digestif. « On sait que le virus parvient à rester un certain temps dans le tube digestif, ce qui en fait un réservoir à virus. Il y a du virus dans le tube digestif avant et après le développement des symptômes », rappelle Bernard Bihain.  

En ce début de mois de janvier, une des vaches du précédent essai a reçu une nouvelle injection, pour booster sa production d'anticorps et aboutir à ce lait hyper immun. « Quand nous y arriverons, nous pourrons engager un essai clinique sur environ 80 personnes. »

Dix-neuf vaches ont participé

Depuis le début des essais, dix-neuf vaches, sur un troupeau de 71 vaches, ont eu des injections et des prises de sang. « Leur lait n'était pas commercialisable et a été indemnisé. Les vaches n'ont eu qu'une légère hausse de leur température (mesure à chaque traite au robot), moins forte que quand il y a de grosses chaleurs. Aucun autre symptôme n’a été observé par l’équipe de la ferme et par le docteur Jean-Pierre Bailly qui procédait aux actes », explose Joris Erzen. « Les vaches ont fait leur gestation, et ont vêlé, sans problème. Le niveau de production (9 200 kg/VL/an) n'a pas été impacté. »

L'expérimentation (quatre phases entre fin mars et septembre 2020) a amené une « petite charge de travail supplémentaire, d'environ 300 heures, pour préparer les vaches aux injections et prises de sang, et prélever le lait », estime Joris Erzen.

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